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Loi d'urgence  . Instaurée en 1981 après l'assassinat du président Sadate, elle pourrait être supprimée. Le gouvernement envisage son remplacement par une autre loi destinée à lutter contre le terrorisme.

Rumeurs d'abrogation

La loi sur l'état d'urgence va-t-elle enfin être abrogée ? Le gouvernement envisage la question. « Nous sommes prêts à abroger la loi sur l'état d'urgence si le Parlement en promulgue une autre qui nous permette de lutter contre le terrorisme », a déclaré le ministre de l'Information et secrétaire général du PND (Parti National Démocrate au pouvoir), Safouat Al-Chérif, à l'issue de la conférence de la réforme arabe qui s'est tenue il y a deux semaines à la Bibliothèque d'Alexandrie. Ces propos du ministre sont confirmés par Mohamad Abou-Zeid, ancien chef de la majorité PND au Parlement. « Après la conférence d'Alexandrie, un groupe de travail a été chargé de préparer un rapport sur les étapes d'une éventuelle réforme politique avec la possibilité de modifier certaines lois dont celle sur l'état d'urgence ».

La loi sur l'état d'urgence a été instaurée en 1981 après l'assassinat de l'ancien président Anouar Al-Sadate. Elle donne au ministère de l'Intérieur le droit de procéder à des arrestations sans autorisation préalable des autorités judiciaires. Le ministère peut également maintenir des personnes en détention provisoire au-delà de la période maximale prévue par la loi, à savoir 45 jours et ceci sans jugement. Il peut aussi maintenir en détention des prisonniers qui ont purgé leurs peines. Plus grave encore, les personnes arrêtées et jugées en vertu de cette loi n'ont pas le droit de faire appel ou d'engager un pourvoi en cassation. La loi permet également de juger des civils devant une cour militaire. Enfin, elle donne des pouvoirs supplémentaires au président de la République qui peut intervenir et exiger un nouveau jugement.

La décision du gouvernement d'examiner une éventuelle abrogation de la loi sur l'état d'urgence suscite une série de questions. Cette décision traduit-elle une véritable volonté d'ouverture ? Et pourquoi maintenant ?

Pour Hafez Abou-Seada, directeur de l'Organisation égyptienne des droits de l'homme, « Ce qui est clair, c'est qu'il existe une pression externe pour annuler la loi sur l'état d'urgence. Cette pression n'est pas américaine seulement, mais européenne aussi. La loi sur l'état d'urgence donne une mauvaise image de notre pays surtout que ce genres de lois ne sont instaurées qu'en temps de guerre ou de catastrophes naturelles ».

« Les pressions exercées par les Etats-Unis après les événements du 11 septembre sur le monde arabe, dont l'Egypte, y sont certainement pour quelque chose. Washington a demandé à ces pays de prendre des mesures renforçant les libertés et la démocratie. La plupart des pays ont été amenés à traiter avec ces pressions », renchérit pour sa part Ahmad Seif, chercheur et auteur de deux ouvrages sur l'état d'urgence. C'est dans ce contexte que le gouvernement a annulé certains ordres militaires, qu'il a fondé un conseil national pour les droits de l'homme et qu'il a supprimé les peines d'emprisonnement contre les journalistes.


Une loi de substitution

Selon Ahmad Seif, il est inconcevable que l'Etat, qui a maintenu durant 23 ans l'état d'urgence, ait décidé subitement de l'annuler. « Quoi qu'il en soit, la suppression de cette loi ne sera pas facile. Il y a deux tendances au sein de l'Etat. L'une soutient l'annulation de la loi et l'autre s'y oppose », assure le chercheur. Il cite les récents propos du ministre de l'Intérieur, Habib Al-Adeli, affirmant que « la loi sur l'état d'urgence doit continuer pour lutter contre le terrorisme, le trafic et le commerce de drogue ».

L'hypothèse la plus probable est que la loi sur l'état d'urgence sera remplacée par une autre sur le terrorisme. « Il est probable que cette nouvelle loi qui servira d'alternative soit proche de celle sur l'état d'urgence. A mon avis, il y aura très peu de différence », affirme Ahmad Seif. D'ailleurs, le gouvernement a promulgué en 1992 une loi pour lutter contre le terrorisme (la loi 97/92) tout en maintenant l'état d'urgence.

La loi sur l'état d'urgence est depuis 23 ans au centre d'une vive polémique. Organismes des droits de l'homme et partis d'opposition réclament sans cesse son abolition. D'après un rapport du comité de défense de la démocratie, une ONG œuvrant dans le domaine des droits de l'homme, 16 000 militants islamistes ont été arrêtés en vertu de cette loi depuis son instauration en 1981. Toujours selon le comité, l'Etat s'est servi de cette loi pour arrêter les paysans qui s'opposaient à la loi sur les terrains agricoles promulguée il y a quelques années et prévoyant une libéralisation des loyers des terrains. Toujours en vertu de la loi, plusieurs centaines de personnes sont incarcérées depuis 1993 sans jugement et le nombre des civils jugés par des cours militaires s'élève à 1 117. Fouad Allam, ancien directeur des services de sûreté de l'Etat, insiste sur la nécessité de promulguer une loi à la place de celle sur l'état d'urgence . « C'est impératif pour maintenir l'ordre », estime-t-il. « Avec tout ce qui se passe actuellement dans la région, l'ingérence américaine dans le monde arabe, la guerre en Iraq et les attaques de l'armée israélienne contre les Palestiniens, on peut s'attendre à des réactions violentes de la population et dans de telles conditions il y a toujours des éléments pour semer le trouble », assure Allam. Selon lui, la loi d'urgence permettait au ministère de l'Intérieur de bouger rapidement sans prendre un ordre du juge ou d'une autre institution concernée et cela permet de ne pas perdre un temps précieux lorsqu'il s'agit de faire face à des terroristes ou des trafiquants de drogue.

Hafez Abou-Seada trouve que les raisons avancées par Allam sont naïves et que les émeutes ont lieu par exemple en Europe où il n'y a pas de loi d'urgence.

L'ancien vice-directeur de l'administration de la lutte contre la drogue et l'expert des Nations-Unies Mohamad Abbass, trouve, lui, que le problème de la drogue n'a pas besoin d'une loi d'urgence.

« On doit pratiquer une stratégie étudiée et logique pour combattre le commerce de la drogue et je crois que la même chose peut être pratiqué pour le terrorisme ».

May Atta

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