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Coupe du monde 2010 . Plus le vote décisif de la FIFA approche et plus la nervosité des Egyptiens est palpable. Du simple citoyen, aux plus hauts responsables, tous espèrent que la décision de la FIFA du 15 mai viendra récompenser leurs efforts et conforter leurs espérances. Ambiance.
L'infernal compte à rebours

Dans le hall du ministère de la Jeunesse à Mohandessine, l'ambiance est de prime abord plutôt calme. Seules quelques affiches viennent rappeler au visiteur que l'Egypte est candidate pour l'organistaion de la Coupe du monde 2010. Il faut arriver au quatrième étage de l'édifice pour remarquer que la tension est en réalité à son comble. C'est là que se trouve le bureau d'Amal Gamal, considérée par ceux qui suivent de près la candidature égyptienne, comme étant la locomotive du dossier. Elle s'occupe de la coordination entre les ministères et le comité de promotion à l'organisation de la Coupe du monde 2010. Mais décrocher l'organisation de cet événement sportif planétaire représente bien plus qu'une simple mission professionnelle : c'est pour elle un devoir patriotique. Avant même qu'elle ne prononce un mot, son visage défraîchi reflète le mal qu'elle se donne dans sa tâche. Ses phrases ininterrompues viennent ensuite confirmer que le stress a atteint son paroxysme. Dans son bureau, des dizaines de personnes font le va-et-vient. Entre ceux qui lui présentent les dernières évolutions sur la situation de l'Egypte, ceux qui réclament la liste mise à jour de la délégation égyptienne qui se rendra à Zurich pour assister au vote de la FIFA ou ceux qui ne sont là que pour la tranquilliser, l'ambiance est électrique. Et malgré le brouhaha, Amal reste concentrée, ne laissant aucun détail lui échapper. Face à son ordinateur, elle étudie point par point le rapport publié par le comité d'inspection sur le potentiel et les capacités de chaque pays candidat, espérant recueillir une bonne impression préliminaire capable de la rassurer. « J'ai préparé mes bagages, mais je n'arrive pas à me décider à partir. Je crains de ne pas pouvoir supporter l'attente qui précède l'annonce du pays élu. Le temps me paraît déjà très long, mais je ne peux pas rester ici les bras croisés à suivre les choses de loin », confie-t-elle. Avec le jour J qui se rapproche, elle n'a pas d'autre choix que de travailler d'arrache-pied pour chasser de son esprit le vote décisif.

Elle a prévu tout un programme pour les quatre derniers jours qu'elle passera à Zurich. Mais depuis son bureau du Caire, elle a déjà mobilisé des milliers de personnes. Une centaine de jeunes bénévoles égyptiens sont déjà partis faire le tour de l'Europe afin de recueillir le soutien des populations. Ils arriveront à Zurich à la veille du verdict et se réuniront devant le siège de la FIFA. « J'ai l'intention de rassembler tous les bénévoles et d'organiser une marche le jour même de l'annonce du résultat. Je veux prouver au monde entier que nous sommes déterminés à accueillir cette Coupe du monde et capable de l'organiser. Je veux démontrer à tous ceux qui n'ont pas l'intention de voter pour l'Egypte qu'ils le regretteront », affirme Gamal. Une détermination et surtout une conviction de l'importance de sa mission qui ne manque cependant pas de réalisme. « Si la chance ne nous sourit pas cette fois, je consacrerai toute mon énergie à l'organisation de la Coupe d'Afrique des nations que nous accueillerons en 2006 », précise Amal, sans pouvoir nier la déception qu'elle ressentira si, en Suisse, les choses ne se déroulent pas comme elle le souhaite.


L'espoir est de mise

C'est en fait l'ensemble des Egyptiens qui commence sérieusement à stresser. Ce qui rend l'attente d'autant plus pénible. Manchettes de journaux, sujets d'émissions télévisées, discussions dans les cafés et dans les transports ... Entre ceux qui y croient vraiment et ceux qui tentent de faire une lecture et un bilan objectif de ce qui a été fait avant le vote décisif de la FIFA, les opinions divergent. Mais, l'espoir est malgré tout de mise.

Sur la corniche et face à l'un des grands hôtels cinq étoiles de la ville, une immense affiche recouvre toute la façade d'un bâtiment. « Tu sais, si nous parvenons à accueillir cette coupe, le pays bénéficiera de 20 milliards de dollars qui nous permettront d'améliorer certains services publics, notamment dans le secteur des transports en commun. Nous pourrons facilement trouver du travail, nous aurons au moins un objectif en tête et nous pouvons aspirer à un avenir meilleur », affirme un étudiant à son camarade en contemplant l'affiche. « J'ai appris que le match Ahli-Zamalek, qui devait avoir lieu le 19 mai, a été avancé de quatre jours, soit le jour même du vote de la FIFA. Tu ne penses pas que ce changement a pour but d'occuper l'opinion publique pour qu'elle ne soit pas trop prise ou pas trop déçue par le résultat annoncé par la FIFA ? », se demande l'un des deux comparses. Un fonctionnaire de passage intervient dans la discussion. « Tout ce que nous pouvons faire pendant ces quelques heures qui nous restent, c'est prier. Seul Dieu pourra nous soutenir. Et si les responsables avouent avoir tout fait pour promouvoir le dossier égyptien, les prières des 70 millions d'Egyptiens peuvent engendrer un miracle », dit-il d'un ton serein. Et si lui ne tirera aucun avantage de cet événement, au moins ses deux fils, encore scolarisés, en profiteront.

Car pour beaucoup, cette coupe représente une véritable bouée de sauvetage. Les Egyptiens ont besoin d'un espoir, d'un objectif pour entrevoir le bout du tunnel. En comptant les heures qui restent, ils sont dans l'attente d'un résultat qui pourrait bien les faire sortir de l'impasse dans laquelle ils se trouvent, celle de la crise économique.


Une génération mobilisée

Au Stade du Caire, dans le complexe des piscines olympiques, un groupe de jeunes se réunit quotidiennement. Ils se sont surnommés « Le comité du dossier ». A l'entrée du local, une petite affiche signale le nombre de jours restants avant la décision finale d'attribution. Le lieu a tout d'une salle d'opération. Ici, 70 jeunes ont pris l'habitude, depuis presqu'un an, de se réunir de 9h à 21h. Quand ils n'y passent pas la nuit si le travail l'exige. Tous sont bénévoles et ont pour mission de suivre, promouvoir et organiser des événements propices à accroître les chances du dossier égyptien. « Nous avons fait le tour de l'Egypte, assisté à toute les conférences, expositions et forums qui se sont tenus dans le pays. Nous avons adressé des messages aux sportifs et aux personnalités internationales, envoyés des e-mails aux 24 membres votants du jury de la FIFA », explique Racha Salama, une diplômée de la faculté des langues de l'Université d'Aïn-Chams. Elle parle couramment trois langues étrangères et s'occupe aussi de la traduction des informations publiées sur les sites étrangers à propos de l'Egypte. Le 15 mai est une date dont ils ne peuvent s'empêcher de parler et pour laquelle ils ont prévu toute une série de préparatifs. « Nous passerons la nuit du 14 ensemble, ici même, à zapper d'une chaîne à l'autre pour suivre en direct les dernières évolutions. Nous prions tous pour que ce jour ne soit pas notre dernier jour ensemble », avance Rami Hassan. Un jour qui décidera du destin de ces jeunes. « Si l'Egypte ne décroche pas l'organisation, elle devra attendre 2034 avant de pouvoir présenter une nouvelle candidature. Car la FIFA exige que le pays hôte soit pour chaque édition celui d'un continent différent. Ce qui signifie que ma génération ne pourra jouer qu'un rôle de spectateur puisqu'elle aura atteint l'âge de 50 ans », confie Rami.

A l'heure actuelle, tout reste possible. Mais pour Moetaz et Aymane Al-Dahchouri, rien de plus ne peut être fait. Installés depuis sept mois au Caire, ces deux frères, originaires de Ménoufiya, ont abandonné famille, études et même fiancées pour se consacrer à la promotion du dossier de candidature égyptien. A Héliopolis, ils ont même loué un local appartenant à leur cousin pour le transformer en cybercafé. De là, ils ont créé leur propre site pour sensibiliser l'opinion, ont été présents à tous les événements en rapport avec la Coupe du monde 2010 et ont mêmeaccueilli les membres de la FIFA lors de leur visite au Caire. « Peu importe le résultat du vote. Nous avons la conscience tranquille car nous avons tout fait pour décrocher l'organistaion de cette Coupe du monde. Si nous perdons, c'est parce que d'autres facteurs sont entrés en considération et auxquels nous ne pouvons rien changer ». Pour ces deux jeunes, ce sont les mois qui viennent de s'écouler qui sont les plus importants. Et non pas les quelques jours qui restent avant le vote. « Ces sept mois ont marqué notre vie. Nous avons prouvé que les jeunes de ce pays, quelque soit leur origine ou classe sociale, sont capables de tout quand ils ont un objectif en tête. Ces mois nous ont donné confiance en nous-mêmes, nous nous sommes tous unis pour le même rêve ». Sans perdre espoir, les deux frères contemplent la situation en toute sérénité. Ils comptent les heures, comme tous les Egyptiens. Mais ils sont prêts à rebondir en cas de mauvaise surprise.

Amira Doss
 

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