Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'enquête

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Proche-Orient . Le président américain continue de défendre avec force le plan de retrait unilatéral désavoué par le Likoud, tant et si bien qu'il semble associé à cette initiative.
Un plan Sharon-Bush

Plan unilatéral de Sharon ou plutôt projet Sharon-Bush ? Pourquoi l'échec essuyé par le premier ministre israélien avec le rejet massif du plan de retrait de Gaza par son parti, le Likoud, est considéré également comme un échec pour le président américain ? Qualifiant ce plan d'« historique », de « courageux » et d'« occasion exceptionnelle pour faire avancer le processus de paix », Bush l'avait spectaculairement soutenu lors de la visite de Sharon le mois dernier à Washington. Aujourd'hui, ce désaveu infligé à Ariel Sharon par son propre parti plonge totalement dans l'embarras l'administration Bush.

En fait, ce revers dans le dossier israélo-palestinien vient s'ajouter à la multiplication des difficultés en Iraq, risquant d'aggraver un climat de plus en plus critique au Proche-Orient, mais aussi en Europe, envers la politique américaine dans cette partie du monde.

« A mon avis, la défaite n'est pas seulement celle de Sharon. C'est aussi celle du président américain George W. Bush, qui avait appuyé le plan de manière enthousiaste. De plus, c'est la politique de Bush pour le Proche-Orient qui a perdu toute crédibilité », estime Emad Gad, rédacteur en chef d'Israeli Digest, publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.


Le Likoud assène un coup à Bush

Les éditoriaux de nombreux journaux américains partagent ce point de vue. « Le Likoud a porté un coup à la politique pour le Proche-Orient du président Bush qui pouvait difficilement se le permettre, après un mois de déboires », estimait le Los Angeles Times en faisant allusion aux graves difficultés rencontrées en Iraq. « Bush avait salement besoin de quelques bonnes nouvelles venant du Proche-Orient », ajoute-t-il. « Avoir misé sur Sharon peut causer du tort à Bush », affirmait le Washington Post, estimant que le rejet du plan porte un coup à « la crédibilité américaine ».

Pour Henry Siegman, du Council on Foreign Relations (CFR), un centre d'études new-yorkais, cet échec risque de pousser l'administration Bush vers une politique d'engagement minimum dans le règlement du conflit israélo-palestinien. « Je pense que le président Bush pourrait en tirer comme enseignement que moins les Etats-Unis s'engagent dans ce dossier, mieux ils se portent », assure-t-il.

L'impasse de plus en plus prononcée dans le conflit israélo-palestinien risque aussi de relancer le ressentiment contre les Etats-Unis dans le monde arabe, déjà avivé par la situation en Iraq. « Les deux sujets sont complètement liés dans l'esprit des gens au Proche-Orient, et se renforcent l'un l'autre de manière négative. Le lien est profond » dans les opinions arabes entre la situation dans les territoires palestiniens et en Iraq, relève Siegman.


Des diplomates se rebiffent

Préoccupés par ce soutien de Bush au plan unilatéral de Sharon, soixante anciens diplomates américains ont aussi signé, la semaine dernière, une lettre à George W. Bush pour dénoncer le « soutien sans bornes » du président américain au premier ministre israélien Ariel Sharon qui coûte aux Etats-Unis « leur crédibilité, leur prestige et leurs amis ». Cette lettre, préparée par Andrew I. Killgore, ambassadeur américain au Qatar, de 1977 à 80, et Richard H. Curtis, ancien chef des inspecteurs de l'Agence d'information américaine (organisme indépendant de relations étrangères), dénonce aussi ce soutien qui « bafoue les droits de trois millions de Palestiniens, nie le droit des réfugiés à rentrer sur leur terre et conserve cinq importants blocs d'implantations en Cisjordanie ».

La lettre souligne aussi que le plan d'Ariel Sharon va à l'encontre des résolutions des Nations-Unies appelant au retrait des territoires occupés par Israël et ignore le droit international sur l'illégalité des colonies juives. Les anciens diplomates estiment en outre que les efforts diplomatiques américains des derniers mois se sont concentrés uniquement sur les Israéliens, ignorant les Palestiniens, malgré les dénégations de l'administration Bush qui assure avoir maintenu des consultations avec les Palestiniens. « En fermant la porte aux négociations avec les Palestiniens et à la possibilité d'un Etat palestinien, vous avez prouvé que les Etats-Unis ne sont pas un partenaire de paix impartial », lancent les anciens diplomates. Le ministre palestinien Saeb Erekat a estimé que cette lettre montre que « les diplomates sont conscients des complexités, de la dégradation au Proche-Orient et des conséquences d'une telle dégradation ».


Préoccupations électorales

Même après le rejet du Likoud, les Etats-Unis insistent et soutiennent toujours ce plan. « Nous allons nous entretenir avec le premier ministre et le gouvernement d'Israël sur les moyens d'aller de l'avant. Notre avis n'a pas changé : le président a salué le plan du premier ministre Sharon d'évacuer les colonies de Gaza et une partie de la Cisjordanie comme un pas important et courageux vers la paix », a indiqué la présidence américaine dans un court communiqué. « Nous pensons toujours que c'est une initiative et une étape courageuse et historique et notre espoir est qu'il puisse toujours être mis en place d'une façon ou d'une autre », ajoute le communiqué.

Selon Emad Gad, le fait que Bush persiste à donner son appui au plan Sharon est lié à l'affaire de sa réélection. « Il a besoin des votes des juifs et des chrétiens évangélistes qui soutiennent l'extrême droite israélienne ».

Sharon a aussi sous-estimé la capacité de mobilisation des colons et de leurs alliés au sein du Likoud, pensant apparemment que le soutien spectaculaire à son plan affiché par Bush suffirait à convaincre les indécis. Face aux récents sondages qui prédisaient sa défaite, Ariel Sharon avait mis en avant qu'un rejet de son plan aurait des conséquences dévastatrices sur les relations entre Israël et les Etats-Unis.

D'ailleurs, Bush est allé plus en avant dans son soutien à ce plan contesté, en estimant vendredi dernier que la date de 2005 pour la création d'un Etat palestinien indépendant, prévue par la « feuille de route », n'était peut-être « plus aussi réaliste qu'il y a deux ans », dans un entretien accordé au journal égyptien Al-Ahram. La « feuille de route », établie par les Etats-Unis, l'Union européenne, les Nations-Unies et la Russie, détaille les étapes devant conduire à l'instauration d'un Etat palestinien en 2005.

Le président américain a apporté son appui au plan du premier ministre israélien Ariel Sharon de retrait unilatéral de Gaza et de certaines colonies juives en Cisjordanie. Mais il a également justifié le maintien de certaines de ces colonies et découragé les espoirs de retour des Palestiniens dans des territoires qui font aujourd'hui partie d'Israël.

« J'ai indiqué clairement que je soutenais ce que le premier ministre (Sharon) a fait, car je pense que c'est une grande chance pour l'établissement d'un Etat palestinien », a déclaré Georges Bush, en rappelant qu'il est « le premier président qui a présenté une vision claire pour la création d'un Etat palestinien ».

Ce à quoi a rétorqué le dirigeant palestinien Yasser Arafat en jugeant « irréaliste » de reporter la création d'un Etat palestinien au-delà de 2005. Israël, de son côté, Sharon en particulier, était conforté par les propos du président américain. D'ailleurs, Bush est souvent présenté comme le président américain le plus pro-israélien qui ait jamais existé. Mais en même temps, comme le dit Uri Avnery, principal pilier du mouvement pacifique, ne serait-il pas « le plus anti-israélien (...) parce que le plan Sharon-Bush bloque le chemin de la paix israélo-palestinienne, notre seule chance d'avoir une vie normale ».

Aliaa Al-Korachi

L' homme de main
de l'extrême-droite

Figure historique de la droite israélienne et maître d'œuvre de la colonisation des territoires, Ariel Sharon aura finalement été lâché par les siens, qui ont refusé de le suivre sur la voie des manœuvres, craignant pour le Grand Israël qui reste leur objectif.

Ariel Sharon, 76 ans, n'a certes pas l'intention ou l'idée de restituer aux Palestiniens leurs droits. Mais il voulait faire plutôt preuve de réalisme, la démographie étant sa principale ennemie. L'Etat juif, expliquait-il, ne peut plus continuer à dominer et gouverner plus de trois millions de Palestiniens et doit donc évacuer les petites colonies isolées et enclavées en territoire palestinien. Mais cette logique est difficile à accepter pour un parti dont la raison d'être a été la glorification d'« Eretz Israel » (Israël de la mer Méditerranée au Jourdain, donc englobant la bande de Gaza et la Cisjordanie) sans donc la moindre restitution de territoires aux Palestiniens.

Pris entre l'admiration qu'ils portent à Sharon et leur opposition viscérale à l'abandon de toute partie des terres conquises, les membres du grand parti de la droite israélienne ont vite tranché en faveur de ce dogme.

Jamais sans doute, dans une carrière pourtant longue et mouvementée, Sharon n'avait subi un revers public aussi humiliant, à l'exception de sa démission forcée du poste de ministre de la Défense, en 1982.

Mais cette déroute parachève aussi le recentrage de sa politique et de son image, amorcé il y a quelques années par cet homme qui passa longtemps aux yeux de ses compatriotes, pour ne pas parler de l'étranger, pour un dangereux extrémiste. Sharon n'a, en effet, jamais passé pour un idéologue. Son soutien acharné à la colonisation des territoires palestiniens s'explique ainsi par des considérations militaro-stratégiques et non religieuses.

C'est lui, d'ailleurs, en tant que ministre de la Défense, qui avait démantelé en 1982 la colonie de Yamit, dans le Sinaï, en application du traité de paix avec l'Egypte. Et Sharon est le premier chef de gouvernement de droite à avoir accepté le principe d'un Etat palestinien indépendant. Né en 1928 en Palestine sous mandat britannique, Ariel Sharon, dont la carrière militaire a débuté à 17 ans, avait très vite acquis une réputation de baroudeur et de partisan de la manière forte vis-à-vis des Arabes.

Surnommé le « Bulldozer » pour son style autant que pour sa corpulence, il fut ainsi longtemps un personnage controversé. A tel point que les Israéliens eux-mêmes le craignaient en raison de cette image de fauteur de guerre à laquelle l'invasion du Liban de 1982, dont il fut le grand artisan, contribua beaucoup. Une commission d'enquête officielle conclut à la « responsabilité indirecte », mais personnelle, de Sharon dans les massacres perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatilla, près de Beyrouth, en septembre 1982, par une milice chrétienne alliée à l'Etat hébreu. Il fut contraint à la démission.

Elu premier ministre le 6 février 2001, les Israéliens croyaient trouver en lui le meilleur rempart contre l'Intifada qu'il a contribué d'ailleurs à allumer suite à sa visite provocatrice à l'esplanade de la mosquée Al-Aqsa.

Réélu tout aussi nettement le 28 janvier 2003, il permettait au Likoud de remporter 38 sièges de députés.

Les affaires de corruption auxquelles il est mêlé et qui pourraient encore lui valoir une inculpation viendraient compléter cette image de baroudeur à tous les niveaux.

Veuf, Sharon a deux fils, Omri et Gilad, ce dernier ayant lui aussi été mis en cause dans ces scandales. Sharon ne serait finalement que l'artisan de toute une idéologie qui rejette totalement l'autre, le Palestinien. Avec comme seule différence par rapport à ses pairs du Likoud qu'il cherche à trouver aux Palestiniens un ghetto.

A.K.
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631