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Sharon dans l'impasse
Par Mohamed Sid-Ahmed

Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a soumis son plan de retrait de la bande de Gaza à un référendum au sein de son parti, le Likoud. Son objectif a été à la fois de renforcer sa mainmise sur le parti et de se servir de son soutien pour marginaliser la droite extrémiste. Et ce, sans faire de concessions aux forces de la gauche. Mais le référendum s'est révélé un échec. Les deux tiers des membres du parti ont voté contre le plan Sharon. Ainsi, au lieu de neutraliser les extrémistes de la droite et de les affaiblir, il leur a donné l'occasion de renforcer leur position et de reprendre l'initiative. Sa politique n'a donc fait que le mettre au pied du mur.

Sharon a déclaré qu'il n'allait pas démissionner en raison de ce revers et sa première réaction a laissé entendre que ce sont les Palestiniens qui en subiront les conséquences. Il a décidé qu'au lieu de se retirer de 21 colonies de la bande de Gaza, il n'évacuerait que 3 seulement et qu'au lieu de se retirer de 4 colonies en Cisjordanie, il n'évacuerait que 2. Ceci ne satisfera certes aucune des parties concernées car il signifie que le processus tout entier sera avorté. Bush sera le premier affecté puisqu'il avait apporté son soutien au plan Sharon avant qu'il ne soit approuvé. Maintenant, Sharon a indiqué que le retrait sera réduit, le rendant insignifiant, alors que Bush avait approuvé le plan parce qu'il le considérait comme un premier pas vers un retrait plus vaste.


L'option des élections anticipées

Cet échec a conduit Shimon Pérès, le chef du Parti travailliste, à réclamer la tenue d'élections anticipées en s'appuyant sur le fait que si les partisans du plan sont minoritaires au sein du Likoud, ils sont majoritaires en Israël (environ 80 % des citoyens d'après les estimations). Mais Sharon trouve qu'il n'est obligé ni de tenir des élections anticipées ni de respecter le résultat du référendum qu'il considère comme une affaire interne n'engageant en rien le gouvernement israélien. En effet, Sharon pense que s'il accepte la tenue d'élections anticipées, il admet implicitement un recours à l'opposition contre le Likoud pour permettre l'application de son plan. Ce qui contredit ses orientations.

Concernant Pérès, la non tenue d'élections anticipées ne compromettrait pas une entente possible avec Sharon. N'a-t-il pas travaillé avec lui à maintes reprises et a été même membre d'un gouvernement de coalition sous sa présidence. Il n'est donc pas difficile pour les deux hommes de parvenir à un compromis qui les satisferait tous deux. En effet, les deux souhaitent un retrait de certaines colonies de Gaza. Ils tiennent à participer à la prise de décision et ont intérêt, pour diverses raisons, à vaincre les extrémistes de la droite qui veulent leur ravir la direction, comme Benyamin Netanyahu. Enfin, aucun d'eux ne s'opposera à un renforcement de la présence israélienne en Cisjordanie après le retrait des troupes israéliennes de Gaza, ni l'engloutissement de davantage de territoires palestiniens occupés.


Shinouï menace

Le chef du parti laïque Shinouï et ministre de la Justice, Josef Lapide, a signalé que le référendum organisé par le premier ministre est une affaire interne qui ne concerne que le Likoud uniquement. Et d'ajouter que si Sharon procède à une modification de son plan de retrait, les relations américano-israéliennes seront lésées. Lapide a affirmé ensuite que la majorité de la société israélienne approuvait le retrait de Gaza et que si l'on vote le plan au Parlement, la majorité de la Knesset sera en sa faveur. En s'appuyant sur cet argument, il a réclamé de soumettre le plan à un vote de la Knesset.

Lapide a enfin menacé de revoir la position de son parti vis-à-vis de la coalition au pouvoir si Sharon renonçait à son plan. Le gouvernement israélien pourrait être ainsi renversé si Sharon s'inclinait devant la volonté des opposants au plan au sein de son parti ou s'il défiait les partis membres de sa coalition, comme Shinouï. Y a-t-il une issue à cette impasse ?


Le maigre bilan du Quartette

Le Quartette (les Etats-Unis, la Russie, l'Union européenne et l'Onu), chargé de superviser l'application de la Feuille de route, s'est réuni le 3 mai dernier à New York. Les Etats-Unis étaient représentés par Colin Powell, l'Union européenne par Javier Solana, les Nations-Unies par Kofi Annan et la Russie par son nouveau ministre des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov. Avant sa tenue, on a qualifié la réunion d'extrêmement importante, une chance à saisir. D'autant plus que cette réunion fut précédée par la publication d'une lettre rédigée par plusieurs anciens diplomates américains spécialistes du Moyen-Orient, où ils critiquaient l'alignement de la politique de l'Administration Bush sur celle d'Israël, menaçant les chances d'application de la Feuille de route. Mais la réunion n'a pas été à la hauteur des attentes. Et les participants ont approuvé le plan Sharon, tout en ajoutant que ce plan est censé conduire à un retrait total de la bande de Gaza et être un pas menant à la création de deux Etats.

Mais ce que le gouvernement israélien craint le plus est la rencontre prévue le 17 mai en Allemagne entre le premier ministre palestinien Ahmad Qorei, et la conseillère à la sécurité nationale américaine, Condoleezza Rice. Le gouvernement israélien craint que cette rencontre ne conduise à ce que les Américains comprennent que l'exclusion d'Arafat a eu des conséquences inverses, et a compliqué le processus de négociations.

Bush fait beaucoup l'éloge des initiatives courageuses de Sharon. Aura t-il pour autant le courage de saisir ces faits ?

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Les véritables intentions de Bush

Par Salama A. Salama

Est-il vrai que la position de l'Administration Bush a radicalement changé après avoir offert des garanties au plan de séparation de Sharon ? Lors de sa conférence de presse avec le roi Abdallah II de Jordanie, le président George W. Bush a laissé entendre que ce sont les négociations du statut final qui détermineront les contours de l'Etat palestinien. Cette assurance est-elle suffisante pour nous convaincre que le président américain tient toujours à la Feuille de route ? Ceci signifie-t-il que Bush a renoncé à son annonce selon laquelle tout règlement du conflit israélo-palestinien doit prendre en compte les nouvelles données sur le terrain, c'est-à-dire les colonies de peuplement et les barrières de séparation. Sans oublier le refus du droit au retour des réfugiés palestiniens.

Telles sont les questions impérieuses auxquelles l'Administration américaine doit donner des réponses claires. Il ne suffit pas que Bush annonce son intention d'envoyer un message d'assurance au premier ministre palestinien, Ahmad Qorei, pour que les esprits se calment dans le monde arabe. Car il semble bien que le président américain cherche à faire baisser la tension dans la région après les révélations faites sur les sévices et les tortures infligés à des prisonniers iraqiens par l'armée américaine. Nous pouvons même parier qu'il s'agit de simples déclarations qui resteront lettre morte. Alors que les engagements écrits donnés à Sharon constituent l'essence même d'une stratégie américano-israélienne à laquelle Bush ne renoncera jamais. Notamment à la lumière de la violente campagne électorale américaine qui risque de faire perdre la présidence à Bush.

Ce qui est vraiment inquiétant, c'est la position des parties arabes qui sont à l'affût de toute allusion ou toute déclaration de parties étrangères à même de leur rendre une confiance perdue. C'est ce qu'a eu lieu lorsque le Quartette s'est réuni, la semaine dernière, pour déclarer à nouveau que le retrait israélien unilatéral de Gaza doit faire partie de la Feuille de route. Cette déclaration a été favorablement accueillie par certaines parties arabes sans raison claire. Car il faut se rappeler que cette déclaration est dénuée de tout mécanisme d'application. Plus encore, le Quartette ne pourra jamais imposer sa volonté ni sur les Etats-Unis ni sur Israël. Au contraire, le Quartette est devenu un instrument entre les mains des Etats-Unis dans leur campagne de relations publiques visant à rassurer les Arabes.

Bref, il est impossible que les pays arabes parviennent à forcer Bush à renoncer à ses engagements envers Sharon. Mais, au moins, il leur incombe de prendre une décision tranchante et claire. Il est temps que le prochain sommet arabe de Tunis se transforme en un sommet décisif dont le but est de prendre des décisions claires et efficaces sur les questions majeures du monde arabe.

 

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