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La vie mondaine
Distinction . Reda Abdallah, peintre franco-libanais de 25 ans, vient de recevoir le prix du Jury du concours de portrait organisé par l'Académie des beaux-arts de Paris.

Capter le fugitif

Allier une réalité avec ce qui ne l'est pas. Représenter en quelque sorte ce monde qui grouille autour de nous et ces êtres humains qui nous touchent et qui passent. Les regarder fixement, les dévisager, les fixer en cliché, aujourd'hui et pour toujours. Comme dans un moment de grâce. N'est-ce pas en cela que tient la force de l'art du portrait ? Ce face à face unique et irréel à la fois. « Comme pour les amoureux », dit si bien Reda Abdallah qui a reçu, cette année, le prix spécial du Jury pour les moins de 25 ans du concours de portrait qui se tient annuellement à l'académie des beaux-arts de Paris.

Ce jeune peintre, qui se définit comme un peintre franco-libanais, parle peu, mais s'exprime avec une justesse émouvante et combien concise lorsqu'il s'agit de dire ce qu'il pense de sujets qui lui tiennent à cœur. Comme ce plaisir qu'il prend tous les jours à dessiner et à retrouver en lui les chemins qui le font vibrer. « Dessiner quelque chose qui me plaît, c'est me donner la chance de bien dessiner, puisque cela m'inspire esthétiquement ». Sans se comparer aux grands de la peinture et d'avoir cette attitude blasée de se dire que rien de nouveau ne peut encore être fait après ce XXe siècle si riche en art et en courants, Reda pense que les nouvelles choses sont toujours neuves quelque part. Et cela suffit. La course aux jolies choses, n'est-ce pas assez pour justifier la créativité ?

Sur le visage d'un jeune homme brésilien trouvé par hasard dans une revue, Reda Abdallah sent le courant passer et avec, le désir de représenter cette réalité. L'essentiel reste à faire ensuite. Travailler et « composer avec cette tête qui me plaît ».

Le visage de ce jeune Brésilien qui nous regarde avec un mystère qu'il garde pour lui, quelque chose d'incertain, de sceptique et de profondément déterminé à la fois, a un regard aussi sombre et profond que celui de notre jeune peintre. Ressemblance, états d'âmes ou projection ? Qu'importe.

L'émotion qui passe, elle, est réelle. Ce jeune peintre de 25 ans de père poète et de mère écrivain, venus d'horizons lointains où dans sa ville natale de Beyrouth les souvenirs de tirs et de violence absurdes ont déchiré la sérénité de son enfance, a su sans doute de très bonne heure, bien avant l'âge des grands bilans, l'émouvante quête de la réalité qui nous file entre les doigts. Rêve d'immortalité, moments de grâce, bonheur de capter une lueur fugitive ? La peinture pour ce jeune peintre qui, sans doute fera du chemin, saura-t-elle un jour fixer pour nous la complexité d'une réalité qui nous meurtrit de toute part ? Le regard de Reda Abdallah, lui, nous en dit long sur son monde en gestation.

Soheir Fahmi

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