« Dans
95 % des cas d'effondrement d'immeubles, le ministère de l'Habitat
se trouve incapable d'obtenir des renseignements sur l'immeuble
en question, à savoir : la date de sa construction, son
état, le nombre d'étages autorisés, etc. », critique
l'urbaniste Milad Hanna. Ce manque d'informations est à l'origine
d'un certain chaos dans le domaine de l'habitat puisque la
plupart des propriétaires profitent de la situation pour commettre
des contraventions. En fait, ce n'est qu'à la suite de l'effondrement
de l'immeuble de Madinet Nasr, en janvier dernier, que le
ministère de l'Habitat a commencé à se rendre compte de l'importance
d'une base de données regroupant tous les immeubles du Caire.
Pourtant, la question s'était déjà posée avec urgence à la
suite du tremblement de terre de 1992 lorsque plusieurs immeubles
se sont effondrés et que le ministère de l'Habitat n'a pu
trouver des informations sur ces derniers. « Il était
alors difficile de découvrir les contraventions commises par
les propriétaires. Cela posait un véritable problème en menant
les enquêtes qui nécessitent de collecter toutes les informations
sur le bâtiment effondré après l'accident. Ce retard permet,
dans la plupart des cas, aux personnes coupables de s'en tirer
sans problème », explique Salah Serag, du ministère
de l'Habitat. Selon les chiffres du ministère de l'Habitat,
197 bâtiments se sont effondrés entre 1998 et 2002.
Vu
ces problèmes, le ministère de l'Habitat, en coopération avec
les deux gouvernorats du Caire et de Guiza, a décidé d'établir
un recensement de tous les biens immobiliers de façon à ce
que chaque immeuble ait un dossier informatisé. « Ce
dossier renfermera toutes les informations concernant l'immeuble
à savoir la date de sa construction, les noms des ingénieurs
et des entrepreneurs responsables de la construction, les
contraventions commises par les propriétaires et les mesures
prises contre celles-ci. C'est comme si chaque immeuble allait
avoir une carte d'identité », explique Serag.
Selon
Hassan Ragab, du gouvernorat du Caire, parmi les problèmes
qui sont posés à la réalisation de ce projet, figure notamment
celui de l'absence de tout recensement du patrimoine immobilier
par les administrations des quartiers. « Voilà pourquoi
les gouvernorats du Caire et de Guiza ont demandé aux responsables
de quartiers de former des groupes d'ingénieurs qui seront
chargés de recenser personnellement les immeubles sur place.
De même, tous les propriétaires des immeubles seront appelés
à présenter tous les documents concernant leurs immeubles »,
explique Ragab en ajoutant que ce recensement englobe également
tous les établissements scolaires, commerciaux, les villas
et même les bâtiments dans les zones d'urbanisme sauvage.
Une fois ce recensement terminé, chaque immeuble aura un numéro
d'identification et le tout sera informatisé. « Dans
ce cas, il sera très facile de se renseigner sur chaque immeuble
en cas d'effondrement ou d'infraction à travers ce numéro.
En cas de démolition, ce numéro ne sera pas donné à un autre
immeuble », explique Ahmad Yassine, secrétaire adjoint
du gouverneur du Caire. Une démarche qui devrait contribuer
à diminuer les contraventions et à la limiter les effondrements.