| Le
scrutin de vendredi, qui complète le premier tour qui s’était
tenu le 20 février dernier, avait pour fonction de désigner
57 députés, qui n’avaient pu être départagés pendant le premier
tour. Aucun de ces candidats n’avait alors obtenu 25 %
des voix, minimum requis par la loi électorale iranienne. Il
a donc fallu départager, pour chaque siège, entre les deux candidats
arrivés premiers en février.
Sur
les 57 sièges, 40 sont allés aux conservateurs proches de l’imam
Khomeini, 8 seulement aux réformistes (qui de toute façon n’alignaient
que 17 candidats lors de ce second tour), et 9 à des candidats
indépendants. Ces chiffres ne viennent donc pas perturber le
rapport de force qui s’était établi en février, et viennent
confirmer la place prise par les conservateurs : sur les
290 députés du nouveau Majlis, 195 sont membres de la
coalition conservatrice, 48 des réformistes, et 43 des indépendants
(4 sièges restent à pourvoir). Les conservateurs dépassent donc
la majorité absolue des 2/3 des voix.
Lors
du premier tour des élections, le Conseil des Guides, institution
non élue tenue par les conservateurs proches du guide suprême
Ali Khameini, avait alors invalidé les candidatures de près
de 2 300 candidats réformateurs, les empêchant ainsi de
se présenter aux législatives. Les élections ainsi torpillées,
les réformateurs restant en lice avaient massivement boycotté
les élections, tout comme les électeurs, dont à peine la moitié
s’était présentée aux urnes. Les réformateurs, touchés de plein
fouet par ce « Coup d’Etat institutionnel »,
paient également la déception de nombreux citoyens, qui avaient
placé beaucoup d’espoirs dans les promesses des réformistes.
Quoi
qu’il en soit, la composition du nouveau Majlis marque
vraisemblablement la fin de « l’ère réformiste »
qui avait commencé avec l’élection triomphale, en 1997, du président
Khatami et s’était poursuivie par la conquête du Majlis.
Les conservateurs, en reprenant en main le Parlement (la passation
aura lieu le 27 mai), règnent désormais sur l’intégralité de
l’appareil étatique : Conseil des Guides, Majlis,
mais également système judiciaire, forces armées, radio et télévision
d’Etat, etc. Mohamad Khatami se retrouve donc totalement isolé
dans ses fonctions présidentielles, qui risquent de se révéler
vaines bientôt. L’assaut
politique des conservateurs doit d’ailleurs se conclure, en
2005, par la prise de la présidence. Les manœuvres en coulisses
ont d’ailleurs commencé : plusieurs noms de conservateurs
« présidentiables » (et ayant l’assentiment
du Guide Khameini) circulent déjà : Hachémi Rafsjandani
(actuel président du Conseil de discernement et président de
1989 à 1997), Hassan Rohani, ou encore Ali Laridjani (patron
de la Radiotélévision publique), entre autres.
Du
côté réformiste, c’est la panique : Khatami ne peut pas
briguer de troisième mandat, mais aucune personnalité réformatrice
ne dispose de suffisamment de reconnaissance pour prétendre
le remplacer. Seul Mirhossein Moussavi, premier ministre de
1981 à 1989, jouit d’une certaine notoriété auprès des classes
populaires.
La
grande question qui se pose désormais : les conservateurs
vont-ils « serrer la vis » judiciaire aussitôt
qu’ils contrôleront le Parlement ? Ou attendront-ils l’après-présidentielles,
tant pour ne pas effrayer les électeurs centristes que pour
ne pas avoir à affronter un Khatami qui, s’il est isolé, n’en
garde pas moins un fort pouvoir de nuisance – forte
popularité dans les classes populaires et soutien à l’étranger ?
Les
députés réformistes de l’actuel Majlis, quant à eux,
profitent de leurs derniers instants de législature. Jeudi,
à la veille de l’élection, a été adoptée une nouvelle loi interdisant
la torture et garantissant les droits du citoyen, réaffirmant
la présomption d’innocence, le droit à un avocat, etc. Il s’agit
d’un beau « coup » politique des réformistes
qui ont réussi à faire adopter cette loi par le Conseil des
gardiens, qui s’était toujours farouchement opposé aux initiatives
de ce type. Peut-être ont-ils réussi à exploiter le scandale
des sévices infligés aux prisonniers iraqiens : les religieux
et les conservateurs iraniens avaient fortement critiqué l’Amérique ;
en refusant d’approuver, dans le même temps, une loi anti-tortures,
ils se seraient placés dans une position électorale fort inconfortable.
Une partie de la presse iranienne y voit également une « volonté
d’apaisement » destinée à rassurer l’électorat réformiste,
et les partenaires étrangers, Union européenne notamment.
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