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Décision . Les services du métro souterrain, de l'eau potable et des égouts seront transformés en sociétés holdings. Mais cette mesure ne fait pas l'unanimité.

L'Etat se décharge

Il s'agit d'accorder à des services dont le rendement laisse à désirer un statut autonome sur le plan administratif et financier. En d'autres termes, ces services, devenus des institutions économiques indépendantes, seront tenus de combler leur déficit et de réaliser des bénéfices indépendamment de l'Etat qui cherche à ne plus assumer les charges financières qui lui incombaient habituellement dans ces secteurs.

Cette décision s'inscrit dans une stratégie plus globale.

L'Etat a déjà transformé la compagnie nationale EgyptAir en société holding. Selon les déclarations du premier ministre Atef Ebeid, cette stratégie permettra d'alléger les charges financières qu'il assume, surtout dans les secteurs qui souffrent de déficit. Par exemple, le secteur de l'eau potable et celui des égouts ont besoin d'investissements financiers importants. « La construction de nouvelles stations d'eau potable et le renouvellement des réseaux d'égouts usés et détériorés nécessitent des milliards de livres égyptiennes. Mais l'Etat n'arrive plus à assumer seul de telles charges financières », commente Ahmad Abou-Zeid, député du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir).

En fait, au sein de la plupart des services concernés, les problèmes varient entre déficit, manque de moyens financiers et surtout mauvaise gestion. Par exemple, le service des égouts souffre d'un déficit de plusieurs milliards de L.E. « A cause de ce déficit, les travaux dans plusieurs projets sont suspendus. A titre d'exemple, 240 villages du Delta et de Haute-Egypte sont privés de réseaux d'égouts et d'eau potable. Pour y installer des stations, l'Etat doit fournir un investissement de 23 milliards de L.E. », explique Mohamad Badawi, du service des égouts. Quant au secteur d'eau potable, il n'arrive plus à fournir un service de qualité puisque les réseaux de distribution de l'eau sont en mauvais état. Ceux-ci n'ont pas été renouvelés depuis 40 ans. Idem pour l'Organisme du métro souterrain qui souffre, lui aussi, d'un déficit important. La plupart des lignes du métro ont besoin de rénovation, notamment la première ligne qui date de 1987 et qui souffre de pannes continues. Ceci outre le fait que l'organisme a besoin de 9,7 milliards de L.E. pour réaliser la troisième ligne qui doit relier Imbaba à l'aéroport.

Mais il s'avère que la mauvaise gestion est le plus grave problème de ces secteurs. La prise de décision au sein de ces services est répartie entre plusieurs organismes si bien qu'il y a souvent des désaccords entre eux. Théoriquement, la gestion du service de l'eau potable et des égouts fait partie des prérogatives du ministère de l'Habitat. Mais en réalité, les décisions sont réparties entre le ministère de l'Habitat, les municipalités et le gouvernorat concerné. « Pour prendre une décision concernant un projet dans un quartier, il faut ainsi présenter une demande au ministère de l'Habitat et aux services municipaux concernés. Parfois, il arrive que le ministère approuve des décisions qui sont refusées par les municipalités. Conséquence : la suspension de plusieurs projets », indique Maher Bayoumi, du ministère de l'Habitat.

Cependant, la décision de transformer ces secteurs en holding ne fait pas l'unanimité. Pour certains, à l'instar de Tareq Moustapha, député du PND, c'est une décision très positive. « La transformation de ces organismes en entités autonomes aura pour conséquence la création d'un nouveau système de gestion qui permettra de centraliser les décisions et fixer les responsabilités », explique-t-il.

Avis partagé par l'urbaniste Milad Hanna, qui estime que l'Etat est désormais incapable de réaliser un développement réel dans ces secteurs importants. « Cette décision permettra de reprendre tous les projets suspendus et de fournir un service de qualité aux citoyens. En outre, l'Etat, en se débarrassant des charges financières qu'il assume dans ces secteurs, sera en mesure d'augmenter le budget d'autres secteurs vitaux comme la santé et l'enseignement », explique-t-il.

De l'autre côté de la barre, Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement, pense que cette initiative entraînera une hausse des prix dans des services vitaux pour les citoyens comme l'eau, les égouts et la circulation. « Le but essentiel de ces organismes économiques indépendants sera de faire des bénéfices. Les nouveaux organismes auront recours à tous les moyens possibles non seulement pour tenter de combler leur déficit mais aussi pour réaliser des bénéfices. Ils vont donc augmenter les prix de leurs services, ce qui représentera une charge supplémentaire pour les catégories démunies », lâche-t-il, en rappelant que selon la Constitution c'est à l'Etat de fournir aux citoyens tous les services nécessaires. Hossam Eissa, du Parti nassérien, se déclare lui aussi complètement contre cette initiative : « L'Etat veut mettre en œuvre cette initiative à une période qui n'est pas du tout propice. Au moment où la plupart des citoyens souffrent des conséquences de la crise économique actuelle et de la hausse des prix, l'Etat cherche à appliquer un système qui accentuera la pauvreté et la misère du peuple », s'indigne-t-il.

Enfin pour d'autres il y aurait une troisième voie. Selon Ahmad Mansour, député du néo-Wafd, « dans le domaine de l'eau potable, l'Etat peut annuler la subvention de l'eau potable accordée aux établissements gouvernementaux et aux institutions touristiques comme les grands hôtels. Ceux-ci peuvent payer par exemple 2 L.E. au lieu de 13 piastres par un mètre cube d'eau potable. A ce moment-là, l'Etat pourra utiliser ces ressources pour financer l'installation des projets nécessaires et éviter d'imposer d'autres charges aux citoyens ». Mais pour le gouvernement, la décision est déjà prise.

Mirande Youssef
Marianne Youssef

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