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La Coupe du monde 2010 sur les rives d'Agami !
Par Mohamed Salmawy

Au cours de la même semaine, 40 jeunes ont été victimes de l'illusion de pouvoir partir travailler à l'étranger après que le bateau censé les transporter vers les côtes grecques les a débarqués à Agami, puis c'est le peuple égyptien qui s'est trouvé en proie à la même illusion après que les autorités ont déployé tous leurs efforts pour que l'Egypte organise la Coupe du monde 2010. Mais quelle a été la surprise en voyant notre candidature rejetée dès le premier tour, n'obtenant aucune voix.

L'escroquerie dont ont été victimes les jeunes qui se sont endettés pour partir à la recherche d'un travail à l'étranger — après que toutes les portes se furent fermées devant eux — comme le choc ressenti par le peuple égyptien, non pour l'échec de sa candidature à l'organisation du Mondial 2010, mais pour ne pas avoir obtenu la moindre voix, reflètent l'état de notre société et de ses problèmes. Un état de fait dont certains cherchent à profiter de manière illégale, et dans de tels cas, il est difficile de déterminer l'accusé de la victime. Les jeunes victimes de cette duperie ont été accusés de quitter le territoire égyptien et d'y revenir de manière illégale. Sont-ils effectivement coupables ou simplement les victimes, non seulement de la personne qui les a escroqués, mais de toute la société qui ne leur a pas procuré de moyen décent de gagner leur vie ? Quelle est la culpabilité du jeune à la fleur de l'âge dont le rêve d'un avenir respectable s'écroule, l'entraînant au bord de la déviation, du crime, de l'extrémisme religieux ou encore de la drogue, autant d'évasions de son quotidien malheureux. Qu'en est-il de celui qui refuse tout cela et part à la recherche d'un travail décent à l'étranger ? Son besoin urgent de travail l'amène à fermer les yeux sur beaucoup de garanties. Dans ce cas-là, qui est l'accusé ? Est-ce l'escroc qui a touché de chaque jeune 15 000 L.E. ou bien le système économico-social vétuste qui a fait que cet escroc a fait débarquer ces jeunes avec tous leurs espoirs sur la plage égyptienne d'Agami.

Les gens étaient toujours sous le choc quand un autre, plus retentissant encore, vint les bouleverser, mais cette fois-ci en provenance de Zurich. L'Egypte a subi un camouflet, même les plus pessimistes ne s'attendaient pas à ce qu'elle n'obtienne aucune des 24 voix de la FIFA lors du vote. Quand l'Egypte perd lors d'un événement sportif international, on a l'habitude de chercher un bouc émissaire pour lui faire assumer l'échec. Une manière de défouler notre colère, après quoi les choses reviennent à la normale, sans trop savoir la raison réelle de la défaite.

Ainsi, la réaction spontanée à ce coup dur a été de blâmer le comité chargé de présenter le dossier égyptien auprès de la FIFA en avançant qu'il n'avait pas assumé correctement sa mission. Une manière de simplifier les choses parce qu'en se donnant la peine de chercher, on verra que la question est bien plus compliquée. La dernière déclaration de Joseph Blatter, le président de la FIFA, en témoigne. Celui-ci a déclaré peu avant le vote que si un prix était décerné à la meilleure présentation, l'Egypte le mériterait bien.

J'ai suivi de près la campagne égyptienne et j'ai rencontré le comité de la FIFA lors de sa visite en Egypte qui avait des réserves dès le départ sur la tenue de matchs internationaux dans le pays pour des raisons ayant trait à la situation interne et non pas au comité chargé de présenter le dossier.

A l'issue des visites du comité d'inspection dans les pays candidats, la FIFA a publié un rapport. Pour ce qui est de l'Egypte, le rapport a fait l'éloge de « la richesse historique et culturelle du pays et de la prospérité touristique » et de « l'enthousiasme ardent du public passionné de foot et bienveillant ». Mais le rapport fait allusion sans équivoque à des considérations qui « rendent difficile la possibilité pour l'Egypte d'accueillir la Coupe » et il en énumère quelques-unes, dont « le mauvais état des moyens de transport, surtout dans la capitale, et l'inefficacité des moyens de communication ». Imaginons donc l'état du Caire qui accueillerait des centaines de milliers de supporters allant assister aux matchs ou se déplaçant entre hôtels et stades, marchés et sites archéologiques. Selon le rapport, les équipements d'entraînement en Egypte ne sont pas au niveau requis, au même titre que l'assistance médicale pendant les matchs.

Mais le comité a omis de signaler, en parlant de l'enthousiasme des Egyptiens pour le foot, que ce peuple ne possède pas l'esprit sportif. Celui qui voit la réaction hystérique face à l'échec de la candidature de l'Egypte s'inquiète de ce qui pourrait advenir au cas où elle ne remporterait pas les matchs.

D'ailleurs, la FIFA avait émis officiellement son jugement avant même le vote de samedi, en affichant officiellement son avis sur les trois candidats finaux, et privilégiant l'Afrique du Sud.

Tous ceci a été dit et publié dans des rapports officiels, alors que nous nous préoccupions de construire des pyramides en papiers au beau milieu du désert et qu'on dansait aux rythmes des chansons de Mohamad Mounir, espérant que sa voix avec le visage de Omar Al-Chérif à Zurich nous apporteraient une victoire certaine.

La surprise réelle n'était pas d'échouer, mais de ne pas obtenir une seule voix. La seule interprétation à cela c'est que la décision finale avant le vote écartait l'Egypte pour des raisons que tous les membres connaissent préalablement ; donc la voix pour l'Egypte serait une voix perdue, ce qui a fait que celui qui avait l'intention de donner sa voix à l'Egypte l'a donnée au Maroc.

Jean Vibrayre, le correspondant de l'AFP, a déclaré, dans une dépêche de Zurich datée du 16 mai, que puisque les dossiers techniques de l'Afrique du Sud, de l'Egypte et du Maroc étaient équivalents, il est certain que la décision du comité exécutif était hautement politique. Et le terme utilisé là ne signifie pas, comme on a l'habitude d'avancer, un complot sioniste ou américain, mais des raisons à l'écart de l'aspect purement sportif.

Pour l'Afrique du Sud, les considérations politiques sont claires. L'Afrique du Sud est le « chouchou » de l'Occident pour avoir choisi la démocratie et la transparence politique après s'être débarrassé de l'apartheid. Une réalité que Nelson Mandela a exploitée intelligemment en disant : « Le choix de l'Afrique du Sud pour accueillir le Mondial serait le plus grand cadeau offert à ce pays qui coïncidera avec l'anniversaire de 10 ans de démocratie ».

Il est temps de réaliser que la démocratie — abstraction faite de ce qui est commis en son nom en Iraq — est chose très importante en Occident.

Le sentiment qui l'emporte actuellement en Occident c'est la nécessité de récompenser l'Afrique du Sud pour ses choix politiques, après l'isolement qu'elle a vécu sous l'apartheid.

Sans oublier le désir de la FIFA de compenser l'échec de ce pays à organiser la Coupe de 2006, à une seule voix près.

L'Afrique du Sud a prouvé sa capacité d'une manière qui a enchanté les membres de la FIFA et a prouvé le développement de ses infrastructures et de ses moyens de transport, au moment où le rapport d'inspection de l'Egypte parle d'un manque de compétence et de professionnalisme.

Telles sont les raisons derrière la mise à l'écart de l'Egypte, n'incriminant en rien le ministère de la Jeunesse, mais plutôt notre conjoncture politique, économique et sociale détériorée. Le vote de la FIFA atteste une nouvelle fois de la détérioration de notre situation. La même dégradation qui a fait de 40 jeunes les victimes d'une illusion. Le reste du peuple a été la proie des mêmes illusions. Un rêve dont nous nous sommes tous réveillés pour nous retrouver à Agami.

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