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Star Academy... Le sommet arabe... Et les élections !

Par Mohamed Salmawy

Il est vrai que le sommet arabe qui était porteur de beaucoup d’espoirs pour le peuple égyptien n’a pas eu lieu, mais Mohamad Attiya a remporté le concours de Star Academy. Dieu est vraiment clément et miséricordieux! Quand un peuple subit une épreuve, il trouve la compensation par une victoire sur un autre front, non moins important que celui où il y a eu échec !! Les nouvelles de cette victoire écrasante qu’a remporté Mohamad Attiya sur son concurrent koweïtien Bachar Al-Chatty ont rempli les pages des journaux ces derniers jours. Une victoire qui semble ne pas avoir de semblable depuis celle de nos forces armées en 1973 sur Israël.

Je reconnais ne pas avoir suivi le programme diffusé par la chaîne libanaise LBC « Star Academy ». Mais je suis bien informé de la nature de ces programmes qu’on appelle "télé réalité". D’ailleurs, c’est une tendance en vogue actuellement sur un nombre non négligeable de chaînes de télévision occidentales, et qui suscitent la même polémique que dans nos sociétés arabes.

J’étais en voyage à l’étranger, et à mon retour, le compte à rebours avait effectivement commencé entre les concurrents. Les journaux arabes ont mis en gros titre « aujourd’hui, le grand vote pour la finale de Star Academy ».

N'ayant pas vu ce programme que tout le monde arabe, semble-t-il, suivait, du moins ceux qui n'ont pu être dissipés par les nouvelles du regretté sommet à Tunis, je n'ai pas pu comprendre les informations de la presse sur cette finale attendue par tous. Mais avec la couverture détaillée de cette compétition, qui m'a suivi un peu partout, j’ai réussi à être pleinement informé comme le reste de la nation arabe.

Cependant, je suis allé plus loin, j'ai encore loupé la finale, parce que je suis resté prisonnier des secrets qui ont commencé à se dévoiler sur l’ajournement du sommet arabe de Tunis, selon l'ordre souverain de la Maison Blanche. Je ne veux pas dire bien entendu le siège de la présidence américaine mais plutôt la présidence tunisienne. Surtout que toutes les maisons tunisiennes sont de couleur blanche. Parce que je n'avais pas suivi les finales de Star Academy, je n’ai pas su que ce qui a réellement mécontenté la Tunisie la poussant à reporter le sommet sine die, c'est que la concurrente tunisienne Bahaa Al-Kafi n'est pas arrivée en finale.

Juste quelques jour après, les journaux nous ont révélé le vainqueur. Quant à moi, je sombrai de nouveau dans ma négligence, plutôt préoccupé par le sommet. Et le résultat a été bien sûr la victoire écrasante du jeune artiste Mohamad Attiya. Il nous a ainsi fait revivre la glorieuse victoire d'Octobre il y a 30 ans ! Les journaux ont d'ailleurs rapporté qu'au moment où Mohamad Attiya a appris sa victoire, il s'est mis à genou sur scène en brandissant le drapeau égyptien !!

Le journal Al-Hayat paraissant à Londres a écrit : « La rue égyptienne s'enflamme de joie et de gaieté et les parents de la star naissante reçoivent les félicitations ». Le quotidien Al-Charq Al-Awsat, non moins important qu'Al-Hayat, a écrit : « Les peuples arabes choisissent Mohamad Attiya malgré les rumeurs et les complots ». L'hebdomadaire égyptien Sawt Al-Oumma, qui a publié un article détaillé sur le secrétaire général de la Ligue Arabe Amr Moussa, en a publié un autre, tout aussi détaillé, avec pour titre « Mohamad Attiya Star Academy des Arabes ».
Le lendemain, le journal Al-Hayat a rapporté que la joie ne s'était pas limitée à Tanta, la ville natale d'Attiya, mais « s'est étendue à toutes les maisons d'Egypte, les clubs et les cafés ».

Quant à nos quotidiens, ils ont maintenu leurs traditions en ne publiant aucune information sur les manifestations à l'exception des communiqués du ministère de L'Intérieur. Ceci même s'il s'agit de manifestations de joie dans les rues de Tanta et non pas des manifestations de colère dans les rues du Caire. L'expérience nous a appris que de telles manifestations engendrent un contre-effet qui déplaît au gouvernement.

Il est vrai que je n'ai vu aucun épisode de Star Academy, mais en voyant les photos de Mohamad Attiya dans les journaux, je me suis rappelé que j'avais vu ce jeune homme durant la projection privée, chez Youssef Chahine, d'un film intitulé Le Caire-New York . Il est sans doute talentueux et son succès dans les épisodes de ce programme a contribué à sa naissance en tant que star, car ce film n'a pas encore été projeté dans les salles.

Mais ce qui a retenu mon attention, c'est cet intérêt quasi-hystérique pour la finale de Star Academy qui était exagéré au point d'imaginer que la victoire de Mohamad Attiya avait complètement effacé la dépression résultant de l'ajournement sine die du sommet de Tunis.

J'ai demandé à certains jeunes passionnés par le programme la raison de cet intérêt fiévreux. Ils répondirent qu'ils voulaient s'assurer de la réussite de leur candidat préféré. Je leur rétorquai que ceci était l'idée derrière les élections à tous les niveaux et je leur demandai s'ils allaient participer avec le même enthousiasme aux prochaines élections du conseil consultatif. Ils répondirent que non, bien sûr, parce que la participation à n'importe quel scrutin a pour but d'influencer le résultat final. Mais si les résultats sont connus au préalable, l'électeur n'est pas du tout motivé pour faire partie du jeu.

Certains jeunes m'ont expliqué que la procédure de vote à Star Academy se faisait avec une transparence sans précédent. C'est ainsi que le vote de Star Academy est devenu la chose sérieuse, et nos élections la vraie rigolade. Par la force des choses, ces jeunes suivant l'émission sont devenus des gens authentiquement sérieux et nous qui suivons les nouvelles du sommet arabe sommes devenus des farceurs. Ce qui est arrivé dans Star Academy est un symbole de toutes nos élections sérieuses qui se déroulent malheureusement loin des cercles officiels et politiques comme ceux des clubs ou des syndicats.

Par exemple, l'Automobile Club a tenu des élections enflammées qui sont devenues l'ultime préoccupation de certains cercles sociaux, comme si elles étaient les finales de Star Academy. Un de mes amis, qui a échoué lors les dernières législatives, m'a déclaré que malgré le soutien des habitants de sa circonscription, il avait échoué et que si le taux de participation aux élections à l'Assemblée du peuple avait été celui des élections à l'Automobile Club, il aurait pu réussir. L'homme me dit avec tristesse : « Notre problème n'est pas de convaincre l'électeur de nous élire mais de l'utilité du vote en tant que tel. La conviction ou non de l'électeur ne dépend pas de moi mais de beaucoup d'autres choses dont la confiance de l'électeur dans l'intégrité des élections et du système électoral en vigueur. Que faire alors? »

Je ne sus que lui dire. Je lui ai alors proposé de participer à Star Academy et d'essayer de convaincre les vétérans du processus électoral, géré à la manière du Parti socialiste et qui avait suscité le mécontentement de Nasser lui-même, de se joindre eux aussi à Star Academy. Ils auront beaucoup à apprendre.

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