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Economie
. Le budget et le plan de l’Etat pour 2004-2005, débattus
cette semaine au Conseil consultatif, visent une forte
croissance, la relance économique et une baisse considérable
du taux de chômage. Des objectifs trop optimistes, selon
la plupart des experts et acteurs économiques.
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Les
illusions de la croissance |
| De
longues files devant les boulangeries et devant les coopératives
de consommation que l'on croyait oubliées depuis des années.
Mais d'autres queues se forment devant les musées et les
sites touristiques. Images contradictoires d'une économie
qui ne cesse d'intriguer. Les premières sont le résultat
de cinq ans de récession et les deuxièmes le symbole d'une
relance annoncée. C'est dans des conditions plutôt favorables
que le gouvernement présente le budget cette semaine au
Conseil consultatif, avant de le présenter à l'Assemblée
du peuple la semaine prochaine. Se basant sur des recettes
records en devises, le gouvernement a développé un plan
optimiste où le taux de croissance serait de 5 %
provenant notamment du secteur pétrolier et de la construction,
ainsi qu'un budget préconisant une hausse considérable
des dépenses publiques.
Plusieurs
éléments semblent aller dans ce sens. Après plus d’une
année de turbulences et de dépréciation continue de la
livre égyptienne face au dollar, la monnaie locale a gagné
du terrain face au billet vert. Son prix au marché noir
semble converger avec son prix dans les banques et bureaux
de change. 2003 a vu aussi le compte courant en dollars
enregistrer un surplus pour la première fois depuis quatre
ans. Le premier ministre, Atef Ebeid, a même annoncé jeudi
dernier une augmentation des revenus de l’Egypte en devises
étrangères de 4 milliards de dollars pour atteindre les
24 milliards de dollars en 2004/5. Les raisons de ses
prédictions optimistes sont liées à la hausse du prix
du brut dont l’Egypte est un exportateur net, la hausse
des revenus du tourisme et la hausse des exportations
agricoles égyptiennes vers l’Europe après la dévaluation
de la livre. L’Egypte a vu le nombre de touristes augmenter
de 5 à 6 millions suite à la dévaluation de la livre,
mais aussi en raison des incidents malheureux qu’ont vécus
Istanbul et Casablanca. En 2003, l’Egypte a aussi commencé
à exporter son gaz naturel vers la Jordanie, une tendance
qui devrait s’accentuer avec l’exportation de gaz vers
l’Europe en 2005. Adrien Pharès, directeur général de
la Banque Crédit Agricole en Egypte et co-président
du Club d’Affaires Franco-Egyptien (CAFE), estime qu'il
s'agit en effet de signes positifs : c’est à cause
de cela que le dollar a baissé. En plus, « le
secteur financier est beaucoup plus sain aujourd’hui qu’il
y a un ou deux ans. Je parle des problèmes de mauvaises
créances. La recapitalisation (augmentation par l'Etat
des capitaux des banques publiques) va dans le bon
sens et la nouvelle loi sur les banques qui préconise
un capital minimum inciterait les banques à se regrouper,
à devenir plus efficaces et moins fragiles. Cela aidera
à améliorer leur rating (évaluation internationale)
et le rating de l’Egypte » (ndlr :
par les institutions de rating internationales
comme Standard and Poor’s, Moody’s ou Fitch
qui sont considérées comme des références dans le monde
des affaires).
Parallèlement,
le Baromètre des affaires, publié par le
Centre égyptien des études économiques, indique que les
chiffres du deuxième semestre 2003 qu'il a recueillis
auprès de 210 entreprises, révèlent en effet qu'en ce
qui concerne le secteur de l'industrie, de la construction
et du tourisme, un nombre croissant d'entre elles assure,
pour la première fois depuis deux années, une amélioration
de leur activité.
Maha
Baligh de la banque d’investissement EFG-Hermes,
partage cet optimisme. Et ajoute : « L’évaluation
de l’Egypte en tant que destination pour l’investissement
pourrait changer de neutre à positif. En 1998, suite à
l’attentat de Louqsor de novembre 1997, à la baisse des
prix du pétrole et au ralentissement de l’économie mondiale
après la crise des économies d’Asie de l’Est, l’économie
égyptienne qui était sur le point de redémarrer avait
subi un immense choc. Aujourd’hui, ces conditions se sont
inversées et l’économie égyptienne devrait repartir, sans
nier qu’il existe encore des réformes importantes à faire ».
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La
débâcle à la fin des années 1990
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En
1997, et suite à un programme de réforme travaillé avec
le Fonds Monétaire International (FMI), on surnommait
l’Egypte déjà Tigre sur le Nil à l’image des tigres
asiatiques. Deux ans plus tard, elle a commencé à sombrer
dans un cercle vicieux de récession, d’instabilité monétaire
et d’aggravation de la pauvreté. Une situation qui subsiste
jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement justifiait les contre-performances
de l’économie par les chocs extérieurs et a ajouté à la
liste des incidents de la fin des années 1990 déjà évoqués,
l’influence négative du 11 septembre et de la guerre en
Iraq.
Quelque
soient les raisons, la plupart des économistes et des
acteurs économiques insistent que des problèmes de fond
ont été derrière le non décollage de l’économie égyptienne.
Et donc, même avec tous les indicateurs au vert, la relance
n'est pas encore à portée de main.
Ahmad
Al-Naggar, économiste et rédacteur en chef du Rapport
Tendances économiques stratégiques, publié par le
Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques d'Al-Ahram
(CEPS) et regroupant un panel de spécialistes venus d'horizons
divers, souligne que « les conditions sont favorables
à une relance, certes. Mais je doute qu'il y en aura
une tant que le faible taux d’épargne, l’augmentation
des inégalités, la corruption, l’absence de démocratie,
et la manipulation des chiffres dureront ». Il
faudrait, selon lui, des réformes fondamentales. Leïla
Al-Khawaga, professeur d'économie et membre du Conseil
consultatif, pour sa part, souligne le fait que l'amélioration
qui a eu lieu en 2003 ne concerne que les indicateurs
financiers. « Cependant, aucun secteur productif,
agricole ou industriel, n'a connu une croissance réelle ».
Et d’ajouter : « Le plan pour 2004/5, entre
mes mains, gonfle les investissements, dépendant d'une
croissance élevée du secteur du bâtiment, ce qui n’est
pas logique avec la hausse des prix des matières premières
de construction. En toile de fond, j’ai déjà des indices
témoignant de l’arrêt de plusieurs projets entamés par
les grandes entreprises ». Il est à noter que
ce secteur est lié à 92 autres industries. Et donc quand
il est en panne, toute l’économie souffre.
Le
plus grand défi pour que l’économie égyptienne connaisse
une relance d’une manière durable est donc de rendre son
économie réelle — industrie et agriculture — plus
compétitive. Tous les indicateurs aujourd’hui prouvent
qu’une relance industrielle n’est pas à l’ordre du jour.
En 2003 et malgré une dévaluation de près de 40 %,
les exportations égyptiennes industrielles (hors pétrole,
matières premières et produits agricoles) ont stagné et
restent très modestes. Les exportations de la Tunisie
en 2003 dépassent les exportations égyptiennes, alors
que la population égyptienne est 7 fois plus importante.
Les exportations turques sont 10 fois plus supérieures
à celles de l’Egypte.
Or,
pour achever une avancée dans ce secteur, deux indicateurs-clés
sont à observer : le taux d’épargne et le taux d’investissement
par rapport au PIB. Pour donner une référence au lecteur
non spécialisé, le premier est en Egypte de l’ordre de
15,4 %, contre 23 % pour la moyenne mondiale
et 30 % en Asie de l’Est. Le second est de 15 %,
alors que la moyenne des pays à revenus moyens, selon
la Banque mondiale, dont l’Egypte fait partie, est de
26 % alors que ce chiffre approche les 30 %
dans les pays d’Asie de l’Est et 38 % en Chine. « C’est
une honte », insiste Ahmad Al-Naggar, « Avec
des taux d’épargne aussi modestes, il devient très difficile
de réaliser des taux d’investissement et de croissance
élevés, sans dépendre des dettes extérieures qui peuvent
entraîner des crises d’endettement ». Pour lui,
il est aussi difficile de combler cette carence à travers
les investissements étrangers directs vu l’absence de
facteurs incitatifs. Adrien Phares est d’accord ;
il indique que l’Egypte cée aux pays de sa catégorie
en ce qui concerne l’investissement par rapport au PIB,
arrive en dernière position ou avant-dernière de la classe.
« L'Egypte n'est pas très attrayante du point
de vue de l'investissement. Nous sommes venus car il y
avait une vraie opportunité d’acheter une banque. Les
investisseurs devraient venir pour des raisons structurelles
et pas pour juste saisir quelques opportunités ».
ajoute Pharès.
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Une
gestion qui laisse à désirer
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Un
autre problème majeur est une gestion économique qui laisse
à désirer, cela concerne tant les modalités de cette gestion
aussi bien que le fond de sa politique. « Nous
ne savons vraiment pas qui est à l’origine des décisions
économiques importantes et comment ou pourquoi elles sont
prises », ont insisté plusieurs sources économiques
à l’Hebdo. Beaucoup de décisions prises sont pour
le moins chaotiques, voire contradictoires. En effet,
de nombreuses dissensions existent entre l’influent comité
des politiques du Parti National Démocratique (PND) présidé
par Gamal Moubarak et le gouvernement censé être
celui du PND. Il est devenu complètement normal de voir
des membres de ce comité critiquer ouvertement le gouvernement.
Mais l’exemple le plus flagrant des problèmes de gestion
économique reste la gestion du dossier du taux de change.
La décision de libérer les taux de change des devises
étrangères au début de 2003 a été prise (annoncée par
le premier ministre mais décidée par le comité des politiques
du PND, selon des sources proches du gouvernement) alors
que la Banque Centrale, censée gérer les conséquences
de cette décision était complètement fragilisée, avec
un président controversé, attaqué par des membres du gouvernement
et du parti et sans conseil d’administration pour une
période de plus de 6 mois. Une période qui a vu non seulement
une politique opaque et une gestion bizarre de la politique
monétaire, mais surtout une confiance perdue en l’économie
égyptienne qui prendra des années avant d’être retrouvée
et qui devrait concerner les investisseurs potentiels
mais aussi les différentes classes de la société, y compris
les plus défavorisées.
Selon
Ahmad Al-Naggar, il faudrait à cet égard une redistribution
plus juste des revenus pour sortir de la récession. Les
Etats-Unis ont connu la plus grande période de croissance
continue quand Clinton a entamé des politiques qui allègent
les disparités de revenus. Or, en Egypte, les disparités
gagnent de plus en plus du terrain. En 1995, les détenteurs
de capitaux s'accaparaient 71,5 % de la richesse
nationale, contre les salariés qui possédaient seulement
28,5 %, alors qu'en 1989, leur part s'élevait à 48,5 %.
« La redistribution n’est pas un luxe, souligne
Al-Naggar. Une plus grande prospérité des salariés
veut dire une plus grande demande sur les biens et cela
insufflera plus d’argent dans l’économie et poussera par
la suite la production locale ».
Dans
ce contexte, il semble difficile pour les actuels gestionnaires
de l’économie égyptienne de s’attaquer aux maux complexes
qui l’entourent de toutes les directions. En plus des
problèmes fondamentaux liés à la production, il existe
d’autres liés surtout à la vie quotidienne des Egyptiens,
notamment le chômage estimé aux alentours de 25 %
de la population active par des sources indépendantes,
de la pauvreté (en dessous du seuil de deux dollars par
jour) accrue qui touche près de 45 % de la population
ou les disparités de revenus qui augmentent selon les
calculs de la Banque mondiale. Mais cela ne semble pas
être la priorité des décideurs économiques qui favorisent
d’autres politiques plus populaires chez les hommes d’affaires,
majoritaires au sein des cercles économiques du parti
et au sein des comités économiques au Parlement.
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Fouad
Mansour
Salma
Hussein
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Source :
Bulletin de la Banque Centrale, mars 2004.
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| Hausse
des recettes |
Cette
année, les revenus en dollars ont augmenté pour atteindre
plus de 20 milliards de dollars, créant un excédent dans
la balance des paiements de 546 millions de dollars, cachant
ainsi le déficit de la balance commerciale chronique.
Le gouvernement s'attend à la poursuite de cette tendance
l'année prochaine, pour réaliser des recettes de 24,5
milliards de dollars. |
*Source :
Le projet du plan de 2004/5, présenté au conseil consultatif. |
Le privé
n'investit pas suffisamment |
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Le secteur privé n'a cessé de décevoir
les ambitions du gouvernement. En fait, bien que le ministère
du plan ait dû revoir à la baisse à maintes reprises le
niveau d'investissement privé, ce dernier a toujours été
en deçà des prévisions. En fait, depuis le début des années
1990, le gouvernement estimait la participation privée
à 70 % de la totalité des investissements. Dans le
plan de 2004/5, elle est estimée à 48,2 % seulement.
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Source :
Bulletin mensuel du ministère du Commerce extérieur, mars
2004.
*à partir du projet du budget de 2004/5.
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L'Etat
est beaucoup
trop endetté |
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La dette intérieure ne cesse d'augmenter.
Et à une vitesse vertigineuse. Elle atteindra 447 milliards
de L.E. durant l'année fiscale 2004/5, soit 108,5 %
du produit intérieur brut. Une grande partie de cette
dette, 174 milliards, est due aux pensions de retraite,
et le gouvernement a du mal à la rembourser.
La dette intérieure coûte au budget 2004/5
quelque 42,2 milliards en intérêt et crédits. En plus
un endettement nouveau annuel de près de 38,4 milliards
pour combler le déficit budgétaire.
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L'incontournable
défi du chômage |
| Le taux de chômage a atteint
un chiffre record de 9,9 % de la population active
(20 millions) en 2002-2003 où l'Egypte a compté deux millions
de chômeurs selon les chiffres préliminaires de l'Organisme
public pour la mobilisation et les statistiques. Or, les
sources indépendantes estiment qu'il a atteint 25 %. |
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