| Les
tractations pour la formation d'un nouveau gouvernement en Inde
ont commencé au lendemain de la victoire aux législatives du
parti du Congrès de Mme Sonia Gandhi, qui devrait accéder au
poste de premier ministre. Les deux partis communistes de l'Inde
ont annoncé formellement, samedi, qu'ils appuyaient sa candidature
comme chef du gouvernement fédéral de la plus grande démocratie
du monde. En retour, elle les a invités à participer au prochain
gouvernement de coalition.
Contre toute attente,
l'opposition en Inde regroupée derrière le parti du Congrès
de Mme Gandhi a remporté les élections législatives et a annoncé
vendredi son intention de former la prochaine coalition gouvernementale.
Le parti du Congrès de la dynastie Nehru-Gandhi a remporté à
lui seul 145 des 543 sièges qui étaient en jeu aux élections,
selon les résultats définitifs annoncés jeudi dernier. Il devra
s'assurer d'un soutien sans faille de ses alliés préélectoraux,
mais aussi des partis de gauche. Tous ensemble, ils réunissent
278 sièges, soit six de plus que la majorité absolue au Parlement.
Quant à la droite
nationaliste hindoue, dirigée par le premier ministre, Atal
Behari Vajpayee, au pouvoir depuis cinq ans, elle a subi une
défaite qu'aucun institut de sondage n'avait prédit avant l'ouverture
du scrutin. La coalition dirigée par le Bharatiya Janata
Party (BJP) n'obtenant que 118 sièges au scrutin, M. Vajpayee
(79 ans), a présenté sa démission au président Abdul Kalam.
Le BJP doit sa défaite surprise aux législatives en Inde à une
campagne trop médiatique sur le boom économique dans les villes,
qui semble avoir été mal perçue par les masses rurales. Plus
de 60 % du milliard d'Indiens vivent dans les campagnes.
Le BJP a utilisé à fond un slogan, « L'Inde qui brille »,
en référence à une croissance économique de 8 %, à la prolifération
des téléphones mobiles et à l'apparition de supermarchés. Mais
cette vision a choqué des dizaines de millions de pauvres, dans
les campagnes, qui luttent quotidiennement pour trouver de quoi
manger et qui restent privés d'électricité et d'eau potable.
Deux des symboles de cette « Inde qui brille »,
S. M. Krishna et Chandrababu Naidu, qui dirigeaient respectivement
les Etats du Karnataka et de l'Andhra Pradesh (sud), ont été
défaits aux élections.
« La politique
économique du BJP, qui a abouti à l'accomplissement de nombreuses
choses promises, a cependant aliéné un vaste segment de l'électorat,
bien trop pauvre et marginalisé pour en profiter »,
a estimé le politologue Pran Chopra. « Cela lui a coûté
le soutien d'une importante partie de la population. La sympathie
et l'inquiétude pour les difficultés qu'éprouvent les déshérités
n'a pas trouvé sa place dans la politique du BJP »,
a-t-il ajouté. Selon lui, l'électeur de base était plus intéressé
par la petite route qui traverse son village que par les grandes
autoroutes.
Le Congrès a gagné
« non seulement parce qu'il a bénéficié du traditionnel
vote-sanction contre le gouvernement mais aussi parce qu'il
a réussi à former des alliances avec des partis régionaux influents »,
a estimé l'analyste B.G. Verghese, en prédisant un « rôle
croissant » pour ces formations « dans les
vingt à trente prochaines années ». |
| Dans une première
réaction à sa victoire, Sonia Gandhi a promis jeudi un « gouvernement
fort, stable et laïque » pour l'Inde. Elle a en outre
déclaré que le prochain gouvernement indien poursuivrait le
dialogue avec le Pakistan, lancé par le premier ministre, Atal
Behari Vajpayee : « Depuis le début nous avons
soutenu l'initiative du premier ministre Vajpayee à l'égard
du Pakistan », a dit Mme Gandhi, qui a rappelé le caractère
« laïque » de la République indienne dans un
discours dominé par sa volonté d'améliorer les conditions de
vie des Indiens. « L'engagement à fournir un gouvernement
fort et dévoué au bien-être des paysans, des journaliers, des
jeunes, des femmes et des plus faibles nous unit tous dans la
coalition », a-t-elle dit. « Nous avons une
énorme tâche devant nous. La voie est semée d'embûches. Les
défis sont immenses. Ne soyons pas complaisants »,
a-t-elle ajouté en demandant aux députés de sa formation de
ne jamais oublier qu'ils ont été élus par « la volonté
du peuple » et qu'ils devront « agir dans son
intérêt ». Elle a également promis une accélération
des créations d'emplois, de la croissance et des investissements,
alors que la Bourse de Bombay avait chuté de plus de 6 %
la veille, par crainte que la participation des communistes
ne donne un coup d'arrêt aux privatisations.
Si Sonia Gandhi
réussit à diriger le gouvernement indien, ce serait la première
fois qu'une personne d'origine étrangère deviendrait premier
ministre de l'Inde. Déjà, toute la campagne électorale avait
été marquée par de vives attaques de la droite nationaliste
hindoue contre les origines étrangères de Mme Gandhi, née en
Italie mais devenue citoyenne indienne après son mariage avec
l'ancien premier ministre assassiné Rajiv Gandhi. Mais la nette
victoire du parti, qui représente un succès personnel pour « Sonia »,
semble avoir largement étouffé le feu des critiques. |