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L'holocauste américain
Par Mohamed Sid-Ahmed

Nous voulons croire que les Etats-Unis ne sont pas uniquement ces photos publiées dans les journaux montrant les sévices infligés aux détenus iraqiens dans la prison d'Abou-Gharib. Nous voulons croire que les Etats-Unis ont un autre visage.

Certains ont voulu faire croire qu'il s'agissait d'actes isolés. Il s'est pourtant avéré qu'il ne s'agissait pas de cas isolés, mais d'une politique officielle. Au moment où l'on enquêtait sur l'affaire, les Archives nationales américaines ont publié, il y a quelques jours, des documents secrets dévoilant que les allégations des responsables américains étaient fausses : les actes de tortures commis par les soldats américains ne sont pas des incidents isolés, mais sont des pratiques adoptées par les services de renseignement américains à partir des années 1960 au temps de la guerre du Vietnam. A l'époque de l'ex-président Jimmy Carter, on a décidé de les arrêter mais ils furent repris sous le mandat du président Ronald Reagan.

Une question importante s'impose : Peut-on imaginer que les Etats-Unis — unique superpuissance dans un monde dorénavant unipolaire — sont en mesure d'arrêter ces pratiques ? Nous devons nous souvenir que lorsque les Japonais ont attaqué Pearl Harpor au cours de la seconde guerre mondiale, les Américains ont répondu par deux bombes atomiques. L'une fut lancée sur Hiroshima et l'autre sur Nagazaki, faisant chacune non moins de 300 000 victimes.

Peut-on imaginer que l'Administration Bush renonce à ces moyens de vengeance et de dissuasion utilisés contre ceux que l'on accuse d'avoir commis des actes atroces similaires à l'égard des Etats-Unis ? Il faut comprendre que ce qui s'est passé n'était pas une chose spontanée ou passagère commise dans la prison d'Abou-Gharib uniquement. Nous sommes plutôt face à un système adopté à un haut niveau. Quant au malaise des responsables américains, il n'est pas dû au fait que de tels actes ont été commis mais au fait qu'ils furent dévoilés.

Il n'est donc pas concevable que l'Administration américaine renonce à une méthode à même d'affirmer le statut des Etats-Unis comme étant l'unique, l'imbattable et l'intouchable superpuissance.

Mais la mentalité de l'Administration américaine et sa manière d'agir n'est pas nécessairement celle de toute la société américaine. Elle n'est pas non plus — comme il s'était avéré — celle de la presse américaine. Il est certain que la guerre du Vietnam et les crimes atroces qui y ont été commis ont laissé leurs empreintes sur la conscience nationale américaine. Il est également certain que les batailles menées par les Noirs aux Etats-Unis sous la direction de Martin Luther King, ainsi que la révolution estudiantine des années 1960 ont laissé leurs empreintes sur le renforcement des droits civils américains. Il existe aux Etats-Unis aujourd'hui un courant authentiquement démocratique et un mécanisme conçu à travers des générations à même de corriger toute conduite déviée. Ceci est indéniable.

On ne peut probablement pas faire une comparaison entre les tragédies que subissent les prisonniers iraqiens ou afghans et entre l'holocauste dont ont été victimes des milliers de juifs dans les camps d'extermination nazis au cours de la seconde guerre mondiale. On ne peut certes pas établir de comparaison entre les deux cas en ce qui concerne le nombre des victimes. Mais on peut certes l'établir concernant le traitement humiliant et les violations de la dignité de l'homme. N'est-ce pas là une version moderne du racisme ?

Les juifs ont été les victimes de l'holocauste d'Hitler. Maintenant, l'Etat hébreu fournit aux Américains les moyens et les mécanismes de torture à même de les aider à arracher aux prisonniers des aveux. D'après le Daily Star, les militaires américains écoutent attentivement les experts israéliens pour profiter de leur expérience avec la résistance palestinienne et libanaise. Des entraînements américano-israéliens conjoints se font dans le désert du Neguev. Ce sont des actes pratiqués depuis longtemps par les Israéliens. Une organisation des droits de l'homme israélienne a découvert l'existence d'un Guantanamo israélien maintenu secret où l'on interroge des personnes détenues au Liban ou des Palestiniens. Ils sont traités de la même manière que les détenus iraqiens. Le résultat des actes de terrorisme commis à l'encontre des prisonniers palestiniens a encouragé le mauvais traitement des prisonniers iraqiens.

Qui sont les responsables ?

Reste la question : qui sont les responsables ? Pour tirer Bush de l'affaire, on défend avec acharnement le secrétaire d'Etat à la Défense, Donald Rumsfeld. L'Administration américaine s'est mobilisée toute entière pour faire l'éloge de ce dernier, qualifié par le vice-président, Dick Cheney, de meilleur secrétaire d'Etat à la Défense que les Etats-Unis aient jamais connu.

Les membres de l'Administration savent tous que si la responsabilité de Rumsfeld est établie elle portera atteinte à Bush personnellement et affaiblirait les chances de sa réélection. Il s'est avéré que cette équipe au pouvoir a tôt eu vent de ce qui s'était passé. L'Administration américaine se présente comme un modèle moral portant un message historique et non pas uniquement comme une force militaire écrasante. Comment s'attribuer un tel qualificatif alors qu'elle est maintenant condamnée sans équivoque devant l'Histoire ?

Que symbolise la photo montrant une femme américaine tirant par le cou un Iraqien nu et enchaîné, jeté par terre comme un chien. Ne signifie-t-elle pas que l'occupant américain peut être plus sauvage que Saddam Hussein ? Cette photo ne signifie-t-elle pas que l'esprit de l'holocauste est toujours vivant ?

D'aucuns peuvent répondre qu'il n'existe pas de guerre propre. Il n'y avait pas d'armes de destruction massive. Aucune preuve de l'existence d'une quelconque relation avec Al-Qaëda. Un seul argument était valable pour cette intervention, à savoir sauver le peuple iraqien de la dictature sanguinaire de Saddam et mettre le pays sur le chemin de la démocratie et de la liberté. L'occupation militaire imposée par la force de la torture pourrait-il être le meilleur moyen pour asseoir la démocratie dans la société iraqienne ? Le dernier mot serait dit au cours des présidentielles américaines.

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La responsabilité
des Arabes

Par Salama A. Salama

Il est grand temps que les Arabes regardent de plus près les résultats de leurs politiques. Ce faisant, il n'est pas si difficile de constater que les pays arabes sont les complices des crimes de torture et de sévices infligés par des soldats américains et britanniques à des détenus iraqiens. En effet, la plupart des pays arabes ont contribué, d'une manière ou d'une autre, et plus précisément par leur silence, à ces crimes.

Les Etats arabes, dont l'Egypte, ne se souviennent-ils pas des pressions exercées sur eux par les Etats-Unis pour qu'ils signent avec Washington des accords bilatéraux permettant aux ressortissants américains d'échapper à toute poursuite judiciaire si ceux-ci sont accusés de crimes de guerre ou contre l'humanité ? Ceci signifie tout simplement que les gouvernements arabes se sont faits les complices des Etats-Unis, les aidant à violer les conventions de Genève en Iraq. Et lorsque ces crimes, qui étaient prévus, ont eu lieu, les gouvernements arabes et non arabes, qui avaient conclu avec les Etats-Unis de tels accords bilatéraux immoraux protégeant les criminels de guerre, n'avaient d'autre choix que de garder le silence ou de se contenter d'un refus verbal comme d'habitude.

On se rappelle que l'Administration Bush a catégoriquement refusé de souscrire à la création d'une Cour pénale internationale, chargée de juger les crimes de guerre et contre l'humanité. Une Cour dont l'Egypte a contribué à élaborer la charte. Plus encore, l'Egypte s'est abstenue de ratifier cette charte par amitié et respect pour les Etats-Unis. Ainsi, Washington s'arroge le droit absolu de commettre tout crime tout en restant au-dessus de la loi et de tout châtiment. Paradoxalement, la plupart des pays européens alliés des Etats-Unis, y compris la Jordanie, ont ratifié la charte de ladite Cour.

Le Centre du Caire pour les études des droits de l'homme a alerté la Ligue arabe sur ce sujet. Il a de même demandé à la Ligue arabe, à Fathi Sorour, président de l'Assemblée du peuple et spécialiste éminent du code pénal humanitaire, ainsi qu'à Moustapha Al-Fiqi président de la Commission des affaires étrangères au Parlement égyptien, d'éviter une telle erreur. Il n'aura probablement aucune réponse ni de l'Assemblée ni du Conseil national des droits de l'homme, récemment créé.

Reste à dire que grâce aux Etats-Unis et à Israël, la région entière se trouve noyée dans un bain de sang et de violence. Il est temps d'avouer que le crime horrible et barbare commis par le groupe Abou-Mosseab Al-Zarqawi, qui a assassiné un otage américain, est la conséquence naturelle de cet état de violence.

Bref, les Arabes n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes parce qu'ils ont contribué à l'état lamentable dans lequel se trouve aujourd'hui le monde arabe.

 

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