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cours de la même semaine, 40 jeunes ont été victimes de l'illusion
de pouvoir partir travailler à l'étranger après que le bateau
censé les transporter vers les côtes grecques les a débarqués
à Agami, puis c'est le peuple égyptien qui s'est trouvé en proie
à la même illusion après que les autorités ont déployé tous
leurs efforts pour que l'Egypte organise la Coupe du monde 2010.
Mais quelle a été la surprise en voyant notre candidature rejetée
dès le premier tour, n'obtenant aucune voix.
L'escroquerie dont
ont été victimes les jeunes qui se sont endettés pour partir
à la recherche d'un travail à l'étranger — après que toutes
les portes se furent fermées devant eux — comme le choc
ressenti par le peuple égyptien, non pour l'échec de sa candidature
à l'organisation du Mondial 2010, mais pour ne pas avoir obtenu
la moindre voix, reflètent l'état de notre société et de ses
problèmes. Un état de fait dont certains cherchent à profiter
de manière illégale, et dans de tels cas, il est difficile de
déterminer l'accusé de la victime. Les jeunes victimes de cette
duperie ont été accusés de quitter le territoire égyptien et
d'y revenir de manière illégale. Sont-ils effectivement coupables
ou simplement les victimes, non seulement de la personne qui
les a escroqués, mais de toute la société qui ne leur a pas
procuré de moyen décent de gagner leur vie ? Quelle est
la culpabilité du jeune à la fleur de l'âge dont le rêve d'un
avenir respectable s'écroule, l'entraînant au bord de la déviation,
du crime, de l'extrémisme religieux ou encore de la drogue,
autant d'évasions de son quotidien malheureux. Qu'en est-il
de celui qui refuse tout cela et part à la recherche d'un travail
décent à l'étranger ? Son besoin urgent de travail l'amène
à fermer les yeux sur beaucoup de garanties. Dans ce cas-là,
qui est l'accusé ? Est-ce l'escroc qui a touché de chaque
jeune 15 000 L.E. ou bien le système économico-social vétuste
qui a fait que cet escroc a fait débarquer ces jeunes avec tous
leurs espoirs sur la plage égyptienne d'Agami.
Les gens étaient
toujours sous le choc quand un autre, plus retentissant encore,
vint les bouleverser, mais cette fois-ci en provenance de Zurich.
L'Egypte a subi un camouflet, même les plus pessimistes ne s'attendaient
pas à ce qu'elle n'obtienne aucune des 24 voix de la FIFA lors
du vote. Quand l'Egypte perd lors d'un événement sportif international,
on a l'habitude de chercher un bouc émissaire pour lui faire
assumer l'échec. Une manière de défouler notre colère, après
quoi les choses reviennent à la normale, sans trop savoir la
raison réelle de la défaite.
Ainsi,
la réaction spontanée à ce coup dur a été de blâmer le comité
chargé de présenter le dossier égyptien auprès de la FIFA en
avançant qu'il n'avait pas assumé correctement sa mission. Une
manière de simplifier les choses parce qu'en se donnant la peine
de chercher, on verra que la question est bien plus compliquée.
La dernière déclaration de Joseph Blatter, le président de la
FIFA, en témoigne. Celui-ci a déclaré peu avant le vote que
si un prix était décerné à la meilleure présentation, l'Egypte
le mériterait bien.
J'ai suivi de près
la campagne égyptienne et j'ai rencontré le comité de la FIFA
lors de sa visite en Egypte qui avait des réserves dès le départ
sur la tenue de matchs internationaux dans le pays pour des
raisons ayant trait à la situation interne et non pas au comité
chargé de présenter le dossier.
A l'issue des visites
du comité d'inspection dans les pays candidats, la FIFA a publié
un rapport. Pour ce qui est de l'Egypte, le rapport a fait l'éloge
de « la richesse historique et culturelle du pays et
de la prospérité touristique » et de « l'enthousiasme
ardent du public passionné de foot et bienveillant ».
Mais le rapport fait allusion sans équivoque à des considérations
qui « rendent difficile la possibilité pour l'Egypte
d'accueillir la Coupe » et il en énumère quelques-unes,
dont « le mauvais état des moyens de transport, surtout
dans la capitale, et l'inefficacité des moyens de communication ».
Imaginons donc l'état du Caire qui accueillerait des centaines
de milliers de supporters allant assister aux matchs ou se déplaçant
entre hôtels et stades, marchés et sites archéologiques. Selon
le rapport, les équipements d'entraînement en Egypte ne sont
pas au niveau requis, au même titre que l'assistance médicale
pendant les matchs.
Mais le comité
a omis de signaler, en parlant de l'enthousiasme des Egyptiens
pour le foot, que ce peuple ne possède pas l'esprit sportif.
Celui qui voit la réaction hystérique face à l'échec de la candidature
de l'Egypte s'inquiète de ce qui pourrait advenir au cas où
elle ne remporterait pas les matchs.
D'ailleurs, la
FIFA avait émis officiellement son jugement avant même le vote
de samedi, en affichant officiellement son avis sur les trois
candidats finaux, et privilégiant l'Afrique du Sud.
Tous ceci a été
dit et publié dans des rapports officiels, alors que nous nous
préoccupions de construire des pyramides en papiers au beau
milieu du désert et qu'on dansait aux rythmes des chansons de
Mohamad Mounir, espérant que sa voix avec le visage de Omar
Al-Chérif à Zurich nous apporteraient une victoire certaine.
La surprise réelle
n'était pas d'échouer, mais de ne pas obtenir une seule voix.
La seule interprétation à cela c'est que la décision finale
avant le vote écartait l'Egypte pour des raisons que tous les
membres connaissent préalablement ; donc la voix pour l'Egypte
serait une voix perdue, ce qui a fait que celui qui avait l'intention
de donner sa voix à l'Egypte l'a donnée au Maroc.
Jean Vibrayre,
le correspondant de l'AFP, a déclaré, dans une dépêche
de Zurich datée du 16 mai, que puisque les dossiers techniques
de l'Afrique du Sud, de l'Egypte et du Maroc étaient équivalents,
il est certain que la décision du comité exécutif était hautement
politique. Et le terme utilisé là ne signifie pas, comme on
a l'habitude d'avancer, un complot sioniste ou américain, mais
des raisons à l'écart de l'aspect purement sportif.
Pour l'Afrique
du Sud, les considérations politiques sont claires. L'Afrique
du Sud est le « chouchou » de l'Occident pour
avoir choisi la démocratie et la transparence politique après
s'être débarrassé de l'apartheid. Une réalité que Nelson Mandela
a exploitée intelligemment en disant : « Le choix
de l'Afrique du Sud pour accueillir le Mondial serait le plus
grand cadeau offert à ce pays qui coïncidera avec l'anniversaire
de 10 ans de démocratie ».
Il est temps de
réaliser que la démocratie — abstraction faite de ce qui
est commis en son nom en Iraq — est chose très importante
en Occident.
Le sentiment qui
l'emporte actuellement en Occident c'est la nécessité de récompenser
l'Afrique du Sud pour ses choix politiques, après l'isolement
qu'elle a vécu sous l'apartheid.
Sans oublier le
désir de la FIFA de compenser l'échec de ce pays à organiser
la Coupe de 2006, à une seule voix près.
L'Afrique du Sud
a prouvé sa capacité d'une manière qui a enchanté les membres
de la FIFA et a prouvé le développement de ses infrastructures
et de ses moyens de transport, au moment où le rapport d'inspection
de l'Egypte parle d'un manque de compétence et de professionnalisme.
Telles sont les
raisons derrière la mise à l'écart de l'Egypte, n'incriminant
en rien le ministère de la Jeunesse, mais plutôt notre conjoncture
politique, économique et sociale détériorée. Le vote de la FIFA
atteste une nouvelle fois de la détérioration de notre situation.
La même dégradation qui a fait de 40 jeunes les victimes d'une
illusion. Le reste du peuple a été la proie des mêmes illusions.
Un rêve dont nous nous sommes tous réveillés pour nous retrouver
à Agami.
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