| A quelques semaines
de la fin de la session parlementaire, les députés indépendants
et ceux de l'opposition accusent la majorité PND de ne pas consacrer
suffisamment de temps à la discussion des interrogations. En
effet, depuis le début de la session, pas moins de 70 interrogations
ont été présentées par les députés au gouvernement. Or, seulement
10 ont été discutés. Aucune suite n'a été donnée à un grand
nombre d'interrogations portant notamment sur la corruption
dans les ministères de l'Agriculture, de l'Habitat, de l'Industrie
et dans le secteur bancaire. Les députés de l'opposition dénoncent
une complicité entre le Parlement et le gouvernement dans le
but de reporter ces interrogations.
Aymane
Nour, indépendant, a présenté, à lui seul, une trentaine d'interrogations
dont certaines datent de la législature précédente. « Le
Parlement refuse jusqu'à présent de discuter mon interrogation
sur la corruption dans le secteur bancaire présentée depuis
1997. Des crédits évalués à des milliards de livres égyptiennes
sont accordés sans garanties, sans compter les pots-de-vin et
la corruption dans les administrations. Bien que je dispose
de tous les documents qui dévoilent les fraudes dans les banques
et qui montrent que la corruption a atteint son apogée dans
ce secteur critique, le Parlement ferme les yeux »,
s'insurge Aymane Nour.
Les députés indépendants
de tendance islamiste affirment eux aussi que leurs interrogations
sont exclues des discussions d'une façon délibérée et flagrante.
« J'avais présenté deux interrogations. La première
sur la contradiction des décisions gouvernementales, mais elle
a été reportée sine die. La deuxième sur la dette intérieure
qui est désormais dans le rouge. Le Parlement a décidé de discuter
cette dernière à la fin du mois courant. Pourtant, selon certaines
rumeurs, l'Assemblée du peuple décidera la clôture de ses séances
dans deux semaines pour permettre aux députés de soutenir nos
collègues du Conseil consultatif dans leur campagne électorale
pour les élections partielles qui auront lieu à la mi-juin ! »,
s'exclame Hamdi Hassan, indépendant de tendance islamiste. Et
d'affirmer que pour qu'une interrogation présentée par les islamistes
soit discutée, il faut qu'elle soit signée également par d'autres
députés de l'opposition.
De son côté, Al-Badri
Farghali, député du parti du Rassemblement unioniste progressiste
(UPI, gauche), critique ces mesures parlementaires qui tendent
à diminuer le nombre des interrogations discutées. « Bien
que ces interrogations représentent un instrument sérieux de
contrôle, cela fait deux ans que le Parlement impose des restrictions
sur celles-ci », dénonce-t-il.
En fait, le règlement
intérieur actuel de l'Assemblée du peuple implique que l'interrogation
doit être bien fondée. Le temps qui y est consacré est très
limité : une demi-heure est accordée au député pour présenter
ses documents et une autre est consacrée à la réponse du ministre
concerné. « A part ces mesures, le Parlement est devenu
une instance qui n'exerce pas pleinement son rôle de contrôle
sur l'action du gouvernement vu que sa majorité sont des membres
du PND au pouvoir et sont en plus interdits d'interroger le
gouvernement », lâche Farghali.
Côté PND, le président
de la commission des lois, Mohamad Moussa, se défend en assurant
que l'Assemblée du peuple est une instance de contrôle et de
législature. « Elle doit à la fois discuter et voter
les lois et aussi contrôler l'action du gouvernement. Pourtant,
le Parlement a reçu de la part d'une trentaine de députés de
l'opposition 70 interrogations. Si chaque député présente plusieurs
interrogations, nous n'aurons pas le temps de discuter les projets
de lois », déclare Moussa. Il justifie que les mesures
prises par le Parlement visent essentiellement à garantir un
équilibre entre ses fonctions de contrôle et de législation
et à limiter le nombre des interrogations, notamment celles
qui sont infondées. « En outre, certains députés ont
recours à ces interrogations comme moyen de publicité. La preuve
en est qu'Aymane Nour vient de présenter cette semaine au Parlement
une interrogation sur la censure de ces propos à la télévision.
Il ne cherche qu'à apparaître à la télévision », révèle
Moussa. Et d'ajouter : « Quant à l'interrogation
relative au secteur bancaire présentée par Nour, elle ne vise
qu'à maintenir sa popularité sous le prétexte de protéger les
fonds publics et ne tient pas compte du fait que la discussion
d'une telle interrogation puisse déformer l'image des institutions
bancaires ».
Mohamad Moussa
affirme que le Parlement discute rapidement toute interrogation
d'actualité. « Dans le cas de l'interrogation sur l'effondrement
de l'immeuble d'Abbass Al-Aqqad à Madinet Nasr, le président
de l'Assemblée a changé l'agenda de la séance et a obligé les
ministres auxquels l'interrogation a été adressée à y répondre
sous quarante-huit heures. Je tiens à signaler que cette interrogation
a été présentée par un député indépendant de tendance islamiste,
Mohamad Morsi », souligne Moussa en déclarant que le
Parlement assume bien son rôle de contrôle sur l'action gouvernementale
et nie l'existence de complicité entre l'Etat et le Parlement.
« La preuve en est qu'après la discussion de l'interrogation
concernant la hausse des prix, le gouvernement a pris la décision
d'ajouter 8 nouvelles denrées essentielles subventionnées sur
la carte d'approvisionnement dans le but d'aider les personnes
démunies », conclut Moussa. |