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| Emploi
. Le premier ministre Atef
Ebeid vient d'annoncer un plan visant à créer 170 000 emplois
par an. L'initiative est louable, mais risque de finir en queue
de poisson en l'absence d'une stratégie globale. |
Le chômage
qui tue |
Quatre
ans après avoir obtenu son diplôme de la faculté de commerce,
Ali, âgé de 28 ans, a décidé de mettre fin à ses jours. Sans
emploi ni ressources après la mort de son père, il n'a pas
supporté de ne pas pouvoir assumer la responsabilité de sa
famille de 6 frères et sœurs. Cette nouvelle, rapportée récemment
par les journaux, est révélatrice de l'état de malaise et
de désespoir dans lequel vivent de nombreux jeunes aujourd'hui.
Elle pose de manière flagrante le problème de l'emploi des
jeunes en Egypte.
Des milliers de jeunes diplômés comme Ali
ne parviennent pas à trouver un emploi à leur sortie de l'université.
La recherche d'un emploi peut parfois durer plusieurs années.
3 000 jeunes, des chômeurs pour la plupart, ont tenté
de mettre fin à leur vie en 2003, selon un rapport du ministère
de l'Intérieur.
Les chiffres sont révélateurs. 88 %
des chômeurs en Egypte sont des jeunes âgés de 15 à 40 ans.
Cette réalité est cependant absente des chiffres gouvernementaux,
qui revoient systématiquement à la baisse le nombre de jeunes
chômeurs. Le chiffre officiel avancé par l'Organisme central
des statistiques est de 1,48 millions de chômeurs
âgés de 18 à 35 ans. Toutefois selon un rapport datant de
2004 publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d'Al-Ahram, ce chiffre serait bien plus élevé.
Le CEPS se fonde en effet sur l'annonce par le gouvernement
en 2001 de la création de 800 000 emplois. Afin d'obtenir
ces emplois, il fallait être âgé de 20 à 35 ans et ne pas
avoir d'autre emploi gouvernemental. 4,4 millions de chômeurs
se sont présentés lors des recrutements et 3,436 millions
de personnes réunissaient les critères de sélection. C'est
ce dernier chiffre qu'il faut retenir pour avoir une estimation
réaliste de l'ampleur du phénomène.
Depuis 1984, le gouvernement a stoppé le
recrutement des jeunes diplômés dans la fonction publique,
à cause de la pléthore dont souffrent les administrations
étatiques qui emploient 5,5 millions de personnes. Cependant,
aujourd'hui, face à la recrudescence du chômage des jeunes,
le gouvernement se doit de réagir.
C'est dans ce contexte que le premier ministre
Atef Ebeid a annoncé cette semaine la mise en place d'un plan
visant à créer 170 000 emplois chaque année. Simple mesure
d'apaisement pour calmer la population ?
Depuis 2001, les plans gouvernementaux pour
résoudre le problème du chômage se succèdent sans réel efficacité.
Une bonne partie des emplois annoncés se révèlent être des
stages, très peu rémunérés. Toujours en quête de solution,
le Fonds social pour le développement a été chargé d'accorder
des crédits aux jeunes pour mettre en place de petits projets.
Le gouvernement a décidé d'augmenter le budget annuel destiné
à ces projets à 20 millions de L.E., ce qui devrait permettre
de prêter des sommes plus importantes et d'augmenter le nombre
de bénéficiaires. Grâce à ce système, plusieurs jeunes peuvent
mettre en place ensemble un projet avec un budget plus conséquent.
Autre nouveauté, le Fonds social, ainsi que des établissements
financiers, vont assister les jeunes dans leur projet, ce
qui permettra d'éviter les échecs.
Pour Achraf Bayoumi, président du comité
des jeunes au sein du Parti nassérien, « tous ces
plans sont irréalistes et ne résolvent pas les problèmes.
C'est de la poudre aux yeux pour calmer le peuple, fatigué
par la situation économique. Il n'y a pas de vraie politique
gouvernementale qui lutte contre les problèmes des jeunes,
et en particulier celui du chômage ». Puis
d'opérer un constat : « dans tous les foyers égyptiens,
on trouve au moins 1 ou 2 chômeurs. II faut absolument coordonner
les actions des différents ministères qui s'occupent des jeunes.
Il faut aussi que les gens au pouvoir soient issus de la population
afin qu'ils connaissent les problèmes que vit celle ci au
quotidien ».
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Problème profond
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Le chômage des jeunes entraîne toute une
série de conséquences sur le plan social. Mariage tardif,
délinquance, extrémisme, etc. Ainsi la grande majorité des
délinquants sont des jeunes sans emplois selon le dernier
rapport stratégique du CEPS.
Mahmoud Ibrahim, vice-président de la commission
des jeunes à l'Assemblée du peuple, a un avis mesuré sur la
question. « Le chômage est l'un des grands problèmes
qu'affronte la société », estime-t-il. Le problème
est apparu lors de la transition entre le système socialiste
des années 1950 et 60 et le système actuel qui a commencé
dans les années 1970 avec l'ouverture économique dans lequel
le secteur privé tient une place importante. « Le
secteur privé doit dorénavant assumer son rôle et employer
des jeunes car le gouvernement n'a plus les moyens de le faire.
75 % de nos investissements sont dans le secteur privé.
Le gouvernement doit donner aux entreprises les moyens d'employer »,
estime Mahmoud Ibrahim. Cependant, le problème est pour lui
plus profond encore. « Je pense qu'il faudrait changer
la mentalité des gens. Depuis longtemps on s'est habitué à
ce que le gouvernement nomme les jeunes. Personne ne cherche
d'autre solution pour leur emploi. Les parents doivent aider
les jeunes dans leur recherche d'emploi ou dans la recherche
de nouveaux centres d'intérêt. Il ne faut plus tout attendre
de l'Etat ».
Le véritable problème paraît cependant être
l'absence totale d'une politique à destination des jeunes
en Egypte. Bien qu'il existe un ministère chargé de la jeunesse,
le rôle de celui-ci semble se limiter aux loisirs. « Notre
institution s'intéresse aux loisirs des jeunes »,
explique Mohamad Abdel-Aal, vice-ministre du secteur des jeunes
au ministère de la Jeunesse. « Nous nous occupons
également de promouvoir la culture et l'éducation. Quant aux
problèmes auxquels sont confrontés les jeunes comme le chômage,
nous proposons des stages afin de faciliter l'entrée des jeunes
sur le marché du travail. Par exemple, des cours d'informatique
ou d'arabe sont dispensés dans les 4 000 centres de jeunesse
des gouvernorats et même au sein du ministère. Des rencontres
sont également organisées entre jeunes diplômés et hommes
d'affaires. Ces derniers encouragent les jeunes étudiants
en leur faisant partager leurs expériences », ajoute
le responsable en affirmant que d'autres initiatives sont
mises en places afin d'aider les jeunes qui ont créé de petits
projets. « Nous organisons périodiquement une grande
foire dans laquelle ces jeunes créateurs peuvent vendre leur
production ». Mais ces initiatives suffisent-elles
à résoudre le problème ? Achraf Bayoumi critique le « manque
de cohésion entre les instances concernées. De plus, le ministère
de la Jeunesse ne fait rien pour la jeunesse, il ne résout
aucun problème ».
Esmat Allam, responsable du comité d'éducation
au parti de droite libérale néo-Wafd, critique le manque
de clarté de la politique et de l'économie du pays. « Il
n'y a aucune transparence dans notre économie. Il est très
dur de connaître les dimensions exactes des problèmes. Notre
système éducatif n'est pas adapté au marché du travail et
souffre également d'un manque de clarté », ajoute-t-il.
« Les jeunes ne connaissent souvent pas les qualifications
requises pour telle ou telle profession. En ce qui concerne
le chômage, le secteur privé peut certainement absorber la
plupart des jeunes au chômage. Nous demandons à l'Assemblée
du peuple de modifier la loi sur l'investissement dans ce
but ». Et à Ahmad Al-Sayed Al-Naggar, économiste
au CEPS, de conclure : « Le chômage des jeunes
ne sera pas résolu tant qu'il n'y aura pas de données claires
et la mise en place d'une politique réelle ».
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| Edward
Bally
Sabah Sabet |
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