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Banques . Philippe Citerne, chef exécutif du groupe bancaire Société Générale, présent en Egypte avec la NSGB (National Société Générale Bank) évoque la situation du secteur financier égyptien.
« L'activité bancaire de détail doit être développée»

Al-Ahram Hebdo : Quels ont été, depuis la création de la NSGB en 1978, les grands changements intervenus sur le marché financier égyptien ?

Philippe Citerne : L'apparition de l'activité bancaire de détail est l'un des plus importants changements intervenus. Il y a 10 ans, j'ai refusé que nous exercions cette activité en Egypte, car à l'époque, notre objectif était d'accroître nos revenus. Aujourd'hui, nous cherchons à les investir dans différents domaines, dont l'activité bancaire de détail. Cette dernière constitue l'un des secteurs d'activités financières devant être le plus dévellopé en Egypte. Mais cette expansion rencontre de nombreux problèmes. Il n'existe, par exemple, pas de fichier sur l'insolvabilité des particuliers et nous manquons d'informations concernant les revenus de ceux qui ne possèdent pas de comptes bancaires. Les risques sont donc élevés, ce qui implique l'augmentation du coût des crédits. Pour répandre l'activité bancaire de détail, il faut par ailleurs renforcer le cadre législatif.

— Le groupe Société Générale envisage-t-il aujourd'hui l'acquisition de la NSGB ou d'une autre banque égyptienne ?

— Concernant l'achat de la NSGB, l'administration du groupe français est satisfaite de sa coopération avec ses partenaires égyptiens. Nous existons en Egypte en tant que banque égyptienne et non en tant qu'entité française, et le groupe Société Générale détient 54,33 % de la NSGB. Quant à l'acquisition d'une banque égyptienne, nous n'avons pas à ce jour envisagé cette possibilité. Nous nous concentrons actuellement sur la modernisation et le développement du fonctionnement interne de la NSGB ainsi que sur le renforcement de la qualification des cadres. Si le gouvernement met en vente une de ses banques, nous étudierons en temps voulu son achat.

— D'après votre expérience sur la privatisation des banques françaises, que faut-il faire pour qu'une telle opération soit un succès en Egypte ?

— Il faut d'abord posséder une bonne gestion d'une banque avant de penser à la privatiser. Car la privatisation révèle les problèmes occultés des banques. C'est la bonne gestion de la Société Générale qui a rendu sa privatisation possible en 1970. Son expansion a ensuite pu être possible car nous avions la liberté d'investir sans demander l'autorisation préalable à une poignée de fonctionnaires. Aujourd'hui, la Société Générale est la 5e banque d'Europe.

— Pourquoi la NSGB n'ouvre-t-elle pas de filiales dans les gouvernorats ?

— Quand nous sommes arrivés en Egypte, notre objectif était d'investir dans les villes où nous pourrions trouver des clients. Aujourd'hui, la banque possède 36 filiales au Caire et à Alexandrie. Mais il n'est pas possible d'ouvrir des filiales dans tout le pays. Cela serait très dangereux. Il faut une formation des banquiers et une expérience suffisante avant d'ouvrir une agence dans un gouvernorat. Surtout que ces filiales auront besoin de plus de contrôle en raison de leur éloignement du siège. Toutefois, la banque étudie sérieusement l'ouverture de nouvelles filiales à Mansoura, Port-Saïd et Tanta.

— Comment, à votre avis, la stabilité sur le marché des changes peut-elle être restaurée en Egypte ?

— La première chose à souligner, c'est qu'au cours des derniers trimestres, la monnaie égyptienne a été gérée avec beaucoup de flexibilité et de pragmatisme. Il faut également rappeler la réduction remarquable des écarts entre le prix officiel de la devise et son cours sur le marché parallèle. Dès que ces écarts deviennent insupportables, il y a toujours des problèmes. Mais il y a encore des choses à faire, non pas dans la gestion de la devise au niveau de la Banque Centrale égyptienne, mais au niveau économique. Il ne faut pas croire qu'il est possible de tout gérer par le marché des changes. Il faut avant tout renforcer les capacités exportatrices de l'Egypte, notamment dans le secteur industriel. Tout ce qui favorise les exportations égyptiennes est bon pour la devise. Il faut aussi simplifier les procédures douanières, qui sont assez compliquées, et supprimer toutes les contraintes qui entravent l'échange de devises sur le marché. En France, il n'existe pas de réglementation empêchant la vente ou l'achat des devises. Le marché parallèle n'a donc pas de raison d'être.

Propos recueillis par Gilane Magdi

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