Proche-Orient .
Le président américain
continue de défendre avec force le plan de retrait unilatéral
désavoué par le Likoud, tant et si bien qu'il semble associé
à cette initiative. |
Un
plan Sharon-Bush |
Plan
unilatéral de Sharon ou plutôt projet Sharon-Bush ?
Pourquoi l'échec essuyé par le premier ministre israélien
avec le rejet massif du plan de retrait de Gaza par
son parti, le Likoud, est considéré également comme
un échec pour le président américain ? Qualifiant
ce plan d'« historique », de « courageux »
et d'« occasion exceptionnelle pour faire avancer
le processus de paix », Bush l'avait spectaculairement
soutenu lors de la visite de Sharon le mois dernier
à Washington. Aujourd'hui, ce désaveu infligé à Ariel
Sharon par son propre parti plonge totalement dans l'embarras
l'administration Bush.
En fait,
ce revers dans le dossier israélo-palestinien vient
s'ajouter à la multiplication des difficultés en Iraq,
risquant d'aggraver un climat de plus en plus critique
au Proche-Orient, mais aussi en Europe, envers la politique
américaine dans cette partie du monde.
« A
mon avis, la défaite n'est pas seulement celle de Sharon.
C'est aussi celle du président américain George W. Bush,
qui avait appuyé le plan de manière enthousiaste. De
plus, c'est la politique de Bush pour le Proche-Orient
qui a perdu toute crédibilité », estime Emad
Gad, rédacteur en chef d'Israeli Digest, publié
par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d'Al-Ahram.
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Le Likoud assène un coup
à Bush
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Les
éditoriaux de nombreux journaux américains partagent
ce point de vue. « Le Likoud a porté un coup
à la politique pour le Proche-Orient du président Bush
qui pouvait difficilement se le permettre, après un
mois de déboires », estimait le Los Angeles
Times en faisant allusion aux graves difficultés
rencontrées en Iraq. « Bush avait salement besoin
de quelques bonnes nouvelles venant du Proche-Orient »,
ajoute-t-il. « Avoir misé sur Sharon peut causer
du tort à Bush », affirmait le Washington
Post, estimant que le rejet du plan porte un coup
à « la crédibilité américaine ».
Pour Henry
Siegman, du Council on Foreign Relations (CFR),
un centre d'études new-yorkais, cet échec risque de
pousser l'administration Bush vers une politique d'engagement
minimum dans le règlement du conflit israélo-palestinien.
« Je pense que le président Bush pourrait en
tirer comme enseignement que moins les Etats-Unis s'engagent
dans ce dossier, mieux ils se portent », assure-t-il.
L'impasse
de plus en plus prononcée dans le conflit israélo-palestinien
risque aussi de relancer le ressentiment contre les
Etats-Unis dans le monde arabe, déjà avivé par la situation
en Iraq. « Les deux sujets sont complètement
liés dans l'esprit des gens au Proche-Orient, et se
renforcent l'un l'autre de manière négative. Le lien
est profond » dans les opinions arabes entre
la situation dans les territoires palestiniens et en
Iraq, relève Siegman.
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Des diplomates se rebiffent
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| Préoccupés
par ce soutien de Bush au plan unilatéral de Sharon, soixante
anciens diplomates américains ont aussi signé, la semaine
dernière, une lettre à George W. Bush pour dénoncer le
« soutien sans bornes » du président
américain au premier ministre israélien Ariel Sharon qui
coûte aux Etats-Unis « leur crédibilité, leur
prestige et leurs amis ». Cette lettre, préparée
par Andrew I. Killgore, ambassadeur américain au Qatar,
de 1977 à 80, et Richard H. Curtis, ancien chef des inspecteurs
de l'Agence d'information américaine (organisme indépendant
de relations étrangères), dénonce aussi ce soutien qui
« bafoue les droits de trois millions de Palestiniens,
nie le droit des réfugiés à rentrer sur leur terre et
conserve cinq importants blocs d'implantations en Cisjordanie ».
La lettre
souligne aussi que le plan d'Ariel Sharon va à l'encontre
des résolutions des Nations-Unies appelant au retrait
des territoires occupés par Israël et ignore le droit
international sur l'illégalité des colonies juives. Les
anciens diplomates estiment en outre que les efforts diplomatiques
américains des derniers mois se sont concentrés uniquement
sur les Israéliens, ignorant les Palestiniens, malgré
les dénégations de l'administration Bush qui assure avoir
maintenu des consultations avec les Palestiniens. « En
fermant la porte aux négociations avec les Palestiniens
et à la possibilité d'un Etat palestinien, vous avez prouvé
que les Etats-Unis ne sont pas un partenaire de paix impartial »,
lancent les anciens diplomates. Le ministre palestinien
Saeb Erekat a estimé que cette lettre montre que « les
diplomates sont conscients des complexités, de la dégradation
au Proche-Orient et des conséquences d'une telle dégradation ». |
Préoccupations électorales
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Même après
le rejet du Likoud, les Etats-Unis insistent et soutiennent
toujours ce plan. « Nous allons nous entretenir
avec le premier ministre et le gouvernement d'Israël sur
les moyens d'aller de l'avant. Notre avis n'a pas changé :
le président a salué le plan du premier ministre Sharon
d'évacuer les colonies de Gaza et une partie de la Cisjordanie
comme un pas important et courageux vers la paix »,
a indiqué la présidence américaine dans un court communiqué.
« Nous pensons toujours que c'est une initiative
et une étape courageuse et historique et notre espoir
est qu'il puisse toujours être mis en place d'une façon
ou d'une autre », ajoute le communiqué.
Selon Emad
Gad, le fait que Bush persiste à donner son appui au plan
Sharon est lié à l'affaire de sa réélection. « Il
a besoin des votes des juifs et des chrétiens évangélistes
qui soutiennent l'extrême droite israélienne ».
Sharon a
aussi sous-estimé la capacité de mobilisation des colons
et de leurs alliés au sein du Likoud, pensant apparemment
que le soutien spectaculaire à son plan affiché par Bush
suffirait à convaincre les indécis. Face aux récents sondages
qui prédisaient sa défaite, Ariel Sharon avait mis en
avant qu'un rejet de son plan aurait des conséquences
dévastatrices sur les relations entre Israël et les Etats-Unis.
D'ailleurs,
Bush est allé plus en avant dans son soutien à ce plan
contesté, en estimant vendredi dernier que la date de
2005 pour la création d'un Etat palestinien indépendant,
prévue par la « feuille de route », n'était
peut-être « plus aussi réaliste qu'il y a deux
ans », dans un entretien accordé au journal égyptien
Al-Ahram. La « feuille de route »,
établie par les Etats-Unis, l'Union européenne, les Nations-Unies
et la Russie, détaille les étapes devant conduire à l'instauration
d'un Etat palestinien en 2005.
Le président
américain a apporté son appui au plan du premier ministre
israélien Ariel Sharon de retrait unilatéral de Gaza et
de certaines colonies juives en Cisjordanie. Mais il a
également justifié le maintien de certaines de ces colonies
et découragé les espoirs de retour des Palestiniens dans
des territoires qui font aujourd'hui partie d'Israël.
« J'ai
indiqué clairement que je soutenais ce que le premier
ministre (Sharon) a fait, car je pense que c'est
une grande chance pour l'établissement d'un Etat palestinien »,
a déclaré Georges Bush, en rappelant qu'il est « le
premier président qui a présenté une vision claire pour
la création d'un Etat palestinien ».
Ce à quoi
a rétorqué le dirigeant palestinien Yasser Arafat en jugeant
« irréaliste » de reporter la création
d'un Etat palestinien au-delà de 2005. Israël, de son
côté, Sharon en particulier, était conforté par les propos
du président américain. D'ailleurs, Bush est souvent présenté
comme le président américain le plus pro-israélien qui
ait jamais existé. Mais en même temps, comme le dit Uri
Avnery, principal pilier du mouvement pacifique, ne serait-il
pas « le plus anti-israélien (...) parce
que le plan Sharon-Bush bloque le chemin de la paix israélo-palestinienne,
notre seule chance d'avoir une vie normale ». |
Aliaa
Al-Korachi |
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L'
homme de main
de l'extrême-droite
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Figure
historique de la droite israélienne et maître d'œuvre
de la colonisation des territoires, Ariel Sharon aura
finalement été lâché par les siens, qui ont refusé de
le suivre sur la voie des manœuvres, craignant pour le
Grand Israël qui reste leur objectif. |
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Ariel Sharon,
76 ans, n'a certes pas l'intention ou l'idée de restituer
aux Palestiniens leurs droits. Mais il voulait faire plutôt
preuve de réalisme, la démographie étant sa principale
ennemie. L'Etat juif, expliquait-il, ne peut plus continuer
à dominer et gouverner plus de trois millions de Palestiniens
et doit donc évacuer les petites colonies isolées et enclavées
en territoire palestinien. Mais cette logique est difficile
à accepter pour un parti dont la raison d'être a été la
glorification d'« Eretz Israel » (Israël
de la mer Méditerranée au Jourdain, donc englobant la
bande de Gaza et la Cisjordanie) sans donc la moindre
restitution de territoires aux Palestiniens.
Pris entre
l'admiration qu'ils portent à Sharon et leur opposition
viscérale à l'abandon de toute partie des terres conquises,
les membres du grand parti de la droite israélienne ont
vite tranché en faveur de ce dogme.
Jamais sans
doute, dans une carrière pourtant longue et mouvementée,
Sharon n'avait subi un revers public aussi humiliant,
à l'exception de sa démission forcée du poste de ministre
de la Défense, en 1982.
Mais cette
déroute parachève aussi le recentrage de sa politique
et de son image, amorcé il y a quelques années par cet
homme qui passa longtemps aux yeux de ses compatriotes,
pour ne pas parler de l'étranger, pour un dangereux extrémiste.
Sharon n'a, en effet, jamais passé pour un idéologue.
Son soutien acharné à la colonisation des territoires
palestiniens s'explique ainsi par des considérations militaro-stratégiques
et non religieuses.
C'est lui,
d'ailleurs, en tant que ministre de la Défense, qui avait
démantelé en 1982 la colonie de Yamit, dans le Sinaï,
en application du traité de paix avec l'Egypte. Et Sharon
est le premier chef de gouvernement de droite à avoir
accepté le principe d'un Etat palestinien indépendant.
Né en 1928 en Palestine sous mandat britannique, Ariel
Sharon, dont la carrière militaire a débuté à 17 ans,
avait très vite acquis une réputation de baroudeur et
de partisan de la manière forte vis-à-vis des Arabes.
Surnommé
le « Bulldozer » pour son style autant
que pour sa corpulence, il fut ainsi longtemps un personnage
controversé. A tel point que les Israéliens eux-mêmes
le craignaient en raison de cette image de fauteur de
guerre à laquelle l'invasion du Liban de 1982, dont il
fut le grand artisan, contribua beaucoup. Une commission
d'enquête officielle conclut à la « responsabilité
indirecte », mais personnelle, de Sharon dans
les massacres perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens
de Sabra et Chatilla, près de Beyrouth, en septembre 1982,
par une milice chrétienne alliée à l'Etat hébreu. Il fut
contraint à la démission.
Elu premier
ministre le 6 février 2001, les Israéliens croyaient trouver
en lui le meilleur rempart contre l'Intifada qu'il a contribué
d'ailleurs à allumer suite à sa visite provocatrice à
l'esplanade de la mosquée Al-Aqsa.
Réélu tout
aussi nettement le 28 janvier 2003, il permettait au Likoud
de remporter 38 sièges de députés.
Les affaires
de corruption auxquelles il est mêlé et qui pourraient
encore lui valoir une inculpation viendraient compléter
cette image de baroudeur à tous les niveaux.
Veuf, Sharon
a deux fils, Omri et Gilad, ce dernier ayant lui aussi
été mis en cause dans ces scandales. Sharon ne serait
finalement que l'artisan de toute une idéologie qui rejette
totalement l'autre, le Palestinien. Avec comme seule différence
par rapport à ses pairs du Likoud qu'il cherche à trouver
aux Palestiniens un ghetto. |
A.K. |
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