| |
Rangers .
Ces gardiens de la nature ont
pour mission de protéger les richesses naturelles du pays. Ils
ne sont que 70 en Egypte et travaillent dans des conditions
parfois difficiles. Coup de projecteur sur un métier pas comme
les autres. |
Les soldats
de l'ombre
|
| Seules
soixante-dix personnes sont responsables en Egypte de protéger
une superficie de quelque 600 000 km2 renfermant des richesses
inestimables en faune et en flore du pays. Ce sont les rangers
ou les protecteurs de la nature. Leurs équipements sont primitifs
et insuffisants, parfois même ils sont dépourvus de logement.
Mais malgré toutes les difficultés, ils résistent aux tentations
et aux offres alléchantes faites par certains braconniers. Offres
qui se chiffrent en millions de L.E., ils doivent même se heurter
à des personnalités célèbres ou à des émirs arabes et les empêcher
de nuire à la nature. Leur slogan est : « Ne prends
rien avec toi, ne laisse rien après toi ».
L'Egypte compte
24 réserves naturelles qui représentent 9,4 % de la superficie
du pays. Seize autres régions seront protégées d'ici 2017 pour
arriver à une superficie totale de 100 000 km2. Mais pour
avoir un site protégé, il faut du personnel. Ce sont les rangers
ou les protecteurs de la nature. Ces personnes inconnues pour
la plupart des Egyptiens font un métier difficile, pas comme
les autres.
Qui sont les rangers ?
Qu'est-ce qu'ils font exactement ? Tel était le sujet d'un
atelier de travail organisé la semaine dernière par l'Académie
du développement de l'éducation (AED), un organisme dépendant
du programme égyptien pour les politiques de l'environnement
financé par l'USAID.
« Nous
sommes chargés à la fois d'une mission technique de gestion,
de surveillance et de suivi des espaces naturels, de la faune
et de la flore, dans les réserves naturelles. Nous devons aussi
protéger le public », explique Mohamad Tahoun, géologue
et directeur de la réserve de Wadi Al-Guimal-Hamata dans le
gouvernorat de la mer Rouge. Leur travail n'est pas si simple.
Mohamad Tahoun explique que les rangers passent des heures sous
le soleil d'été pour poursuivre les espèces et les recenser.
Ils doivent par exemple suivre les tortues marines, chercher
les lieux où elles pondent leurs œufs afin de pouvoir les protéger.
Les rangers vivent
dans des maisons isolées, leur mission consiste à veiller au
respect du règlement et également à recenser les espèces protégées.
Ils sont en mission 21 jours par mois et rentrent chez eux 7
jours. « Mais parfois, on n'arrive pas à prendre la
semaine de congé, car le travail ne nous laisse pas le temps.
On est en premier lieu des amateurs de la nature et pas seulement
des protecteurs », affirme Walid Ramadan, chef du groupe
de sensibilisation environnementale et de communication au sein
du département des réserves naturelles à la mer Rouge.
Parfois, les rangers
affrontent des situations difficiles et ils doivent agir intelligemment.
Quelques-uns d'entre eux ont refusé des pots-de-vin de deux
millions de L.E. juste pour fermer les yeux sur le braconnage. |
|
Les gardes nature de la mer Rouge
|
La région de
la mer Rouge est parmi les plus riches. Elle renferme l'un
des plus beaux récifs coralliens, outre les mangroviers, les
montagnes, les vallées et le patrimoine bédouin. Cette région
est visitée annuellement par un million de touristes, essentiellement
des plongeurs et des amateurs de safari. L'importance du site
a exigé la mise en place d'un système de protection adéquat.
« Nous avons déjà entraîné 40 personnes, des géologues,
des scientifiques et des chimistes, pour former un groupe
de rangers qui doivent travailler dans les réserves de la
mer Rouge qui s'étendent sur une superficie de 1 080
km entre Zaafarana au nord et la réserve de Gabal Olba, sur
les frontières égypto-soudanaises, au sud », explique
le Dr Moustapha Fouda, chef du secteur de la protection de
la nature au sein de l'Agence égyptienne pour les affaires
de l'environnement (AEAE). Selon lui, les rangers de la mer
Rouge ont des tâches difficiles à remplir. Ils effectuent
du monitoring, ils photographient les coraux et les surveillent
de temps à autre pour relever leurs taux de croissance et
vérifier s'ils font l'objet d'une détérioration. « Nous
devons effectuer également des recherches environnementales
tout en surveillant la terre, la mer, les côtes et les déserts.
Cela n'est réalisé qu'en comparant les photos prises par satellite
aux cartes originaires afin d'affronter le plus vite possible
toute sorte de détérioration environnementale »,
indique Aymane Afifi, chef des réserves marines de la mer
Rouge.
Parmi les tâches
que les protecteurs de la nature doivent accomplir figurent
les campagnes de sensibilisation. « Nous intervenons
auprès d'enfants et d'adolescents dans le cadre de classes
vertes organisées dans des écoles pour les inciter à aimer
la nature. Car s'ils arrivent à aimer la nature, ils seront
les premiers à la protéger », explique Walid Ramadan.
Le groupe de sensibilisation qui a une connaissance des milieux
naturels jouit également de solides compétences pédagogiques
et d'animations.
Un travail à
la fois intéressant et fatiguant, et qui demande avant tout
une véritable vocation et un amour de la nature. Quelques-uns
ont perdu leurs vies dans des accidents différents, soit lors
de longues plongées ou dans le désert. « Mon rêve
c'est de pouvoir contracter une assurance-vie d'un million
de L.E. pour chaque ranger, car sans leur présence, les richesses
naturelles de l'Egypte peuvent, tout simplement, disparaître »,
conclut le Dr Moustapha Fouda.
|
|
Dalia Abdel-Salam
|
|
|
|
|