| Al-Ahram
Hebdo : Vous avez présenté la semaine dernière un communiqué
urgent devant l'Assemblée du peuple concernant votre refus de
toutes sortes de projets sur les réserves naturelles. Qu'en
est-il exactement ?
Mohamad Saleh :
En vertu de la loi 4/94 sur l'environnement et la loi 102/83
sur les réserves naturelles, l'exploitation des réserves naturelles
est interdite. Nous les députés, nous ne pouvions pas fermer
les yeux devant l'affaire Geftoun, où l'on voulait faire un
projet touristique d'envergure. En plus, nous étions face à
une réalité tout à fait contradictoire. C'est le Conseil des
ministres qui décide que telle ou telle région est une réserve
naturelle, et ce même conseil qui avait décidé l'exploitation
touristique d'un de ces sites dits protégés. Comment donc ?
Il faut savoir, les réserves sont-ils ou non des sites protégés.
Il est vrai que de nouveaux investissements sont nécessaires
pour l'économie, mais cela doit se faire sans porter atteinte
aux richesses naturelles. Et puis cette île, tout en étant une
réserve naturelle, est une source de rentrée de devises importantes.
On n'a pas besoin d'y bâtir des hôtels ni d'y construire des
ponts. Voyez ce qui se passe ailleurs. Nombreux sont les touristes
qui commencent à délaisser Hurghada vers des régions plus vierges
comme Marsa Alam, car la première a beaucoup perdu à cause du
développement touristique non calculé qui a commencé dans les
années 1990. Alors, il est le temps maintenant de repenser ce
tourisme pour que des régions comme Hurghada ne perdent pas
le reste de touristes qui les visitent.
— Etes-vous
donc contre l'exploitation touristique des îles ?
— Qui a dit
cela ? Je suis contre l'exploitation touristique des réserves
naturelles. Mais je ne suis pas contre l'exploitation touristique
des îles en général. Pour preuve, un projet est actuellement
à l'étude, il consiste à exploiter l'île de Chedwane, qui est
une île de la mer Rouge dont la surface et les conditions sont
convenables pour l'investissement. Et nous l'encourageons tout
à fait. En fait, personne ne peut nier les exploitations réussies
des îles de la Grèce et du Wast Island en Chine qui sont
des modèles à suivre. Sur ces îles, plusieurs activités ont
lieu toute la matinée, mais il est interdit d'y passer la nuit.
Pourquoi ne pas s'inspirer de tels exemples ? Pourquoi
œuvrons-nous à détruite les beautés de la nature que Dieu nous
a offertes ?
— Le Parlement
avait déjà refusé la construction d'un pont reliant l'Egypte
à l'Arabie saoudite. Pour quelles raisons ?
— Ce projet
était certes vital pour l'économie, le commerce et le pèlerinage,
mais il été refusé pour la simple raison qu'il est nuisible
à l'environnement, vu que certains tronçons de ce pont devaient
être construits sur des régions protégées du Sinaï. Comment
donc on veut aujourd'hui détruire l'environnement pour un projet
modeste de 2 milliards de dollars sur 10 ans à Geftoun.
— La protection
de l'environnement est-elle donc toujours prioritaire lorsqu'il
s'agit de grands projet d'investissement ?
— Bien sûr,
la preuve en est que l'exploitation touristique de Geftoun n'aura
pas lieu. Le président de la République, Hosni Moubarak, met
l'environnement à la tête de ces priorités. A la suite de l'affaire
Geftoun et du communiqué urgent que j'ai présenté à l'Assemblée
du peuple, il a répondu à travers un discours que le ministre
de l'Administration locale, Moustapha Abdel-Qader, a lu à l'Assemblée,
en indiquant que les réserves naturelles ne sont pas les lieux
propices à de tels projets. Il a également réclamé aux responsables
d'étudier la situation dans les îles de la mer Rouge qui ne
sont pas des réserves naturelles pour pouvoir choisir parmi
elles celles qui peuvent abriter des projets touristiques. |