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Pétrole . La flambée des cours de l'or noir ne devrait pas durer, d'après les analystes. Et l'impact de cette hausse historique sur l'inflation et la croissance mondiale reste limité.

Pas de nouveau choc en vue

Le cours du pétrole, qui a crevé un nouveau plafond vendredi dernier à New York (40 dollars le baril) et battu un record vieux de 14 ans, commence à susciter des inquiétudes quant à son possible impact sur la croissance. En particulier aux Etats-Unis, où l'on craint que cette flambée finisse par freiner la consommation et enrayer ce moteur essentiel à l'économie américaine. Le ministre de l'Energie du Qatar, Abdallah bin Hamad Al Attiya, avoue que le prix de brut est trop élevé, mais que « la hausse des prix n'a aucune relation avec une pénurie dans les approvisionnements ».

Trois facteurs expliquent la crise : bas niveau des stocks, reflétant les effets des chocs d'offre négatifs passés ; net redressement de la croissance mondiale et donc demande plus dynamique que prévu dans laquelle la plate-forme asiatique joue un rôle majeur ; politique de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) visant, dans un contexte d'érosion du billet vert, non plus seulement un prix élevé en dollar, mais un pouvoir d'achat important des revenus pétroliers.
Le niveau désiré des stocks est sans doute bien supérieur au niveau actuel et leur reconstitution a été différée en anticipation de prix plus favorables. Ces attentes ne s'étant pas matérialisées, les industriels doivent restocker dans un contexte de prix élevé, ce qui alimente la demande et les tensions sur les prix.

Plus fondamentalement, 2004 rime avec reprise conjoncturelle dans l’ensemble des principales zones économiques du monde (Etats-Unis, Asie, Europe). Le pétrole n’en est que plus demandé pour faire tourner la machine. Et dans la reprise mondiale, la Chine tient un rôle croissant : son poids dans la demande totale de pétrole est encore faible (7 %), mais sa contribution à la croissance de cette demande est désormais significative (40 %). La consommation de pétrole brut chinoise s'est accrue de 7 % par an en moyenne depuis 1995 et de plus de 10 % en 2003, les importations progressant à un rythme annuel moyen de 30 % depuis 1995.

En ce qui concerne les exportateurs essentiels du pétrole, c'est-à-dire l'Opep, ils ont intérêt à voir leur prix actuel au-delà de celui ciblé. « L’OPEP cherche à maintenir un prix élevé, voire plus élevé que sa cible de 22-28 dollars », assure Robert Chardon, analyste de la banque LODH. L’explication en est simple. Les producteurs de pétrole sont rétribués en dollars, lequel perd du terrain sur les autres monnaies. « Or, deux tiers des dépenses des pays de l’OPEP ne sont pas libellées en monnaie américaine, indique Robert Chardon. Ils cherchent donc à conserver leur pouvoir d’achat ».

« Rappelons que les importations de produits manufacturés des pays du Golfe proviennent, pour plus de 60 %, d'Europe et d'Asie. La moitié des importations algériennes provient d'Europe », note Pascal Blanqué, directeur des Etudes économiques du Crédit agricole, dans une analyse publiée dans Le Figaro.

Pourtant, Pascal Blanqué estime que « les tensions sur le prix du pétrole ne sont sans doute pas durables ». Une opinion qui est partagée par d'autres. « A moins d’une hausse forte et durable du prix de brut, le mouvement récent n’aura pas d’influence notable sur la croissance en Suisse », estime Bernard Lambert, économiste à la banque Pictet.


Impact relatif sur les économies développées

En réalité, même si le baril atteint des prix astronomiques, la faiblesse du dollar — monnaie de transaction unique — gomme en partie cette envolée. Il convient par ailleurs de relativiser l'impact de cette variable sur les économies développées. Car la sensibilité de ces dernières (prix, croissance) au pétrole n'est plus aujourd'hui celle qui prévalait dans les années 1970. « Il faudrait un véritable choc pétrolier, soit un doublement improbable des prix actuels, pour créer une menace sérieuse et directe sur la croissance », estime Blanqué. L'Agence Internationale de l'Energie (AIE) vient de publier une étude dans laquelle elle détaille les mécanismes par lesquels la hausse des prix se répercute sur l'économie mondiale. Pour les pays de l'Organisation de Commerce et de Développement Economique (OCDE), elle estime ainsi qu'une hausse prolongée de 10 dollars par baril, soit un baril qui passerait de 25 à 35 dollars, provoquerait une perte de 0.4 point de PIB au cours des deux premières années. L'inflation progresserait d'un demi-point.

Enfin et surtout, les producteurs ne peuvent ignorer que la balance des risques penche toujours en faveur d'une baisse du cours du brut : l'excès d'offre, l'amélioration de la production iraqienne et les facteurs saisonniers vont dans ce sens. Un prix d'équilibre compris entre 25 dollars et 27 dollars pour le baril de Brent semble raisonnable, justifiant la politique des quotas prudente des pays de l'OPEP.

Salma Hussein

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