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Musique . Cette semaine, la Bibliotheca Alexandrina étend ses activités artistiques outre-mer, au-delà de la rive nord de la Méditerranée. Elle a été chercher au bord du lac de Genève son Orchestre de chambre.

Rencontre du lac et de la mer

Pour croire en Dieu, il suffit de se rendre à Alexandrie en ces premiers jours de printemps, tout y est divin. Le chauffeur de taxi vous le dira : « La mer est turquoise comme celle de Marsa Matrouh. Elle sera toute noire avec l'arrivée des estivants. Il faut en profiter maintenant ». Tout pour envier les Alexandrins sur place : une brise iodée traversée par les rayons d'un soleil qui sait se faire doux, des chansons grecques et un poisson cuit au four dans du gros sel. Ainsi disposé, vous vous dirigez en direction de la Bibliotheca Alexandrina où au programme ce soir Mozart et Schubert joués par les orchestres de chambre réunis, ceux de Genève et de la bibliothèque. Deux solistes au violon, Islam Noureddine, à l'archet gracieux, frais et élégant, et Medhat Abdel-Salam qui fut tout à fait perturbé par un ronflement extraterrestre. Le chef d'orchestre Chérif Mohieddine nous présente ses excuses et nous explique que les officiers de la sécurité à l'intérieur de la bibliothèque ont tellement fumé dans l'une des salles que les machines antitabac se sont déclenchées et ne s'arrêtent pas manuellement. Il faut donc attendre plus de vingt minutes pour « entamer » la symphonie n°40 en G mineur, mais on vous aura coupé l'envie en même temps que la fumée et aucun menuet ne pourra reprendre l'ambiance.

Cet incident regrettable et inadmissible dans un haut lieu de la culture et de la connaissance qu'est la bibliothèque, qui fâcha et irrita le maestro Chérif Mohieddine, puisqu'on a agressé son concert, mérite une enquête interne et une attitude ferme contre les officiers pour leur apprendre à respecter la musique même s'ils ne la goûtent pas.

A part les concerts de la grande musique européenne, le centre des arts affilié à la bibliothèque s'est donné parmi ses multiples missions celle d'archiver la musique classique arabe et vient donc de faire paraître le premier CD regroupant les 10 « dor » de Sayed Darwich dont quelques-uns inédits (jusqu'alors, les dix chansons classiques en question n'avaient jamais été rassemblées sur un même disque). Mohieddine, directeur du centre et de la programmation, insiste sur l'intérêt qu'il donne à inviter des musiciens égyptiens résidant à l'extérieur à toujours « mixer » les musiciens étrangers avec ceux de l'orchestre de la Bibliothèque, à « poser du poison dans le miel » — telle est son expression — pour ne pas se plier au seul goût du public, mais essayer de lui faire découvrir des morceaux qu'il ne connaît pas encore, en général difficiles et uniques.

Vous quittez la Bibliotheca et son pont surréaliste. Il s'agit d'un pont, initialement sur les plans, qui était conçu de manière à relier la faculté de commerce, en surplombant le parvis de la bibliothèque, puis en traversant la corniche, à la fameuse jetée qui portait le nom de « tiro » avant son accaparement par l'armée et qui fut un lieu d'attraction pour les promeneurs. Aujourd'hui, ce pont duquel vous tombez si vous continuez à avancer restera un petit monument à visiter telles les illustres catacombes.

Menha el Batrawi

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