Les
rapports entre les ethnies hutues et tutsies sont à nouveau
tendus au Burundi. Une tentative de lancer une rébellion tutsie
vient d'être déjouée, selon les autorités, suscitant interrogations
et inquiétudes au moment où ce petit pays d'Afrique centrale
sort péniblement d'une guerre civile longue de plus de dix ans.
Les
membres de cette rébellion présumée seraient issus de l'ethnie
minoritaire, les Tutsis, qui ont quasiment toujours contrôlé
le pouvoir au Burundi. Quarante-neuf jeunes gens, des Tutsis
presque exclusivement, ont été arrêtés par la gendarmerie la
semaine dernière dans la province de Cibitoke (nord-ouest du
Burundi), avec des armes et des uniformes militaires. Le gouvernement
et le président burundais, Domitien Ndayizeye, sont aujourd'hui
convaincus qu'il s'agissait d'une tentative de lancer une rébellion
tutsie. « On m'a parlé d'une rébellion tutsie, je pense
qu'il y a du vrai (...), il y a des gens qui sont effectivement
appréhendés à ce sujet », a déclaré le chef de l'Etat
burundais, Domitien Ndayizeye, vendredi. Pour le ministre de
la Sécurité publique, Fulgence Dwima Bakana, il s'agit « d'une
tentative isolée de groupes marginaux qui pensent que leurs
préoccupations ne sont pas prises en compte aujourd'hui ».
Un haut gradé de l'armée pense la même chose : « Tout
montre que c'est un groupe d'apprentis rebelles, qui se sont
lancés à l'aveugle dans une tentative maladroite, non préparée ».
« Cette histoire de rébellion tutsie est une réalité,
il y a des bruits qui circulent, on sent que les choses bougent »,
a expliqué un diplomate en poste à Bujumbura, sous couvert de
l'anonymat. Pour ce diplomate, « les Tutsis qui contrôlaient
jusqu'ici le pouvoir politique et l'armée ont été obligés de
négocier et de composer avec la majorité hutue. Cela crée des
mécontents ».
Depuis
le 30 avril 2003, le Hutu Domitien Ndayizeye a remplacé le major
Pierre Buyoya, un Tutsi, à la tête de l'Etat burundais, en vertu
de l'accord de paix signé en 2000 à Arusha entre le gouvernement
de l'époque et l'opposition politique hutue et tutsie. Cet accord
a permis également la mise en place d'institutions de transition
pour trois ans, dans lesquelles la majorité hutue est représentée
à hauteur de 60 %. En outre, six des sept mouvements rebelles
hutus ont déjà signé des accords de cessez-le-feu avec Bujumbura.
Le dernier en date est l'ex-principale rébellion des Forces
pour la Défense de la Démocratie (FDD), désormais au gouvernement.
Cela a ramené la paix dans seize des dix-sept provinces du pays.
Un seul groupe rebelle hutu, les Forces Nationales de Libération
(FNL), continue à combattre l'armée, essentiellement autour
de la capitale Bujumbura.
« Ceux
qui sont en train de recruter des jeunes pour former une rébellion
veulent les conduire à l'hécatombe », assure Simon
Nyandwi, le ministre de l'Intérieur issu des ex-rebelles FDD.
« Tout le monde est en train de construire la paix,
il ne faut pas qu'ils nous ramènent en arrière », ajoute-t-il.
Son mouvement a cependant suspendu depuis le 3 mai sa participation
au Conseil des ministres et à l'Assemblée nationale pour protester
contre des retards dans les nominations officielles de personnes
issues de ses rangs.
Dans
la classe politique tutsie, néanmoins, on estime à propos de
ces arrestations que « c'est trop de bruit pour rien »,
selon Joseph Nzeyimana, qui dirige un petit parti tutsi. « C'est
n'importe quoi, une histoire pour montrer que les Tutsis ne
veulent pas d'élections », estime M. Nzeyimana. « Aujourd'hui,
nous sommes dans un processus de négociation pour le partage
du pouvoir (...) et pas encore dans une logique de guerre »,
ajoute-t-il. Quant à l'ancien président tutsi, le colonel Jean-Baptiste
Bagaza qui dirige aujourd'hui le principal parti de l'opposition
tutsie, il affirme que « le moment de créer une rébellion
n'est pas encore venu ». « Le Burundi est sur
la voie de la paix, mais sur un fil de rasoir. Si les Hutus
ne sont pas satisfaits, ils retourneront dans le maquis et si
les Tutsis ont l'impression de tout perdre, eux aussi ont de
quoi faire une rébellion, une vraie, qui peut faire très mal »,
conclut le diplomate. Au Burundi, la guerre civile a fait depuis
1993 plus de 300 000 morts, en majorité des civils.
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