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Forum économique mondial . Les questions d'ordre politique ont dominé le forum, qui s'est achevé lundi en Jordanie. La stabilité politique au Proche-Orient étant un préalable à tout développement économique.

L'incontournable politique

Actualité oblige, le Forum économique mondial (WEF), qui s'est tenu en Jordanie de samedi à lundi, a été dominé par les questions politiques qui préoccupent la région, lesquelles ont pris le dessus sur l'économie. Organisé autour du thème « Faire face aux vrais enjeux : travailler ensemble pour le changement, la paix et le développement », les discussions du forum, qui a réuni un millier de participants venant de 51 pays, s'est en effet penché sur la conjoncture politique. Des thèmes tels que le conflit israélo-arabe, le transfert du pouvoir en Iraq et la politique américaine dans la région ont été débattus pendant trois jours. Alors que 13 sessions seulement sur 30 ont été consacrées pour débattre des sujets économiques.

Le seul événement économique qui caractérise le forum est la signature d'un accord entre la Jordanie et Israël pour tenter d'obtenir que les produits fabriqués dans leurs zones industrielles communes puissent entrer librement sur le marché de l'Union Européenne (UE). L'accord a été signé par le ministre jordanien du Commerce et de l'Industrie, Mohamad Halayka, et son homologue israélien Ehud Olmert, en marge du WEF. Aux termes de cet accord, a indiqué M. Halayka, les deux pays feront en sorte d'obtenir que l'UE laisse entrer sans taxes sur son marché les produits fabriqués dans les sept zones industrielles communes, ainsi que le font déjà les Etats-Unis (depuis 1996).

Le poids des questions politiques a ainsi dominé les travaux du forum. « Comme toujours, l'instabilité politique dans la région entrave la promotion de grands projets économiques et freine la coopération économique », souligne l'analyste politique égyptien Moustapha Kamel Sayed. En effet, ce forum, organisé pour la deuxième année consécutive, vise essentiellement à attirer des investissements étrangers et à mettre au point une stratégie arabe claire et réaliste en matière de promotion de la démocratie et de la lutte contre la pauvreté. « Nous voulons dire au monde arabe qu'on ne peut pas en rester là. La moindre des choses que ce forum puisse faire au Moyen-Orient est d'aider à définir un programme cohérent pour la région », a ainsi déclaré Fred Sicre, directeur exécutif du forum.

Dans ce cadre, tous les dirigeants politiques, à l'unanimité, ont tenu à souligner l'importance des réformes dans tous les domaines. « Les réformes sont devenues le principal objectif économique », assure Moustapha Kamel Al-Sayed. Opinion partagée par Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, qui a insisté sur le fait que ces réformes ne soient pas imposées de l'extérieur. « Chaque nation s'engage à adopter le plan de réforme qui lui convient », ajoute-t-il. Par ailleurs, 94 % des participants au forum ont souligné que l'engagement des pays arabes dans les programmes de réforme est rhétorique, alors que 5,6 % seulement pensent que son engagement est réel.


Résorber le chômage et promouvoir les investissements

Le dossier des réformes économiques sera discuté au cours du sommet arabe qui se tiendra les 22 et 23 mai en Tunisie. Et tous les experts s'accordent à dire que ces réformes sont aujourd'hui une nécessité. « Le monde arabe est une véritable bombe à retardement s'il n'œuvre pas en vue d'une augmentation de 4 % du taux de croissance dans les deux prochaines décennies, et de résoudre le problème du chômage », souligne Chafiq Gabr, PDG du groupe d'investissement et de développement Artoc.

Tout d'abord, le chômage est le problème qui inquiète le plus les chefs arabes. Dans le monde arabe, le nombre des jeunes chômeurs varie entre 4 et 6 millions. Pour résoudre ce problème, selon Moustapha Nabil, représentant de la Banque mondiale au Proche-Orient, les pays arabes doivent créer 80 millions d’emplois d'ici 2020. Mais pour Rima Khalaf, du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), les gouvernements arabes pourraient surmonter cette difficulté en modernisant le système de gestion gouvernementale.

Le manque d'investissements représente le second défi. Le volume des flux des investissements directs étrangers ne représente que 1 % du total des flux des capitaux dans le monde arabe. Mais là aussi, économie et politique ne peuvent pas être séparés. Pour augmenter les investissements dans la région, il faut une certaine stabilité politique. « L'instabilité politique pousse les investisseurs à prendre l'argent et sortir vite du marché. Et c'est un réflexe logique », souligne Basil Al-Rahim, l'un des participants au forum.

Par ailleurs, les participants ont souligné la nécessité de promouvoir le rôle du secteur privé. De même, il faut renforcer les critères de transparence dans les sociétés arabes. Selon Ali Al-Chahabi, chef exécutif de la société d'investissement Rasmala aux Emirats arabes unis, « la corruption représente un problème majeur qui entrave l'augmentation des flux des capitaux dans le monde arabe. Il est remarquable que les 3 secteurs d'investissements essentiels dans le monde arabe, à savoir la construction, les armes et les gaz soient les plus corrompus ».

Les dirigeants ont également abordé la question de la flambée du cours du pétrole. « Le pétrole reste une source d'instabilité dans le monde. C'est un facteur encore plus significatif sur le court terme », souligne Augusto Lopez Claros, chef économique et directeur du programme de compétitivité auprès du Forum économique mondial. Pour le président de la Banque de développement asiatique, Tadao Chino, la récente flambée du cours du baril, qui a atteint le chiffre record de 41 dollars vendredi, soit son plus haut niveau historique depuis 1990, « pourrait même ralentir les réformes financières régionales ».

Gilane Magdi

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