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« La
chirurgie plastique est un métier d'art. Un chirurgien
habile pourrait être comparé au pianiste qui, avec ses
doigts, joue la plus belle des mélodies. Il doit avoir
l'esprit d'un artiste et ressentir le beau dans tout ce
qui l'entoure. C'est la recette de son succès »,
explique Alaa Gheita, ex-président de l'Association égyptienne
des plasticiens et le représentant de l'Afrique et du
Moyen-Orient à l'Union internationale des chirurgiens
esthétiques. A première vue, ses origines aristocrates
sont évidentes : un nez césarien, des cheveux sel
et poivre, une tenue pratique mais élégante. Son accent
français impeccable n'altère en rien son sens de l'humour — celui
d'un véritable fils du pays.
Le goût de
l'artiste s'observe clairement dans son bureau situé dans
l’un des anciens immeubles à Zamalek. Une belle véranda
donne sur le paysage verdoyant du Jardin des poissons.
Le goût français domine sa clinique. Fasciné par la culture
française, cet ancien élève du Collège De la Salle semble
accompagner avec lui une partie de Paris. Des peintures,
des meubles antiques style Louis XV, des bibelots bien
choisis forment le décor du lieu. Des prix d'honneur et
d'excellence couvrent les murs : Un prix d'honneur
de l'Association française des chirurgiens esthétiques,
une médaille de sport du cinquième degré octroyée par
le président Anouar Al-Sadate en 1973 pour son excellence
en athlétisme — il était le vice-président de
cette union, un certificat de la « patriarcale
des services » à l'Eglise égyptienne pour son
rôle important dans le traitement des cas démunis, un
mot de remerciement signé par ses malades et offert par
le ministère de l'Intérieur, etc.
Pour lui,
le goût s'avère un véritable capital. Un trésor qu'il
doit épanouir. Forger un nez bien retroussé, illustrer
la beauté des yeux ou bien former de beaux seins sont
des spécialisations qui nécessitent une certaine compétence.
« Un chirurgien esthétique pourrait être comparé
à un chef menuisier. Celui qui maîtrise la XV. Moi je
préfère les interventions chirurgicales des seins. Pour
créer de beaux seins, il faut un véritable talent »,
confie Gheita qui effectue chaque année environ 400 opérations.
Il a appris les secrets du métier aux quatre coins du
monde. Sa thèse de doctorat terminée en 1977, il décide
de se spécialiser dans la chirurgie esthétique. « Les
Français sont les rois de cette spécialisation. J'ai choisi
de partir pour maîtriser le métier sous l'égide du Dr
Claude du Fourmentel, un des pôles de la chirurgie esthétique
dans le monde et le chef du service à l'hôpital Saint
Louis, la citadelle de la chirurgie esthétique en France ».
Ce dernier lui avait dit qu'il sera un jour l'ambassadeur
de la culture française en Egypte. Mais Gheita ne se contente
pas du savoir français ; il poursuit son apprentissage
chez Tom Rees, l'un des plus grands noms aux Etats-Unis.
Ses études vont de pair avec son épanouissement artistique.
Durant son séjour en France pour ses quatre années d'études,
il fait le tour des musées d'Europe pour déguster la beauté.
Du Vatican en Italie, au Reuks museum aux Pays-Bas,
tout en passant par le Louvre, Gheita a eu la chance de
nourrir son œil de la splendeur de ces endroits. « Le
goût est quelque chose qui s'entretient. Je dois habituer
mon œil à voir la beauté et à l'apprécier pour pouvoir
briller dans mon domaine. Ces lieux sont une véritable
exposition pour découvrir la beauté du corps humain. Comment
est-ce qu'un chirurgien esthétique pourrait faire un beau
sein s'il n'a jamais vu une belle statue ou un tableau
d'une femme nue ? », s'interroge Alaa Gheita.
Or, la sensibilité
de l'artiste n'est pas la seule touche qui caractérise
Alaa Gheita. Son esprit de combattant semble être bien
ancré dans sa personnalité. Ancien champion d’athlétisme,
Gheita a appris comment accepter le défi. « C'est
un sport violent qui m'a fait acquérir l'esprit de persévérance
et d'audace. Je m'entraîne en plein soleil pendant de
longues heures, c'est dur pour quiconque ». C'est
avec ce même esprit de combattant que Dr Alaa Gheita fait
face aujourd'hui aux difficultés du métier. Non seulement,
le manque et l'augmentation des prix des matériaux importés
le préoccupent, mais aussi certains facteurs sociaux.
Les fatwas austères de certains cheikhs l'angoissent.
Certains d'entre eux vont jusqu'à prohiber les interventions
chirurgicales pour des raisons esthétiques. « Comment
interdire des opérations pareilles alors qu'elles pourraient
changer le destin de certains ? », s'interroge
Alaa Gheita, en racontant l'histoire de la réceptionniste
qui a risqué perdre son boulot à cause de ses rides. Et
celle du boxeur qui souffrait de l'accumulation des graisses
sur la poitrine. Une fois monté sur le ring, il subissait
les moqueries de la foule qui voyait des seins danser
avec lui. Un problème qui risquait de mettre fin à son
hobby. Aujourd'hui, après avoir effectué l'opération,
ce jeune s'est débarrassé de son complexe. « Aucun
verset du Coran n'interdit l'esthétique », insiste
Gheita. De plus, le prophète, lui même, mettait du khôl
et du henné, n'étaient-ce pas les moyens cosmétiques de
l'époque ? s'interroge Gheita. Un message qu'il ne
manque jamais de transmettre dans les différentes interviews
diffusées sur les chaînes satellites et dans les journaux.
Il répond ainsi à tous ceux qui taxent ce genre d'opérations
d'illicites, surtout après la fatwa de l'actuel
mufti les prohibant. « Le cheikh Chaarawi n'a-t-il
pas fait une opération pour éliminer le gonflement des
yeux ? », poursuit-il.
Il semble
en bonne voie pour gagner sa bataille. Aujourd'hui, la
chirurgie esthétique est devenue une vraie mode, que ce
soit dans les couches populaires, riches ou moyennes.
« Mes clients viennent de toutes les couches sociales.
A l'hôpital Qasr Al-Aini, je rencontre des pauvres, qui
malgré leurs ».
Avoir la
capacité de raisonnement du savant, les doigts et le goût
d'un artiste et l'esprit du combattant, Alaa tient de
son père. Fils d'un grand chirurgien, son rêve était de
suivre le même chemin que son père. La première fois qu'il
se retrouve dans une salle d'opération, il s'évanouit.
Mais il refuse de céder. Il apprend avec les jours l'art
de contrôler les nerfs de ses doigts pour maîtriser l'usage
de ses outils.
« Mon
père était un véritable exemple à suivre. Il m'a appris
comment ne pas revenir sur une décision prise. Il avait
en lui le génie du savant et la modestie de l'homme pieux.
Quant à ma mère, elle m'a appris comment tisser une profonde
relation avec Dieu ».
Leur mort
a été l'un des moments les plus difficiles de sa vie.
Le décès de son père était un véritable drame. « Il
était minuit, j'ai entendu la porte sonner et un policier
est venu m'avertir que mon père était mort dans un accident
et que son cadavre se trouvait dans la morgue depuis plus
de 7 heures », se rappelle-t-il, les larmes aux
yeux. Une scène qui semble être encore omniprésente dans
son esprit. Quelques années plus tard, sa mère, elle aussi,
disparaît. « J'étais en France. J'ai appelé ma
mère deux jours avant pour l'avertir que j'arrivais le
lendemain. Une fois arrivé à l'aéroport, j'ai retrouvé
ma femme et mon meilleur ami habillés en noir et les larmes
aux yeux. J'ai tout de suite compris. C'était un choc
pour moi ; elle n'était pas malade et elle n'était
pas âgée », poursuit-il très ému.
Des expériences
douloureuses qui ont accru sa sensibilité. C'est avec
cette grande sensibilité qu'il agit avec ses malades.
« Bien que le jour de Mouled Al-Nabi soit
férié, le Dr Gheita était le seul médecin à passer
nous voir. Tous les matins, il vient nous rendre visite
et s'assurer que tout va bien », assure l'un
des malades à Qasr Al-Aini.
Malgré ses
séjours à l'étranger, l'esprit du simple paysan ne l'a
jamais quitté. Originaire de Béni Souef, Gheita a essayé
après avoir terminé ses études de retourner à son village
natal pour cultiver sa terre. « Je pratiquais
la médecine durant toute la semaine, mais le week-en,
je rentrais au village pour exercer mon hobby favori à
savoir l'agriculture. Cependant, je n'ai pas pu concilier
entre médecine et agriculture vu que chacune d'elle a
besoin de temps », explique Alaa Gheita, qui
s'adonne actuellement à son hobby favori dans sa ferme
aux Pyramides.
Né en 1945,
Gheita a vécu la Révolution de 1952, une phase importante
qui a animé l'esprit politique de cette époque. Pourtant,
il a préféré s'éloigner de la vie politique. Même si un
célèbre voyant lui avait annoncé qu'il occuperait un poste
politique très important en 2008. « Bien que j'aie
choisi de ne pas travailler dans la politique, j'y ai
recours dans les moindres détails de ma vie ».
Une politique qu'il pratique avec ses deux enfants de
7 et 11 ans avec qui il passe les moments les plus agréables
de sa vie. « On nage et on joue ensemble ».
Et l'amitié ? « Avec un agenda surchargé,
ma femme demeure ma meilleure amie », avoue Gheita.
Il lui reste
encore des projets à accomplir. Son grand espoir aujourd'hui
est de former une nouvelle génération d'esthéticiens qui
portera le flambeau.
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