| L'entretien
accordé par le président George W. Bush à Al-Ahram, la
semaine dernière, a permis de montrer les croyances et les politiques
du chef du plus puissant Etat du monde, notamment vis-à-vis
des causes arabes.
Maintenant que
tout paraît clair, les parties arabes concernées doivent procéder
à un examen détaillé des convictions de l'homme pour en dégager
les conclusions nécessaires à la formulation d'une politique
claire et précise. D'autant plus que les Etats arabes souffrent
d'une incompréhension des rouages de la politique et de la société
américaines. Il est vrai que la tâche est ardue, notamment après
le 11 septembre qui imposait de nombreuses contraintes. Mais
il est aussi vrai que les pays arabes n'ont pas déployé l'effort
nécessaire pour une interaction avec les forces actives de la
société américaine qui partagent nos visions et pressentent
les menaces inhérentes aux politiques de l'Administration américaine
sur les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient. Ces forces
s'opposent au soutien excessif de Washington à Israël, à l'occupation
américaine de l'Iraq et aux mauvais traitements infligés aux
détenus iraqiens, etc.
Notre erreur dans
le monde arabe est que nous n'avons pas tendu la main à ces
forces, les abandonnant aux partisans d'Israël ou de la droite
extrémiste américaine qui les accusent de tous les torts. Ce
qu'il faut souligner ici, c'est que le champ est ouvert aux
Arabes pour qu'ils participent à influencer le cours de la politique
américaine, à condition de savoir les règles du jeu politique
aux Etats-Unis. Les Arabes ne manquent pas de moyens financiers
ou de compétences. Il leur faut plutôt la vision et la prise
de décision.
L'interview de
M. Bush a permis de lui transmettre la vision arabe et le mécontentement
qui domine dans la rue arabe en raison des garanties accordées
au premier ministre israélien, Ariel Sharon, sur l'avenir de
la question palestinienne. L'entretien a donné l'occasion de
souligner l'incompatibilité de ces garanties avec les principes
du droit international.
Cependant, les
propos du président américain doivent être pris en considération,
notamment lorsqu'il a dit que la date prévue en 2005 par la
Feuille de route pour l'établissement d'un Etat palestinien
indépendant est dépassée. Là, les pays arabes doivent réagir
pour essayer d'infléchir la position de Washington ou du moins
pour obtenir son engagement ainsi que celui de la communauté
internationale pour une nouvelle date. Il est important à cette
fin d'examiner attentivement les entraves qui ont incité le
président Bush à vouloir reporter l'établissement d'un Etat
palestinien. Qu'elles soient liées à l'Autorité palestinienne
ou à d'autres factions. Il incombe aussi aux Palestiniens de
remettre de l'ordre dans leurs positions et décider des étapes
futures. Il leur incombe de préciser aux Etats arabes le soutien
requis.
Pour ce qui est
du dossier iraqien, l'entretien a été l'occasion pour le président
américain de présenter ses excuses pour les sévices et les humiliations
infligés aux détenus iraqiens. George Bush a toutefois exprimé
l'intention de demeurer en Iraq autant que nécessaire. Ce qui
signifie que le transfert du pouvoir aux Iraqiens, prévu le
3O juin, ne sera pas total. Les Etats arabes doivent agir pour
assurer que ce pouvoir qui restera aux mains des forces d'occupation
sera transféré aux Nations-Unies pendant la période intérimaire,
avant que les Iraqiens ne puissent disposer d'eux-mêmes à travers
la tenue d'élections libres. Le sommet arabe de Tunis, qui doit
se tenir les 22 et 23 mai, sera l'occasion de formuler une vision
arabe sur le contenu de la résolution du Conseil de sécurité
de l'Onu censée être adoptée prochainement, réglant les modalités
et le cadre du transfert du pouvoir en Iraq. Les Arabes doivent
y réclamer un élargissement du rôle des Nations-Unies au cours
de la période intérimaire.
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