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Fêtes
. Depuis quelques
années, les grandes célébrations sont devenues l'expression
d'un esprit purement commercial. Avec le pouvoir des médias
et de la publicité, les fêtes sont devenues synonymes
de consommation. Qu'il s'agisse de la Saint-Valentin,
du Baïram ou encore de Cham Al-Nessim.
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| Le
business jovial |
| « Rendez-vous
à Dreampark, le jour de Cham Al-Nessim. Si vous
utilisez l'Internet pendant trois heures fournies par
la société, vous aurez un billet gratuit pour cette fête ».
Cham Al-Nessim ou la Fête du printemps date de l'époque
pharaonique et la voici qui se modernise et se met au
goût du jour. Son nouveau rituel se nomme communication
et consommation. Les fêtes, il y en a toujours eu sous
toutes les latitudes mais jamais elles n'ont paru aussi
vouées au commerce et business. Fêter, c'est consommer
de manière frénétique et à tous les niveaux. Les célébrations
comme celles de la Saint-Valentin, la Fête des mères,
Noël et bien d'autres sont devenues depuis quelques années
une période de vraie baraka pour les différen ts
commerces. « Il y a 50 % de ventes en plus
dans les magasins de cadeaux pendant la période des fêtes.
Aussi, les ventes des magazines qui se font les porte-parole
des différentes sortes de promotions augmentent de 30 % »,
relève Saïd Al-Bakri, secrétaire de rédaction de Party,
l'une de ces publications en vogue et dont le lectorat
est constitué en grande majorité de jeunes et d'hommes
d'affaires. Tony Gamil, propriétaire d'une agence au nom
très suggestif, De A à Z, qui se charge de l'organisation
et de la promotion de ce genre de manifestations, affirme
que le nombre de festivités organisées à l'occasion de
ces journées, comme la Saint-Valentin, le Nouvel An ou
Cham Al-Nessim, a augmenté de 80 % ces 4 dernières
années. une aubaine pour son commerce : « Nous
n'étions que deux agences il y a quelques années, aujourd'hui
il y aurait une centaine ». Pour organiser une
quelconque festivité, cela doit désormais s'appuyer sur
des supports professionnels. Finies les fêtes de fin d'année
ou des promotions célébrées spontanément et dans la joie
simple. Gamil souligne par exemple que les élèves « sont
prêts à s'endetter pour rassembler la somme qu'il faut
pour organiser la cérémonie de fin de promotion. Il y
a une sorte de fierté quant à concurrencer les autres
écoles. Cela nous permet de renouveler et de doubler d'imagination
lorsqu'il faut choisir le thème de la fête ».
Tout est bon : fête hawaïenne, orientale ou noir
et blanc (rétro). Même les célébrations les plus intimes
exigent maintenant un maître de cérémonie. Gamil indique
qu'il officie maintenant souvent à des anniversaires de
mariage ou des anniversaires tout court, ce qui n'avait
pas lieu, sinon très rarement, il y a 20 ou 30 ans. |
Une inspiration occidentale
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Cela s'explique,
selon lui, par la plus grande ouverture que connaît notre
société sur le monde occidental. Chaînes satellites, Internet
et autres. Les jeunes surtout sont friands d'imitation.
Saïd Al-Bakri fait remonter le phénomène aux années 1980-1990
de manière plus précise aux « fastes d'Agami ».
Ce site balnéaire situé à l'ouest
d'Alexandrie avec ses plages fréquentées par une élite
branchée est connu par ses soirées d'hommes d'affaires
repris par les pages mondaines des journaux et des magazines.
Ce qui n'a pas manqué de susciter l'intérêt et de lancer
une mode. Une catégorie de photographes a vu le jour.
Ils prenaient les photos et les distribuaient aux journaux
gratuitement, juste pour la célébrité. Désormais, c'est
devenu un business. « Il est devenu difficile
maintenant qu'une célébrité organise une fête sans faire
appel à ces photographes ». Ainsi, 4 ou 5 magazines
ont surgi dont le principal thème est la vie mondaine
à l'exemple de Party, Cléo, Enigma.
L'un des signes de prestige pour des noces, c'est le lieu
où elles ont été organisées et le magazine où elles ont
été publiées. Un business pour tous. Les prix des billets
pour ce genre de fêtes limitées à la classe aisée est
souvent prohibitifs. 500 L.E. parfois. Pour tout un public
de curieux ou de « voyeurs », le magazine
réalise de très bons tirages et des recettes.
Ces publications
n'ont pas limité leurs activités aux mondanités traditionnelles.
Aujourd'hui, elles publient des numéros spéciaux pour
chaque fête. Elles font partie d'un agenda qui comprend
des gens de toutes les catégories. Même les ministres
dont le moindre acte est guetté par la presse d'opposition
n'hésitent pas à paraître dans une fête pour la Saint
Valentin, pourtant critiquée par certains comme « étrangères
aux mœurs égyptiennes ».
Ainsi, c'est
une course haletante
que mène Hassan Ibrahim, photographe, pour un Cham Al-Nessim
au Caire. « Il faut que j'aie le temps d'aller
d'une célébration à une autre. Autrefois, c'était une
ou deux. Aujourd'hui, c'est presque une dizaine par occasion »,
affirme-t-il.
Tout pour
le business ? Ces fêtes donnent l'occasion à toutes
sortes de bénéfices. Les hôtels se taillent une grande
part du gâteau. Magda Sami, directrice des relations publiques
du Cairo Sheraton, affirme qu'on ne peut plus célébrer
quelque fête que ce soit comme avant dans la seule intimité
du foyer. Les femmes travaillent et il devient plus pratique
de recevoir dehors. Les établissements hôteliers font
leur promotion sur l'idée « d'alléger les pressions
du quotidien ». A chaque fête sa spécialité :
« Passez Cham Al-Nessim dans une terrasse sur
le Nil ou au bord d'une piscine. Avec les repas traditionnels
agrémentés de musique avec Jazz band ou DJ ».
L'autre formule plus romantique est celle « d'un
dîner aux chandelles ». Toutes les formules sont
possibles et la fête permet aussi la promotion des différents
loisirs que proposent les hôtels. « Offre spéciale.
Un jour de gaieté », « Un week-end de
Cham Al-Nessim ». Et la festivité entre de plain
pied dans les activités commerciales.
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Un art de vivre pour tous
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Et c'est
aussi la prospérité pour les magasins de souvenirs, naguère
peu nombreux, se limitant soit aux quartiers huppés soit
à ceux historiques. Aujourd'hui, ils sont partout, de
Zamalek à Imbaba, en passant par le centre-ville. « Autrefois,
la clientèle était étrangère en grande majorité. Aujourd'hui,
ce sont toutes les catégories qui tiennent à célébrer,
même si elles ne disposent pas du revenu ou du niveau
de vie qui convient. Célébrer est devenu une partie de
leur mode de vie », indique Moustapha, propriétaire
d'un magasin à Zamalek. Ainsi, célébrer fait partie de
tout un réseau complexe. Les fêtes sont commercialisées
au vrai sens du terme. Il faut penser à tout : le
lieu, le marketing, la décoration et les invitations.
« Tout ce qui peut convenir à ce grand public
divers qui fait la fête. Je dois tenir compte de tous
les goûts », dit Ghada Khalifa, qui fait partie
des relations publiques d'une société.
Ce
qui fait dire à Gamil qu'il est nécessaire que l'on se
renouvelle et suivre à travers télévision et Net les derniers
cris en la matière en Occident. Cela ne s'arrête pas aux
fêtes dans le sens traditionnel, mais à toute célébration.
Tout est monté, tout est mis en scène, même la charité
et les œuvres de bienfaisance. On le voit par exemple
à la construction de l'hôpital pour les enfants cancéreux
où toutes les ressources de l'art de la promotion et de
mondanité étaient mises en œuvre.
Le dossier
égyptien pour le Mondial 2010 fait aussi partie de tout
ce système de fêtes médiatisées et commercialisées mis
en place dans le pays. Ainsi, pour la Fête de Noël au
Stade du Caire, l'année dernière, des personnalités sportives
sont venues plaider leur cause. « La journée de
l'orphelin », par exemple, est marquée par une
célébration à Dreampark en présence de personnalités
du monde du spectacle.
Reste à savoir
si les fêtes n'étaient pas ainsi de tout temps ?
Rares ont été les occasions de célébrer qui ne comportent
pas leur volet de foire. Les mouleds (anniversaires de
saints) sont l'occasion aussi de toutes sortes de ventes
et d'achats. Cela fait partie, selon des sociologues,
d'une sorte de convention. Vivre ensemble, c'est échanger.
Mais la nouveauté est dans une commercialisation extrême.
La fête devient un alibi et n'est plus célébrée en tant
que telle. C'est 'effet conjugué de la médiatisation et
d'une idéologie de consommation devenue très forte. Quoiqu'il
en soit, elle reste une occasion de rompre la monotonie
du quotidien, même si c'est du business. |
| Doaa
Khalifa
Ahmed Loutfi |
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