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Rapport . L'Association des hommes d'affaires égyptiens (EBA) vient de publier son rapport annuel dans lequel elle met ouvertement en cause le gouvernement pour sa mauvaise gestion de l'économie en 2003.
Le gouvernement à l'index

Le tout récent rapport annuel de l'Association des hommes d'affaires égyptiens se veut avant tout critique vis-à-vis du gouvernement. Il l'accuse d'avoir échoué sur des questions aussi épineuses que celles de la libéralisation du taux de change, l'attraction des Investissements Directs Etrangers (IDE) et la politique d'exportation. Pour ce qui est de la libéralisation du taux de change, décidé début 2003, le rapport estime que le gouvernement n'a pas bien préparé le terrain et qu'il n'a pas choisi le moment adéquat pour une telle décision, bien qu'elle fût attendue depuis longtemps par le milieu des affaires.

La décision a été prise en janvier 2003, en pleine saison du grand pèlerinage, alors que la demande sur le dollar était très importante. Du coup, les conséquences ont été désastreuses : le taux d'inflation a atteint 5,5 %, contre 3 % en 2002, et ce en raison de l'augmentation des prix des services et des produits.

Pire encore, selon le rapport, le taux de change ne s'est pas réellement libéralisé, puisque le prix du dollar est maintenant fixé par les décideurs, contrairement aux règles économiques. « Il doit refléter l'offre et la demande du marché et non pas les indices de l'Etat », critique Gamal Al-Nazer, président de l'Association des hommes d'affaires (voir entretien). Du coup, le marché noir n'a pas disparu, ce qui a donné naissance aux phénomènes de thésaurisation du dollar.

Autre point négatif relevé par le rapport, la baisse des IDE. En effet, sur la scène internationale, l'Egypte est classée en 70e position quant à l'attraction des investissements. Alors qu'en ce qui concerne sa classification selon la performance économique, elle se retrouve 110e sur 120.

Et la propagande faite par l'Etat pour la promulgation d'une nouvelle loi sur l'investissement n'est pas suffisante. L'Etat n'a pas réussi à résoudre les problèmes posés aux investisseurs étrangers, dont le plus important est la bureaucratie. « La solution présentée par le gouvernement était l'établissement des zones économiques. Mais en fait, ce n'est pas de cette manière qu'on résoudra réellement le problème. L'Etat doit offrir des facilités et des privilèges à tous les investisseurs dans tout le pays sans exception », précise Al-Nazer.

Pour les investissements privés, le rapport met l'accent sur leur absence dans les domaines de l'industrie et de la production. En revanche, l'immobilier occupe le premier rang de ces investissements avec une participation du secteur privé de 98,4 %, suivi par la restauration et l'hôtellerie avec 88 %.

Les chiffres du gouvernement ne révèlent pas une vraie croissance. D'après le rapport, la récession persiste malgré une croissance du PIB qui a atteint 365,8 milliards de L.E. en 2003, soit une augmentation de 3,2 % par rapport à 2002. Il explique que cette croissance est notamment due à des facteurs extérieurs. Le secteur public a réalisé un taux de croissance de 3,8 % en 2003. Ceci est du aux revenus du Canal de Suez qui ont atteint un record de 10,1 milliards de L.E. en 2003, avec une hausse de 23,1 % par rapport à 2002. Le secteur privé, de son côté, a réalisé un taux de croissance de 2,9 %, les secteurs de la restauration et de l'hôtellerie étant ceux ayant enregistré le taux de croissance le plus élevé (19,1 %). Le rapport insiste en outre sur la persistance du ralentissement économique et la diminution de la production, puisque la baisse des importations de matières brutes a persisté. Celles-ci ont subi une chute de 15,2 %.


L'illusion des chiffres

Quant à la balance de paiements, l'Etat avait à maintes reprises annoncé la fin de la récession en mettant en relief son excédent. Or, le rapport a justifié cet excédent de 546 millions de dollars par l'accumulation des erreurs et omissions nettes qui ont atteint 1,4 milliard de dollars en 2003. Si l'on soustrait cette somme, la balance serait déficitaire et le déficit serait de 836 millions de dollars.

En ce qui concerne la balance commerciale, le rapport révèle également que la baisse du déficit de la balance commerciale de 12,7 %, pour atteindre 0,6 milliards de dollars, est illusoire, puisqu'elle est due notamment à la hausse des prix mondiaux du brut, ce qui a gonflé le chiffre des exportations pétrolières de 32,7 %. De même, la baisse légère des importations n'est pas significative, voire alarmante. Le rapport a mis également l'accent sur le danger que représente la croissance de la dette publique qui a atteint 370 milliards de L.E. en 2003, contre 329 milliards de L.E. en 2002, soit une augmentation de 41 milliards de L.E. Le rapport juge la hausse des dépenses publiques comme inévitable et nécessaire, surtout avec la récession qui frappe l'économie égyptienne pour la cinquième année consécutive. Mais il souligne aussi le gaspillage existant.

Autre problème abordé par le rapport, celui du chômage qui, selon le gouvernement, a atteint 9,9 % de la population active. Toutefois, les sources non officielles estiment que le taux de chômage réel varie entre 15 et 25 %. Le rapport critique les maigres mesures prises par l'Etat pour résorber le chômage et qui se limitent au recrutement de 170 000 nouveaux diplômés par an dans la fonction publique. Une mesure qui, selon le rapport, ne fera qu'augmenter la corruption et la bureaucratie dans les services étatiques. « L'Etat devrait plutôt améliorer le climat de l'investissement pour attirer le secteur privé à absorber cette masse », résume le rapport.

De même, le rapport critique le taux de croissance sur les crédits en livre égyptienne qui a atteint 2,7 %. Un taux illusoire si on considère que le taux d'intérêts sur les crédits varie entre 13 et 15 % et la majorité de ces crédits ne sont pas remboursés en raison des problèmes d'insolvabilité dus à la récession.

Les hommes d'affaires ont en somme renvoyé la balle dans le camp du gouvernement, révélant dans leur rapport annuel que leurs rapports sont encore fortement marqués par un manque de confiance mutuelle.

Ibtessam Zayed

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« L'Etat n'encourage ni les investisseurs ni les hommes d'affaires »
Gamal Al-Nazer, président de l'Association des hommes d'affaires égyptiens, explique le ton critique du rapport et se défend contre les accusations qui menacent la crédibilité du secteur privé.
Al-Ahram Hebdo : Certains hommes d'affaires également députés sont accusés d'ajourner la promulgation de certaines lois pour leurs propres intérêts, notamment les lois contre le monopole et pour la protection du consommateur. Qu'en pensez-vous ?

Gamal Al-Nazer : L'Etat devrait être plus puissant que ces hommes d'affaires et doit mener un bras de fer pour réaliser l'intérêt de l'économie nationale. A ce propos, il doit élargir le cercle des hommes d'affaires qui participent à la prise des décisions.

— Certains hommes d'affaires sont accusés de cacher les dollars, ce qui accentue la crise du billet vert. De même, les exportateurs hésitent à déposer leurs recettes en dollar auprès des banques. Pour quelles raisons ?
 En fait, l'Etat ne fait que dresser davantage d'obstacles devant l'exportation qu'il prétend encourager. Il n'encourage ni les investisseurs ni les hommes d'affaires. Pourquoi demander à l'exportateur d'échanger ses recettes en dollar dues à l'exportation au prix officiel, inférieur de 60 piastres à celui du marché. Alors qu'au moment d'acheter des dollars, afin d'importer des matières premières et intermédiaires, les banques ne nous livrent pas les sommes nécessaires et nous forcent à avoir recours au marché noir. Nous ne sommes pas contre l'idée d'échanger nos devises, mais cela devrait être selon le prix réel du dollar et non pas celui déterminé par l'Etat.
— Pourquoi les hommes d'affaires s'opposent-ils à la loi sur l'investissement censée remédier aux longues procédures bureaucratiques ?
 En fait, la nouvelle loi est bien en deçà des attentes des hommes d'affaires. La promulgation d'une nouvelle loi sur l'investissement n'est pas suffisante. Le recul du taux d'investissement reflète les carences du climat d'investissement en Egypte, plein d'obstacles : la bureaucratie, le manque de transparence économique et d'informations fiables. L'Egypte était le premier pays à appliquer une loi sur l'investissement dans la région. En revanche, les autres pays avancent des privilèges et améliorent leur climat d'investissement. Par conséquent, un grand nombre d'investissements ont fui l'Egypte à destination des pays voisins. Pour avoir un permis d'investissement, il faut pas moins d'un an en Egypte, alors que dans d'autres pays, toutes les procédures ne prennent qu'une semaine au maximum. Regardez comment la nouvelle loi a essayé de remédier à ce problème. On donne aux investisseurs un permis immédiat, mais temporaire. Qui pourra commencer un projet avec un permis temporaire ? Et si un an après, les autorités égyptiennes refusent de lui accorder un permis permanent ?
— Les hommes d'affaires sont également accusés de se tourner vers les secteurs immobilier et du tourisme et de s'éloigner du secteur industriel, ce qui affecte le développement du pays ...
 Il est vrai que le secteur de l'industrie est plein de risques. C'est ainsi que l'Etat devrait encourager le secteur privé à investir dans la production et non pas seulement dans le commerce. Or, ce n'est pas le cas. Comment les inciter à investir dans le secteur industriel alors qu'on a les mêmes impôts pour l'importation et pour la production, malgré la présence de risques plus élevés dans la dernière. De même, nous sommes un pays qui souffre de la faiblesse de ses exportations, alors que ses importations sont grandes, pourtant les mêmes impôts sont imposés aux exportations et aux importations. Une révision est réclamée pour inciter les hommes d'affaires à investir dans les secteurs productifs.

 
 

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