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Couples
. L'Egypte connaît
un nombre de plus en plus croissant de divorces. Entre
époux et épouses une bataille rangée est engagé quotidiennement
souvent sournoise et silencieuse. Le bonheur conjugal
est-il entrain de devenir une chimère ? Enquête. |
Les
non-dit de la désunion |
Soha
et Ahmad ont fait un mariage d'amour et une lune de
miel aux îles Canaris. Tout était parti pour durer.
Ils ont eu un enfant et pourtant le fossé qui sépare
le couple n'a pas cessé de s'élargir. Les disputes sont
devenues de plus en plus fréquentes. « Il est
égoïste », lance Soha. « Elle est agaçante »,
réplique Ahmad. A 25 ans, Soha a l'air abattu et Ahmad
a déjà les tempes bien grisonnantes à trente ans. « Rien
de commun ne nous unit. On ne s'entend plus. Nous vivons
sous le même toit, mais comme des étrangers »,
confie Soha, les larmes aux yeux. Après 7 ans de mariage,
le couple décide de divorcer. Devant le même juge, qui
a béni leur union, le divorce est prononcé. « Ce
jour restera gravé à jamais dans ma mémoire. Bien que
le divorce ait été la seule chose sur laquelle on s'était
mis d'accord, j'ai pleuré en me souvenant du jour de
notre mariage », confie Ahmad avec tristesse.
Selon
une étude effectuée au Centre national des études sociales
et criminelles, sur 592 380 mariages contractés
par an, 67 765 divorces ont été prononcés, soit
un taux de 8 %. Un phénomène qui a donné naissance
à des ONG qui travaillent spécialement sur les différends
entre les couples. D'après le Dr Suzanne Abdel-Méguid,
responsable de l'Association du règlement des conflits
conjugaux créée en 2000, la raison principale de leur
présence sur le terrain c'est de trouver des solutions
à cette situation chaotique que vivent beaucoup de couples.
« On a effectué des études sur un échantillon
de couples mariés depuis 5 ans dans le quartier de Zeitoun,
Wayli, Abbassiya et Aïn-Chams. Les résultats de l'étude
nous ont surpris. Un chiffre record de divorce a été
constaté ».
D'ailleurs,
le succès réalisé par le film Sahar Al-Layali
prouve bien qu'il existe de nombreux problèmes au sein
des ménages. « Le film a permis de dévoiler
des vérités auxquelles on ne voulait pas faire face.
Il a mis l'accent sur les souffrances de nombreux couples
qui, pour maintenir leur union, ont préféré garder le
silence. Ce film est venu briser ce silence que l'on
s'est imposé autour de cette relation intime »,
analyse la sociologue et la féministe Fardos Al-Bahnassi.
Une
situation qui soulève des questions : Pourquoi
des couples, une fois mariés, ne vivent-ils plus dans
la joie et pourquoi l'amour qui les a unis s'est évaporé ?
Et pour ceux qui résistent face à des conditions socio-économiques
difficiles, continuent-ils par besoins matériels ou
pour l’intérêt des enfants ? Cependant, le problème
est bien plus profond.
« Mariée
depuis 10 ans, j'assume toutes les responsabilités.
Mon mari me verse seulement 1 000 L.E. à la fin
du mois, et c'est à moi de me débrouiller. Le reste
de son salaire, l'équivalent de ce qui me donne, lui
sert d' argent de poche pour se changer les idées. Je
dépense tout mon salaire pour assurer un niveau de vie
convenable à mes enfants » explique Magda,
30 ans, secrétaire. Son quotidien est une course contre
la montre. Elle se réveille à 5h du matin, prépare le
petit-déjeuner à ses enfants, les accompagne à l'école,
puis se rend à son travail. L'après-midi, elle se hâte
pour rentrer chez elle, préparer à manger et faire le
ménage en un temps record. Et pendant que son mari fait
la sieste, c'est le moment pour elle de faire la vaisselle
et étendre le linge. Le soir, elle joue le rôle de l'institutrice
pour ses enfants, alors que son mari est dehors avec
ses amis. « L’égoïsme de mon mari me tue. Et
si je supporte cette situation, c'est pour l’intérêt
de mes enfants. Je dois me passer de son aide et ne
pas lui montrer mon mécontentement. Et si j'ose me révolter,
tout le monde s'en prend à moi, m'accusant de vouloir
détruire mon foyer », confie tristement Magda.
Selon Fardos Al-Bahnassi, les familles égyptiennes ont
toujours cette tendance de vouloir choyer le garçon
au détriment de la fille. Il est le roi et tout le monde
est à son service. Ce qui n'est pas le cas des filles.
Une fois qu'elles ont atteint l'âge de la puberté, elles
doivent s'initier aux tâches ménagères, apprendre à
faire la cuisine et servir leurs frères tout en continuant
leurs études. « Résultat : nous sommes
devant une génération d'hommes irresponsables »
conclut Bahnassi.
Les
femmes ont ainsi de plus en plus de charges. Aujourd'hui,
les chiffres du ministère des Affaires sociales assurent
que environ 2,5 millions de femmes subviennent aux besoins
de leurs familles.
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Tabous
et manque de dialogue
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| Et
en l'absence de toute éducation sexuelle, la plupart des
parents continuent à donner à leurs enfants une éducation
classique appropriée à chaque sexe et qui cause des dégâts
et pour preuve, les divergences qui existent entre les
partenaires. Le désir sexuel éprouvé par la femme est
jugé comme un tabou. Elle doit se conduire avec son mari
comme si elle ne l'avait jamais connu ou touché et elle
n'a aucun droit de manifester ses désirs sexuels. « L'excision
pratiquée sur plus de 90 % des filles est la preuve
qu'on veut éliminer en elles tout désir charnel. Et dans
l'acte sexuel, l'homme aura toujours le rôle actif et
la femme sera toujours son objet sexuel », poursuit
Bahnassi.
Mais
l'homme n'est pas souvent le seul à blâmer. Dans une société
qui balance entre traditionalisme et modernisme, les rôles
ont fini par changer. Autrefois, l'aspect traditionnel
dominait et les rôles de chacun étaient bien déterminés.
La femme était à la maison et s'occupait de ses enfants
et l'homme devait subvenir aux besoins de toute la famille.
« Aujourd'hui, la femme active est de plus en
plus avide. Elle veut récolter le fruit de sa liberté
et jouir de son indépendance financière, alors qu'à la
maison, elle fonctionne selon les modes classiques. Elle
ne veut plus dépenser un sou de son salaire et oblige
son époux à assumer sa responsabilité malgré les difficultés
économiques » s'indigne Hicham, 45 ans, comptable
et qui cumule actuellement deux emplois pour subvenir
aux besoins de sa grande famille.
D'ailleurs,
l'entrée de la femme dans le monde du travail a engendré
des changements. « Elle n'est plus en mesure d'accepter
d'être son esclave à la maison. Autrefois, la femme supportait
toutes les situations car elle était tributaire de son
mari. De nos jours, elle se sent son égal. Et ce sentiment
de parité est mal accepté par l'homme qui refuse de céder
sa place », lance le Dr Suzanne Osmane, présidente
de l'Association du renforcement des relations familiales.
La
société a changé. Les rapports homme-femme aussi. Mais
les attitudes n'ont pas suivi.
Le
psychologue Alaa Morsi assure que chacun des deux partenaires
ne tente pas de comprendre la psychologie de l'autre,
et la femme ne fait aucun effort pour éveiller de belles
sensations. Alors qu'avant le mariage, la femme déploie
tout son charme pour plaire à l'homme qu'elle a choisi.
Une fois mariée, elle prend du poids et se laisse aller.
« La belle jeune fille, agréable, sympathique
et qui était toujours tirée à quatre épingles pendant
la période des fiançailles a disparu », avance
Magdi, 45 ans. Et d'ajouter : « Ce qui m'a
poussé à me remarier », confie-t-il. D'autre
part, d'après Morsi, l'homme qui a payé cher pour se marier
considère sa femme comme sa propriété et commence à la
malmener. « C'est un meuble qui fait partie de
la maison », dit Saad, 36 ans, fonctionnaire.
« Ce meuble » en finit par perdre sa
joie de vivre, et la boucle est bouclée.
S'ajoute
à cela le manque de démocratie au sein du foyer. « Le
couple dialogue très peu. Et si l'un a un avis qui diverge,
les deux sont incapables de trouver un terrain d'entente.
Chacun essaye de dominer l'autre », poursuit
Morsi. Les deux partenaires sont perdus. Les anciennes
recettes qui convenaient à leurs parents et grand-parents
ne marchent plus. Des recettes reprises par de célèbres
proverbes tels : « Eduque ton mari comme
tu éduques ton enfant » pour la femme, ou « Dès
la nuit de noces, montre tes crocs » pour l'homme.
Le concept de partenaest inexistant, alors que le mariage
est décrit par le Coran comme une relation de « Mawadda
wa rahma » (amour et clémence), sourate les
Romains.
Déjà
en 1994, (une année consacrée à la famille), Suzanne Osmane
réclamait la création d'un conseil ou d'une organisation
pouvant s'occuper des affaires de la famille à l'instar
du Conseil de la femme, du ministère de la Jeunesse et
du Conseil de la maternité et de l'enfance. Dix ans se
sont écoulés et aucun organisme ne s'est penché sur le
problème. Et les 10 organisations non gouvernementales
qui œuvrent dans le domaine de la famille ne semblent
pas capables de remplir ce vide. |
| Dina
Darwich
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Unis
pour le pire |
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Dans
cette famille, le climat est insupportable. Plus rien
ne rapproche ce jeune couple marié depuis 5 ans. Hayssam,
un ingénieur de 35 ans, pense que sa femme profite de
lui. Quant à Nermine, 30 ans, elle est persuadée que son
mari est le pire des hommes. « C'est un égoïste,
un avare, un despote, un arriéré », affirme-t-elle,
désespérée. En fait, c'est dès la première année de leur
mariage que le rapport de force s'est instauré, puisque
dès le début, chacun a tenté d'imposer ses règles à l'autre.
« Nous avons reçu une éducation différente. Il
n'a aucun égard pour la femme, qu'il considère comme une
esclave qui doit être au service de son maître oubliant
qu'elle a son mot à dire », confie Nermine. Quant
au mari, il estime qu'il ne peut y avoir deux capitaines
pour gouverner un même bateau. « C'est au chef
de famille de mener la barque et c'est à lui que revient
le dernier mot. Et même si la femme ne partage pas son
avis, elle doit s'incliner. C'est une sorte de respect
pour l'homme », poursuit Hayssam. Face à des
partenaires campant sur leurs positions, chaque menu détail
de la vie quotidienne devient source de conflits. Pour
éviter d'arriver au pire, Hayssam ignore tout bonnement
sa femme. Laquelle reporte toute son affection sur sa
fille.
Un
jour, en fouinant sur le portable de son mari, Nermine
a même découvert des SMS d'amour. Deux possibilités s'offraient
alors à elle : demander le divorce ou continuer,
pour sa fille, la vie conjugale. Elle opte finalement
pour la seconde solution. « On s'est mis d'accord
pour rester ensemble afin d'éviter de perturber notre
fille », explique Hayssam qui reste discret sur
ses liaisons amoureuses extra-conjugales. « Tant
que nous vivons sous le même toit, je me dois de la respecter.
Je ne veux pas détruire mon foyer et n'accepterai pas
que ma fille soit élevée par une marâtre. De plus, le
mariage est une nécessité pour qu'un homme fasse socialement
bonne figure. Je ne pourrais pas me rendre à une réception
ou un mariage sans être accompagné de ma femme. C'est
la coutume qui l'exige », justifie Hayssam.
D'un
commun accord, chacun mène donc sa vie comme il l'entend.
Nermine sort faire ses courses seule mais les dépenses
sont réparties. « Il assume les besoins de la
maison et ceux de sa fille. Je paye mes toilettes, mon
maquillage et tous les frais concernant ma voiture »,
explique-t-elle. « Nos dialogues se limitent uniquement
à notre fille de 4 ans », lance Nermine tristement.
Chaque jour, elle l'accompagne à l'école puis se rend
à son travail. Hayssam, lui, va au travail directement.
« Il faut gagner le maximum d'argent. L'homme
est devenu une véritable vache à lait », affirme-t-il.
Une fois à la maison, sa femme s'occupe de sa fille et
son mari regarde la télévision ou lit son journal. Le
sourire ne se dessine sur le visage de Nermine que lorsqu'elle
voit ses amies à qui elle confie ses malheurs. « Ce
sont des moments qui me permettent de sortir de ma tristesse
et mon travail me sert d'échappatoire », poursuit-elle.
Quand il est de sortie, Hayssam va au café.
En compagnie de ses collègues, il raconte des blagues
et lance des compliments sur le physique des jolies filles
qui passent de temps à autre. Des compliments qu'il ne
fait plus à sa femme depuis leurs fiançailles. Le soir,
le couple se retrouve devant la télévision. Muets comme
des carpes, les époux suivent le feuilleton de 19h, entrecoupé
de temps en temps par les cris de la petite Farah. « Je
ne compte pas avoir d'autres enfants. De toutes façons,
nous n'avons plus de relations sexuelles. Une fois dans
le lit, chacun tourne le dos à l'autre. C'est tellement
humiliant », lance-t-elle.
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D.
D. |
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