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Kiosque . Pour la deuxième semaine consécutive, la presse égyptienne s'est largement consacrée à la question des violations des droits de l'homme en Iraq et aux excuses américaines.

A quand le jugement
des criminels de guerre?

« Le scandale et la bassesse », « Du temps des partisans de Saddam au temps du tortionnaire de l'occupation », « Une armée sans mœurs », « Des volontaires qui ressemblent plus à des mercenaires », « Les Etats-Unis utilisent des moyens similaires à ceux utilisés lors de la seconde guerre mondiale », « Des viols et des violences exécutés sous les ordres du Pentagone et des services secrets américains », « A quand le jour du jugement ? ». Pour la deuxième semaine consécutive les Unes de la presse focalisent sur l'affaire des tortures et des sévices infligés aux prisonniers iraqiens. Des titres éloquents qui montrent la colère du monde arabe.

Un dossier tout en noir titré en rouge dans l'hebdomadaire Octobar avec des photos à l'appui montre « Le dossier noir des crimes de guerre américains ». Certains haussent le ton pour réclamer un jugement international pour ces criminels de guerre en Iraq. C'est l’opinion de l'éditorial Al-Ahram, qui écrit : « Chaque jour, on découvre des vérités atroces sur les crimes horribles et inhumains commis par les forces d'occupation de la coalition contre les prisonniers iraqiens. Les excuses de Bush et les déclarations du secrétaire d'Etat à la défense Rumsfeld ne suffisent pas. Il est urgent que des démarches soient entreprises au plus vite pour juger ces criminels de guerre ». « Maintenant, il n'est plus question de démocratie et de liberté en Iraq, mais plutôt de morts, de destruction, de tortures et de viols commis par les forces d'occupation », conclut l'éditorial.

Toujours sur la même longueur d'onde, l'éditorialiste du quotidien d'opposition Al-Wafd, Abbass Al-Tarabili, affirme : « Les excuses de Bush ne sont pas suffisantes, bien plus ce sont des excuses refusées. Car elles ne concernent pas seulement l'opprimé, mais aussi tous les musulmans et tous les Arabes. Les crimes qui ont été révélés ne feront que défigurer l'image des Etats-Unis ». « Au lieu de publier des communiqués, ou de démentir, détruisez la Bastille iraqienne si vous êtes réellement démocrates, et jugez tous ceux qui ont commis — même un seul — des crimes contre les prisonniers iraqiens », conclut Al-Tarabili, sur un ton très dur.

Sous le titre « La démocratie de la prostitution américaine », l'écrivain Sanaa Saïd a écrit dans l'hebdomadaire Al-Osboue : « Le problème des Etats-Unis est qu'ils se croient permis de commettre des crimes sans être jugés, car ils se considèrent comme l'Empire du monde. Ils se donnent le droit de faire ce qu'ils veulent, là où ils veulent. Bush veut des réformes dans la région, il devrait d’abord commencer par des réformes chez lui, parmi son équipe à la Maison noire ».

L'hebdomadaire Sawt Al-Omma publie sur deux grandes pages certains extraits du rapport américain relatif au scandale d'Abou-Gharib. Ces extraits ne font qu'affirmer la cruauté des forces d'occupation de la coalition : « L'obligation faite aux prisonniers iraqiens de poser nus dans des situations sexuellement compromettantes », « Attacher les prisonniers avec des colliers pour animaux et les entasser nus les uns sur les autres, les frapper à coup de rangers », écrit le journal.

Beaucoup de paroles, mais comme d'habitude peu d'actes. L'écrivain Youssef Al-Qaïd commente ce débat en un mot : « Cessons ! Ce que fait l'ennemi sont des actes, et la réponse doit être donnée par des actes ».

Hoda Ghali
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La cerise sur le gâteau

Pour la première fois, le président américain George W. Bush a présenté, jeudi, des excuses pour les sévices infligés par des soldats américains à des prisonniers iraqiens. Ces excuses, annoncées du bout des lèvres, ne suffiront sans doute pas à réparer ce qui a été cassé en Iraq en treize mois de guerre injustifiée.

Tout d'abord, on est en droit de douter de la sincérité du chef de l'exécutif américain lorsqu'il affirme qu'il n'a vu ou entendu parler d'Iraqiens maltraités que le 28 avril, sur la chaîne de télévision CBS, la première à avoir diffusé des photos du scandale. Le général Pete Pace, chef adjoint d'état-major interarmées américain, a déclaré sur cette même chaîne que « chacun avait été informé oralement de l'enquête en cours » lancée en janvier après des révélations d'un soldat américain à la prison d'Abou-Gharib, notamment M. Bush et le chef d'état-major interarmées américain, le général Richard Myers.

Une chose est sûre : le scandale des photos de prisonniers iraqiens maltraités et humiliés par des militaires américains a ruiné un peu plus le crédit des Etats-Unis dans le monde, et pas seulement dans le monde arabe ou l'Iraq. Il ne serait pas exagéré de dire qu'il s'agit bien du dernier coup de massue sur les arguments en faveur de la guerre en Iraq. Pour justifier l'injustifiable, les Etats-Unis avaient commencé par parler des armes de destruction massive, puis de démocratisation, de « dé-Baassification » et d'arrêt de la torture. En quelques mois, tous ces arguments se sont évaporés.

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a révélé vendredi que les mauvais traitements infligés par les soldats américains aux prisonniers iraqiens étaient « assimilables à des tortures » et érigés en « un vaste système ». Les constatations du CICR ne se limitaient pas à la prison d'Abou-Gharib, où ont été prises les photos du scandale. M. Bush a toutefois eu suffisamment de courage pour vanter les mérites de l'occupation américaine de l'Iraq qui, selon lui, peut s'enorgueillir d'avoir fermé « les chambres de torture de Saddam » !

Comment les Etats-Unis, après ces révélations, peuvent-ils prétendre vouloir libérer les Iraqiens alors qu'ils les soumettent à des tortures, notamment à des sévices sexuels ? Les photos et, plus important, les actes eux-mêmes, sont en totale contradiction avec l'objectif affiché d'aider les Iraqiens à créer un pays démocratique et stable. La crédibilité américaine était déjà bien entamée depuis l'invasion et l'occupation de l'Iraq. Le scandale des prisonniers est la cerise sur le gâteau.

 

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