Après
une légère accalmie de deux mois, de violents accrochages ont
opposé vendredi à l'aube l'armée israélienne au Hezbollah
libanais dans le secteur frontalier des fermes de Chebaa qui
ont fait un tué et cinq blessés dans les rangs israéliens.
Selon
le mouvement chiite, qui bénéficie de l'appui de la Syrie et
de l'Iran et dont les combattants sont massés à la frontière
libano-israélienne, les soldats israéliens se sont infiltrés
en territoire libanais. La Résistance islamique, branche armée
du Hezbollah, a affirmé dans un communiqué à Beyrouth
que des soldats israéliens, venus des fermes de Chebaa, étaient
tombés dans une embuscade après avoir franchi la « ligne
bleue » tracée par l'Onu pour servir de frontière entre
les deux pays. Mais à Jérusalem, une source militaire a indiqué
que l'accrochage s'est produit dans le secteur contesté des
fermes de Chebaa, conquis par Israël sur la Syrie en 1967 et
revendiqué par Beyrouth avec l'appui de Damas.
Israël
a aussitôt bombardé à l'artillerie lourde pendant plus de deux
heures, les environs de plusieurs villages frontaliers. Son
aviation a en outre tiré quatre missiles air-sol sur une position
d'artillerie du Hezbollah près du village frontalier
de Kfarchouba.
Le
chef de l'Etat libanais, Emile Lahoud, a immédiatement rejeté
la responsabilité sur Israël. « Israël doit assumer
les résultats de ses agressions au sud, respecter les résolutions
internationales et cesser ses provocations quotidiennes surtout
que le Liban n'a jamais pris l'initiative d'agresser ou de violer
la ligne bleue », a dit M. Lahoud dans des propos publiés
par l'agence officielle. Pour sa part, le chef de la diplomatie
libanaise, Jean Obeid, a aussitôt appelé les Nations-Unies à
mener une « enquête objective » sur les événements
qui ont entraîné ces violents accrochages.
Côté
israélien, le premier ministre israélien par intérim Ehud Olmert
a relativisé la gravité de ces incidents. « Il faut
noter qu'ils sont conscrits à ce secteur et qu'aucune roquette
n'a été tirée contre les localités civiles israéliennes »,
a-t-il souligné. Toutefois, le commandant de la région militaire
nord, le général Benny Gantz a mis en garde plus tard la Syrie
et le Liban. « Une escalade dans la zone toucherait
l'ensemble de la région mais tout spécialement les pays se trouvant
au nord de la frontière », a-t-il indiqué lors d'une
conférence de presse. « Une escalade n'arrangerait pas
Israël mais serait catastrophique pour la Syrie et le Liban »,
a-t-il affirmé, ajoutant que le Hezbollah « est
conscient du prix d'une telle escalade ».
Le
ministre israélien des Transports, Avigdor Lieberman, chef d'un
parti d'extrême droite, a proposé dimanche de bombarder des
« cibles stratégiques » à Damas pour mettre
fin aux attaques anti-israéliennes du Hezbollah libanais.
« C'est en effet la Syrie qui est responsable de tout
ce qui passe au Liban, c'est aussi par son territoire que transitent
les armes provenant de l'Iran destinées au Hezbollah »,
a ajouté M. Lieberman, qui dirige l'Union nationale, une formation
d'extrême droite regroupant huit députés sur 120.
L'embrasement
intervient moins de 48 heures après un raid aérien israélien
au Sud-Liban qui avait brusquement réchauffé mercredi le front
libano-israélien.
L'émissaire
du secrétaire général des Nations-Unies au Liban, Staffan de
Mistura, avait mis en garde jeudi contre les dangers d'escalade
militaire au Sud-Liban et souligné « avec force la gravité
de la situation ». « Nous appelons toutes les
parties à exercer le maximum de retenue. Nous les appelons à
s'arrêter là car il faut mettre fin à cette dangereuse escalade »,
avait-il dit. M. de Mistura n'a pas voulu « spéculer »
sur les raisons de cette nouvelle escalade qui constitue, selon
lui, une « violation de la ligne bleue » tracée
par l'Onu après le retrait de l'armée israélienne du Sud-Liban
en mai 2000.
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Cette
nouvelle tension survient alors que des responsables israéliens
font état de « progrès » dans le dossier de
l'échange de prisonniers entre l'Etat hébreu et le Hezbollah,
ce que ce dernier a jusqu'à présent refusé de commenter.
Selon
la deuxième chaîne de télévision israélienne, un accord est
en vue pour la libération par l'Etat hébreu du doyen des détenus
libanais en Israël, Samir Kantar, en échange d'informations
sur Ron Arad, un aviateur israélien dont l'appareil avait été
abattu en 1986 au-dessus du Sud-Liban, et qui est porté disparu
depuis.
Dans
le cadre d'un premier échange de prisonniers, négocié par l'entremise
de l'Allemagne, Israël a libéré fin janvier quelque 400 Palestiniens,
une trentaine d'Arabes, dont 23 Libanais, et un Allemand contre
l'élargissement par le Hezbollah de l'homme d'affaires
israélien Elhanan Tannenbaum et la restitution des dépouilles
de trois soldats.
Une
seconde étape de l'échange, qui devait intervenir fin avril,
prévoyait qu'Israël obtiendrait des informations sur Ron Arad
contre la libération de Samir Kantar, détenu depuis 1979 et
condamné à pas moins de 542 ans de prison.
Selon
le quotidien libanais Al-Mustaqbal, outre l'Allemagne,
des pays européens jouent également les bons offices pour obtenir
également la libération de détenus libanais et iraniens en France
et en Allemagne.
Ce
journal affirme que l'opération d'échange inclurait notamment
le Libanais Georges Ibrahim Abdallah, condamné en 1987 à la
prison à vie et détenu en France pour l'assassinat de diplomates
américains et israéliens en France en 1982, mais la justice
française a déjà exclu une telle possibilité. |