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Parlement . Un projet de loi élaboré par les Frères musulmans exigeant l’application de la charia est au centre d'un débat agité.
Les Frères au centre de la polémique

Le projet avait été élaboré par les députés des Frères musulmans il y a un an et demi environ et soumis, à l'époque, à la commission des propositions et des plaintes du Parlement. La commission avait alors décidé de l'envoyer au ministère de la Justice. Ce dernier, à son tour, l'a soumis au mufti de la République qui l'a approuvé malgré quelques réserves. La commission des propositions et des plaintes doit à présent le réexaminer et décider de son sort. D'où un débat agité. Pour Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPI, gauche), « les Frères musulmans n'ont jamais été en mesure, depuis qu'ils sont entrés au Parlement, de faire des propositions concrètes dans les domaines économique, social et politique à l’exception d'un certain nombre de revendications comme la réforme politique et le droit de fonder un parti ». Selon lui, les Frères ont recours à la charia pour faire des gains politiques. « Les Frères savent que leur projet n'aboutira pas. Mais pour eux, il s'agit avant tout d'un moyen pour dire qu'ils existent. C'est aussi un moyen de faire pression sur le gouvernement en profitant de leur présence au Parlement. Cependant, ils oublient les vrais problèmes comme la pauvreté et la hausse des prix », assure Abdel-Razeq. Et de rappeler que les Frères ont accepté les politiques du FMI et de la Banque mondiale et qu'ils ont voté pour la loi 84/02 qui restreint la liberté des ONG. « Je pense qu'en l'état actuel des choses, les Egyptiens s'intéressent aux problèmes économiques, à la pauvreté et à la détérioration de leurs conditions de vie plutôt qu'à couper la main du voleur ou à lapider les consommateurs d'alcool », estime Abdel-Razeq.

Le projet des Frères incrimine la vente et la consommation d'alcool. Il exige une révision de toutes les lois actuelles qui ne sont pas conformes à la charia musulmane.

Pour Ibrahim Al-Dessouqi Abaza, responsable au néo-Wafd, le moment n'est pas propice pour discuter un tel projet de loi. « Comment demander au gouvernement d'appliquer la charia et de punir les vendeurs, les acheteurs et les buveurs d'alcool au moment où nous avons besoin d’accroître les recettes du tourisme, qui s'élèvent à 12 % du PNB. Les Frères musulmans essaient d'utiliser les mauvaises conditions économiques pour faire des gains politiques. Ils savent que la grande partie de la population ne boit pas d'alcool et qu'elle peut accepter une telle initiative ».

Ce n'est pas la première fois que les Frères musulmans proposent un tel projet. En 1978, ils avaient lancé une initiative similaire. L'ancien président Anouar Al-Sadate l'avait acceptée dans le cadre de sa politique qui visait à attirer les islamistes pour faire face aux communistes et aux Nassériens. Sadate avait alors formé un comité de spécialistes et de juges pour examiner la question. Mais le projet a été oublié après son assassinat par les groupes islamistes. En 1987, lorsque les Frères ont réussi à obtenir plus de 20 sièges à l'Assemblée du peuple, ils ont réitéré leur initiative en appelant à la suppression des lois non conformes à la charia.

Amina Al-Naqqach, directrice de rédaction de l'hebdomadaire Al-Ahali, organe d'expression du parti du Rassemblement, donne son avis : « Nous avons besoin de changer l'image des musulmans après les événements du 11 septembre. Il existe de bonnes choses dans notre religion et le prophète nous a enseigné de faire l’équilibre entre les conditions qui nous entourent et les lois ».

Ahmad Abou-Zeid, ancien chef de majorité PND à l'Assemblée du peuple, trouve que ce projet de loi n'est pas logique et que la confrérie veut faire de la propagande et exciter l'opinion publique.

« Nous avons déjà un article de la Constitution qui dit que la charia est la source principale de la législation. Il est très difficile de mettre en application la charia pour les buveurs d'alcool ou les voleurs à l'époque où nous vivons ».

De l'autre côté de la barre, les Frères musulmans défendent leur projet. Mohamad Morsi, député des Frères musulmans, rejette les accusations lancées contre la confrérie. « Ce n'est pas vrai que nous cherchons à obtenir des gains politiques. Notre programme a de tout temps été basé sur l’application de la charia. En Amérique, il est interdit aux chauffeurs de boire de l'alcool et il est interdit de fumer dans les places publiques. Mais en Egypte, tout est facile à faire, pourquoi ? ».

May Atta

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