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Monde arabe . Ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim était cette semaine au Caire pour s’entretenir du Sommet monde arabe-Amérique du Sud avec les chefs de la diplomatie arabe, réunis à la Ligue arabe. Il évoque les positions de son pays à l’égard du conflit israélo-palestinien et la crise en Iraq.
« Une solution en Iraq passera par un rôle accru de l’Onu »
Al-Ahram Hebdo : Quelle est la raison de votre visite au Caire ?
Celso Amorim : Je suis venu avant tout présenter l’invitation du président Luiz Inacio Lula da Silva au président Hosni Moubarak pour assister en tant qu’invité spécial au Sommet du Mercosur (Marché commun des pays d'Amérique du Sud) en décembre prochain. Nous sommes également, en ce moment, en train de travailler avec un très grand intérêt et intensité sur le projet du Sommet monde arabe-Amérique du Sud. A cet égard, je profite de la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire pour discuter avec eux, ainsi qu’avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, du projet de ce sommet. Ainsi, nous avons eu une séance de travail sur le Sommet Amérique du Sud-monde arabe. Cette réunion a été très importante parce qu’elle a permis un plus grand dialogue. Enfin, tout le monde avait déjà réagi de manière très positive à l’idée même de ce sommet, mais maintenant nous avons commencé à traiter des choses plus spécifiques comme les dates, l’agenda des réunions, les processus des préparatifs. Et je pars d’Egypte très optimiste, en me disant que nous pourrons organiser ce sommet au mois de décembre.

— Quels étaient les sujets discutés avec les ministres arabes ?

— Nous avons discuté du moment adéquat pour la tenue du sommet. Nous avons pensé à la mi-décembre, vers le 15 ou le 16 de ce mois. Et celui-ci est à mon avis le détail le plus important, qui devra être confirmé très prochainement. En principe le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, devra me confirmer cette date. Nous sommes en train de fixer une période qui s’étend entre le 7/8 jusqu’à 15/16 décembre 2004. Pour nous, cette période est idéale, parce que de cette manière nous pourrions faire en sorte que ce sommet coïncide avec celui du Mercosur.

— Votre réunion avec les ministres arabes des Affaires étrangères a-t-elle permis d’atteindre d’autres objectifs ?

— Elle a permis sans doute un rapprochement. Une idée qu’aussi bien les Arabes que les Sud-Américains trouvent excellente, mais que, personne, avant le président Lula, n’avait pensé à soulever ou à tenter de concrétiser. Tout cela a trouvé un écho similaire ici, non parce qu’aux pays arabes on pense que le rapport avec l’Amérique du Sud peut être une alternative à leurs relations avec les pays du Nord. Mais c’est juste une manière d’élargir les horizons. D’entretenir des relations, pas uniquement avec les pays du Nord, mais aussi avec d’autres pays du Sud. Ceci est pareil pour nous au Brésil. En même temps que nous engageons des discussions avec des pays riches du Nord, nous devons discuter aussi entre nous, pays du Sud. Ceci parce que les perspectives de coopération sont très vastes. Aussi bien en Amérique du Sud que dans les pays arabes, il y a une très grande variété de situations similaires et complémentaires. Nous avons par exemple des problèmes similaires comme celui de cultiver les régions arides. Dans ce domaine par exemple, on peut entretenir une coopération technique et scientifique importante.

— Les négociations au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ne sont-elles pas un autre domaine de coopération Sud-Sud ?

— Le Brésil tente actuellement d’organiser une coordination au sein du groupe des pays en voie de développement du G-20, dont l’Egypte fait partie. C’est un groupe qui se préoccupe de la question agricole.

— Quelles difficultés rencontrez-vous dans vos négociations avec les pays riches ?

— Nous commençons une étape délicate des négociations avec des pays du Nord, dans le cadre des négociations multilatérales de l'OMC, et pour cette raison, j’aimerai ne pas trop parler des difficultés. Je préfère parler des efforts qui sont en train d'être faits pour surmonter celles-ci. Nous avons eu une réunion de cinq pays seulement du G-20 à Londres et nous aurons une autre à Paris, à laquelle participera aussi le ministre égyptien du Commerce extérieur, Youssef Boutros-Ghali, avec qui j’ai pu aussi m’entretenir au cours de cette visite au Caire. Nous travaillons à identifier les points de divergences et de rechercher des solutions effectives. Nos principaux objectifs sont d’éliminer les subventions des pays riches et obtenir de meilleures conditions d’accès pour nos produits sur les marchés de ces pays.

— Le monde entier a été choqué par les photos publiées récemment sur les sévices infligés par des soldats américains à des prisonniers iraqiens. Comment réagissez-vous à ce scandale ?

— Les photos sont évidemment choquantes. Et j’espère que l'enquête en cours aboutira à des résultats concrets. Le président Bush a présenté ses excuses au peuple iraqien. Je ne sais pas si ceci est suffisant mais je pense qu’il est nécessaire de traiter les causes de tout cela. Au fond, tout cela découle de toute une situation déplorable. C’est une situation complexe et très difficile à régler aujourd’hui. Le Brésil a maintenu au départ les positions connues de tout le monde. Mais maintenant, il faut regarder vers l’avenir. Et à l’heure actuelle, nous pensons que les solutions doivent être retrouvées avec une plus grande participation de la communauté internationale. Surtout celle des Nations-Unies. Peut-être une conférence pourrait aider. Mais je ne veux pas donner l’impression de posséder une formule magique. Ceci parce que la situation est très complexe. Il y a des questions liées à la politique, d’autres à la sécurité, et aux communautés mêmes en Iraq. Et il n’y a pas de solution simple pour cela. A mon avis, même si on suit la bonne voie, on aura des problèmes. Il y aura sûrement des difficultés. Mais plus on permet davantage de participation de la communauté internationale, à travers les Nations-Unies, plus les Iraqiens reprendront rapidement en main leur propre destin, et plus grandes seront les chances de parvenir à une solution.

— La situation dans les territoires palestiniens est plus que jamais dans l’impasse, notamment à cause du soutien inconditionnel des Etats-Unis à la politique du premier ministre israélien Ariel Sharon. Qu’en pensez-vous ?

— Les positions du Brésil trouvent leurs fondements dans les résolutions des Nations-Unies, dans le droit des Palestiniens de constituer leur Etat le plus rapidement possible et dans le retrait israélien des territoires occupés. Mais parlant du moment spécifique que nous sommes en train de vivre, je pense qu’il faut tout faire pour remettre sur les rails la Feuille de route. Et dans toute cette situation si critique, il y a quand même un fait positif : le Quartette s’est réuni une nouvelle fois, la semaine dernière. Et il faut surtout suivre cette route. Au Brésil, nous pensons qu’il n’y a pas de solutions unilatérales à ces problèmes.

— Les Palestiniens ont invité le Brésil à jouer un rôle plus dynamique dans les négociations de paix. Qu’en dites-vous ?

— Nous avons un très grand intérêt à apporter notre contribution, à aider. Mais pour pouvoir le faire, il faut qu’il y ait un minimum de conditions. Et à voir comment se déroulent les événements, nous avons jugé qu’il n’y a pas grand-chose à faire. Malgré cela, nous avons nommé un ambassadeur comme envoyé spécial pour les questions du Moyen-Orient. Sa mission est de s’enquérir sur la question et donner éventuellement des idées qui puissent être utiles dans le cadre des négociations. Nous avons l’intention de nouer des liens plus étroits avec les membres du Quartette pour voir comment le Brésil peut être utile.
Les Palestiniens, par la voix du ministre des Affaires étrangères Nabil Chaath, avaient à plusieurs reprises manifesté leur désir de voir le Brésil jouer un rôle plus actif. Même Israël a, à différentes époques, manifesté le même intérêt, parce que le Brésil entretient des relations normales avec l’Etat hébreu. En plus, tout le monde sait qu’au Brésil, lecommunautés arabes et juives se côtoient sans frictions. Cependant, nous ne devons pas surestimer ce que nous pouvons faire. Il faut qu’il y ait un processus en place. Pour dire la vérité, face à une situation qui devient de plus en plus complexe et obscure, la dernière réunion du Quartette apporte une lueur d’espoir. Car le Quartette tient à l’application de la Feuille de route. Ceci veut dire qu’on pourra retrouver petit à petit le chemin de la paix.

Propos recueillis par
Randa Achmawi 

 

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