Plus
de deux semaines après la révélation des sévices infligés
à des prisonniers iraqiens, Washington et Londres sont
toujours éclaboussés par ce scandale, qui a provoqué un
tollé dans le monde entier. Et les excuses du président
américain Georges W. Bush et du premier ministre britannique
Tony Blair ne suffisent pas, d'autant plus qu'aux Etats-Unis,
le magazine New Yorker a publié dimanche une nouvelle
photo des sévices infligés à des détenus iraqiens, montrant
un homme nu terrorisé par deux chiens tenus en laisse
par des soldats américains. Le New York Times,
de son côté, a publié en Une six photos de prisonniers
brutalisés. L'ampleur du scandale est telle que l'administration
Bush a dû reconnaître publiquement que cela constituait
un désastre pour sa politique étrangère et tente actuellement
de faire face au contrecoup sur le plan intérieur avec
de lourdes conséquences potentielles sur l'issue de l'élection
présidentielle du 2 novembre. De fait, les photos montrant
des prisonniers iraqiens nus et humiliés à la prison d'Abou-Gharib
ont suscité une vague de révulsion et de honte comme peut-être
jamais depuis la révélation du massacre de centaines de
Vietnamiens en 1968 lors de la guerre du Vietnam. Si le
secrétaire d'Etat, Colin Powell, s'est dit confiant que
les Etats-Unis surmonteront la crise, il a toutefois concédé
que les terribles photos de la prison d'Abou-Gharib étaient
« très destructrices pour (les) efforts
de politique étrangère » américaine.
D'autre
part, alors qu'ils peinent à maintenir la coalition internationale
qu'ils dirigent en Iraq, les Américains ne peuvent compter
sur les Britanniques également mis à mal par un scandale
sur le traitement des détenus iraqiens mis en entre leurs
mains. Pour se défendre, l'ancien représentant britannique
en Iraq, Jeremy Greenstock, a affirmé que les responsables
britanniques en Iraq ne savaient rien des sévices infligés
aux détenus, dans un entretien publié lundi dans le Daily
Telegraph. « Nous n'étions pas impliqués et
nous ne savions rien des méthodes d'interrogatoire employées
ou de la façon dont les gens étaient traités »,
a-t-il affirmé. Jetant la responsabilité sur les Américains,
Greenstock a indiqué que des derniers représentaient « 95 %
de ce que fait la coalition : en ressources, en hommes,
en dynamique ». « Nous représentions
5 %. Nous représentions un tout petit partenaire
dans la pratique ».
La
coalition commencerait-elle donc à se disloquer ?
Quoi qu'il en soit, avec la conjoncture actuelle et les
violences sur le terrain, qui se sont particulièrement
accrues depuis début avril, les Etats-Unis se trouvent
face à une situation critique, alors qu'approche la date
prévue pour le transfert de souveraineté aux Iraqiens,
le 30 juin prochain.
Qui
plus est, selon des informations publiées dimanche par
le Washington Post, la hiérarchie militaire américaine
commence à connaître de sérieuses divergences quant à
la stratégie à appliquer en Iraq, certains hauts responsables
insistant sur les nombreuses victimes sans que les Etats-Unis
parviennent à pouvoir établir la démocratie. La principale
inquiétude de ces responsables militaires est que les
Etats-Unis, tout en ayant l'avantage militaire, ne parviennent
pas à se concilier le soutien de la population iraqienne.
Ainsi, le général Charles Swannack, qui commande la 82e
Airborne Division, a dit croire qu'au rythme actuel des
combats, l'armée américaine continue à avoir le dessus.
Mais quand on lui demande s'il pense que les Etats-Unis
sont en train de perdre, il répond : « Stratégiquement
je pense que oui ». Le colonel Paul Hughes, qui
a été l'année dernière le premier officier chargé de la
planification stratégique pour l'autorité d'occupation
à Bagdad, note pour sa part que l'échec américain au Vietnam
a été caractérisé par des batailles gagnées tout en perdant
la guerre. De plus, selon le Post, plusieurs des
responsables interrogés se sont fait l'écho de la profonde
colère qui commence à monter dans l'armée contre Rumsfeld
et son entourage.
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Sur
le terrain, les violences ont particulièrement touché
en début de semaine Bagdad où une cinquantaine d'Iraqiens
au total ont été tués, outre 2 étrangers, un Néo-Zélandais,
un Sud-Africain ainsi que leur chauffeur iraqien, abattus
lundi matin par des hommes armés à Kirkouk, a annoncé
la police de cette ville du nord de l'Iraq.
Seize
personnes qui pourraient être des miliciens fidèles au
chef chiite radical Moqtada Sadr ont été tuées lundi avant
l'aube dans des combats avec les forces de la coalition
à Sadr City, quartier chiite de Bagdad, a indiqué un porte-parole
militaire américain. La veille, 19 miliciens chiites et
neuf autres Iraqiens ont été tués dans divers accrochages
avec les militaires américains à Bagdad, où un attentat
à la bombe a coûté la vie à sept personnes et en a blessé
huit. Les accrochages entre militaires américains et miliciens
se sont concentrés à Sadr City, bastion de Moqtada Sadr
dans l'est de la capitale, où le bureau de ce dernier
a été totalement détruit par l'armée américaine dans la
nuit de dimanche à lundi. Auparavant, les accrochages
avaient éclaté au lendemain de l'arrestation d'un adjoint
du chef chiite.
Dans
le sud du pays, la tension restait vive à Bassorah, dont
le gouverneur, Waël Abdel-Latif, a décrété l'interdiction
du port d'armes et la formation d'une unité spéciale de
la police pour faire face aux milices. Après de violents
affrontements la veille, trois soldats britanniques ont
été blessés dimanche dans cette ville par le jet d'un
engin explosif contre leur véhicule. Un convoi britannique
a essuyé des tirs et une bombe a explosé sans faire de
victime. A Amara, dans le sud-est, des tirs de miliciens
chiites ont déclenché avant l'aube une riposte britannique,
qui a fait quatre morts et un blessé parmi les civils.
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