Pourquoi le report
du
sommet arabe ? |
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
| Les
pays arabes adopteront-ils la même attitude que
celle des Etats européens lors de la période qui
a précédé la guerre contre l'Iraq ? Les capitales
européennes s'étaient alors divisées en deux camps.
Le premier, dirigé par la Grande-Bretagne, a pris
part à la guerre avec les Etats-Unis, alors que
le second, conduit par la France et l'Allemagne,
s'est opposé à la guerre et a refusé d'y participer.
Un
comportement semblable se dessine aujourd'hui
dans le monde arabe. Les pays arabes se sont en
effet divisés en deux camps. L'un approuvait l'idée
de tenir le sommet, tandis que l'autre n'était
pas très enthousiaste. Le premier camp était dirigé
par l'Egypte, l'Arabie saoudite et la Syrie, alors
que la Tunisie exprimait des réserves.
Le
premier camp est dirigé par trois pays qui détiennent
des capacités leur permettant de fonder un axe
de commandement dans le monde arabe. Un axe qui
n'hésite pas à prendre des initiatives et à élaborer
des politiques. Par contre, tous les pays de l'autre
camp ont un point commun. Ce sont des pays de
moindre poids sur la scène arabe, et par conséquent
ne veulent pas se heurter aux Etats-Unis. Nous
avons donc des pays qui se comportent comme la
Grande-Bretagne face aux Etats-Unis pendant la
période de l'avant-guerre, et des pays qui se
comportent comme la France et l'Allemagne. Des
pays arabes qui refusent le projet du « Grand
Moyen-Orient » et des pays qui pensent
qu'il ne faut pas s'opposer au projet américain,
mais s'y adapter d'une manière ou d'une autre.
Telle était la situation qui a conduit à l'ajournement
du sommet de Tunis.
Les
Etats-Unis ont déclenché la guerre en Iraq et
cherchent maintenant un nouvel ordre qui remplacerait
l'ordre qui avait existé avant la guerre. Ils
ont appelé ce nouvel ordre le « Grand
Moyen-Orient ». Il est vrai que la guerre
a mené au renversement de Saddam Hussein et à
sa capture. Cependant, la guerre n'a pas atteint
l'objectif pour lequel elle a été lancée, celui
de trouver des Armes de Destruction Massive (ADM).
Par conséquent, on ne peut dire qu'elle a abouti
à une victoire.
Pour
éviter que ne se répète le différend qui est apparu
avant le déclenchement de la guerre, les Etats-Unis
ont proposé à l'Union Européenne (UE) de devenir
leur partenaire dans le projet du Grand Moyen-Orient.
Les Etats-Unis et l'UE devraient alors former
un partenariat dans la région pour faire face
à l'expansion du terrorisme et à la prolifération
des ADM.
C'est
ainsi que le Moyen-Orient est censé devenir une
scène d'affrontement entre deux grandes entités.
Celle du nord, les Etats-Unis et l'UE, partenaires
du Grand Moyen-Orient, et celle du sud où d'énormes
efforts sont déployés pour tenir un sommet regroupant
tous les pays arabes. Cependant, ces efforts sont
contrés par certaines parties arabes, notamment
les plus petites sur la scène arabe.
A
la lumière de ces données, on peut s'imaginer
le secret derrière la décision du président tunisien
d'ajourner sine die la tenue du sommet.
Les déclarations se sont contredites, les informations
étaient absentes. Il y avait une énorme difficulté
de déterminer de façon claire et logique ce qui
s'est vraiment passé.
En
exprimant leur surprise face à la décision de
reporter le sommet quelques heures avant sa tenue,
toutes les parties ont blâmé d'une manière ou
d'une autre la Tunisie, mais ont évité de lui
adresser une condamnation franche. Cependant,
je me demande pourquoi la décision a été prise
sans discussions préalables et même sans avancer
d'explications. Tout en tenant à la nécessité
d'organiser le sommet quelles que soient les difficultés,
toutes les parties participantes ont insisté sur
la nécessité de ne pas porter atteinte au droit
de la Tunisie d'accueillir le sommet et d'en déterminer
la date, conformément aux décisions de la Ligue
arabe. Seulement en cas d'incapacité du pays hôte
d'assumer ses responsabilités, il revient aux
autres pays, y compris l'Etat de siège de la Ligue
arabe, de remplir ce rôle à sa place. |
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La bombe de Sharon
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Dans
ces circonstances, le premier ministre israélien
Ariel Sharon a fait exploser une bombe, en assassinant
le cheikh Ahmad Yassine, le chef spirituel du
mouvement Hamas. Par son acte, il voulait
faire exploser la rue arabe et même islamique,
et pas seulement la rue palestinienne. L’objectif
était d'accentuer les contradictions entre les
régimes arabes. Notamment entre ceux qui insistent
à tenir le sommet et à assumer leurs responsabilités
au moment où Washington présente son projet du
Grand Moyen-Orient, et ceux qui estiment que la
tenue du sommet dans ces conditions difficiles
est à même d'empirer la situation.
Nous
devons prendre en considération que durant les
prochains mois, des sommets internationaux importants
doivent se tenir, dont ceux de l'UE, du G8 et
de l'Otan. Ceux-ci doivent discuter du Moyen-Orient.
Les parties arabes ne doivent pas rester passives
face à ces réunions qui devront trancher du destin
de la région pour une longue période à venir.
D'autre
part, Israël se prépare à mettre en application
ses plans de retrait de la majorité des colonies
de la bande de Gaza. Ce repli est pour Israël
le dernier retrait des territoires palestiniens
alors que pour les parties arabes, c'est une première
étape. Dans tous les cas, ce retrait justifie
la reprise des négociations bien que Sharon continue
à affirmer qu'il est grand temps de liquider physiquement
tous les négociateurs palestiniens, Yasser Arafat
en tête !
La
tenue du sommet est une nécessité, y compris pour
l'Iraq. Il est impératif de parvenir à une position
arabe commune renforçant la position du négociateur
arabe. Le véritable danger est que la scène arabe
demeure divisée en une minorité de pays arabes
qui insistent sur la tenue au plus vite du sommet,
et une majorité de pays de moindre poids moins
déterminés.
On
craint que la volonté arabe ne demeure paralysée
à cause de cette division des régimes arabes en
deux camps. L'un estimant que, quels que soient
les différends, la tenue du sommet est un moindre
mal et l'autre qui opte pour la patience et l'ajournement
quels que soient les dangers qui exposent la société
arabe à un destin obscur. |
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Des
responsabilités arabes |
| Par
Salama A. Salama
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| Les
capitales arabes, et surtout la ville de Charm
Al-Cheikh, ont été témoins de rencontres intensives
en vue d'absorber le choc découlant de l'échec
du sommet de Tunis. Mais toutes ces tentatives
ne visaient qu'à sauver la face, sans se soucier
d'examiner les vraies raisons derrière ce fameux
échec !
Nul
ne peut connaître avec exactitude les véritables
raisons derrière l'ajournement du sommet. S'agit-il
de raisons objectives ou bien de raisons purement
formelles ? De toute façon, les rencontres
qui ont eu lieu visaient essentiellement à voiler
les différends, à calmer les esprits et à prouver
la bonne foi arabe, même si c’est aux dépens de
la vérité. Cette vérité qui peut se résumer ainsi :
les régimes arabes craignent les conséquences
de la réforme ! A dire vrai, il s'agit là
d'une réforme radicale de la Ligue arabe de sorte
qu’elle soit apte à traiter les questions épineuses
pesant sur la région. Sans oublier la réforme
des régimes politiques qui doit répondre aux besoins
internes et non extérieurs. Sachant que ces évolutions
ont lieu dans un contexte où se dissipe graduellement
la crédibilité du monde arabe, ainsi que les droits
et la dignité de ses peuples, notamment en Iraq
et en Palestine.
Peu
importe le lieu de la tenue du sommet, au Caire
ou à Tunis, le plus important est de parvenir
à une unanimité au sujet de la réforme qui doit
occuper la tête de liste des préoccupations arabes.
Il est de même indispensable d'œuvrer à servir
les intérêts des peuples de la région sans que
ceci soit une simple réponse à des pressions américaines
ou européennes, économiques ou politiques. Nos
régimes doivent comprendre que les peuples ont
des demandes essentielles et indispensables à
satisfaire. Ces demandes ont été ouvertement exposées
par les ONG au cours des conférences tenues à
Beyrouth et à Alexandrie. Sans répondre à ces
demandes, tous les efforts arabes pour tenir le
sommet seront vains.
Ce
qui suscite notre crainte et notre suspicion,
ce sont les réactions provenant de Tunis à la
suite des entretiens d’Amr Moussa avec le président
tunisien. Il s'agit d'une insistance formelle
à y tenir le sommet, abstraction faite du climat
international et psychologique découlant de l'échec
de la réunion précédente. Comme s'il s'agissait
simplement de récupérer un droit perdu !
Cependant, cette insistance à tenir le sommet
à Tunis ne doit pas devenir une raison pour porter
un coup mortel au sommet lui-même. Au contraire,
notre objectif doit être de servir les intérêts
arabes, et ceci ne se réalisera jamais si le sommet
est reporté sine die.
Sans
nul doute, les peuples arabes en ont eu assez
des différends qui entravent toute action arabe
commune. Ils attendent que les dirigeants arabes
assument les responsabilités qui leur incombent.
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