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Rwanda . Le pays célèbre ce mercredi le 10e anniversaire du génocide de 1994. Un drame qui a permis au régime d'exclure l'opposition.
Une opposition en lambeaux
Au moins sept chefs d'Etat et de gouvernement devraient assister ce mercredi aux cérémonies du 10e anniversaire du génocide de 1994 au Rwanda. Sont notamment attendus dans la capitale Kigali le président sud-africain Thabo Mbeki, le premier ministre belge Guy Verhofstadt, les présidents Yoweri Museveni (Ouganda), Idriss Deby (Tchad), Omar Al-Béchir (Soudan), Mbai Kibaki (Kenya), le vice-président burundais Alphonse Kadege et le premier ministre tanzanien Frederick Sumaye.

Alors que, dix ans après, la population reste traumatisée par le génocide, qui avait fait quelque 800 000 victimes, ce drame a permis au pouvoir de museler l'opposition politique au régime du président Paul Kagame. Cantonnée à l'étranger et divisée, l'opposition rwandaise ne semble pas représenter une menace pour les autorités. Les seuls partis politiques tolérés au Rwanda sont ceux qui sont prêts à coopérer avec le pouvoir et toute l'opposition est aujourd'hui en exil, comme le relève l'organisation non gouvernementale International Crisis Group (ICG).

Lors de l'élection présidentielle d’août 2003, tous les partis agréés ont fait campagne publiquement pour le président sortant Kagame. Le Mouvement Démocratique Républicain (MDR, parti à dominante hutue), qui aurait pu constituer un adversaire sérieux pour le Front Patriotique Rwandais (FPR, tutsi) de Paul Kagame, a été interdit peu avant les élections pour cause de « divisionnisme ethnique ». Selon plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, l'accusation de « divisionnisme » est promptement utilisée par le pouvoir rwandais pour empêcher toute opposition dans le pays. Dans cette situation, l'opposition a été « contrainte à l'exil », souligne un rapport d'ICG. On dénombre actuellement près d'une dizaine de partis rwandais d'opposition, qui ont leur siège dans des pays occidentaux. Ils ont commencé à voir le jour après la chute du régime hutu, en juillet 1994, par la rébellion tutsie de Paul Kagame. Ils sont composés de Hutus et de rescapés tutsis du génocide, qui « considèrent que la réponse du gouvernement à leur peine a été insuffisante et lui reprochent de les exclure du pouvoir dominé par les anglophones », selon ICG.

Aucune de ces formations n'est en mesure aujourd'hui de faire pression sur le régime rwandais, notamment en raison de leur manque de cohésion et de légitimité, d'autant que certains membres de ces partis sont soupçonnés de participation au génocide de 1994.

Toutefois, deux de ces formations, deux mouvements hutus, ont constitué dans un premier temps une menace pour Kigali en organisant des opérations armées depuis l'est de l'ex-Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo, RDC), voisin du Rwanda, où étaient réfugiés des centaines de milliers de Hutus. Le Rassemblement pour le retour des réfugiés et de la démocratie au Rwanda (RDR), né en 1995 dans les camps de Hutus en RDC et soutenu par les anciennes Forces Armées Rwandaises (ex-FAR), impliquées dans le génocide, était partisan d'un retour des réfugiés par la force. Le démantèlement des camps fin 1996 a toutefois fait capoter son projet.

Une autre formation revancharde, le mouvement politico-militaire des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), dont plusieurs membres sont accusés d'avoir participé au génocide, est née en 2000 en RDC et a tenté à plusieurs reprises d'envahir le Rwanda, en vain. Elle semble aujourd'hui en perte de vitesse. Son chef militaire, le général Paul Rwarakabije, s'est rendu aux autorités rwandaises à la fin de l'année dernière.

Parallèlement, l'opposition a tenté de s'organiser, sans succès. En 2002 est créée en Allemagne une plate-forme regroupant les FDLR, le mouvement monarchiste Nation Imbaga et l'Alliance pour la renaissance de la nation (Arena). Mais cette plate-forme, appelée Alliance pour la Démocratie et la Réconciliation Nationale (ADRN-Igihango), n'a pas réussi car elle est considérée comme « contre nature ». Elle rassemble en effet à la fois les FLDR, qui ont l'étiquette génocidaire collée sur eux, et des Tutsis. Elle a même provoqué l'éclatement de l'Arena, dont certains membres, parmi lesquels des transfuges du FPR, ont fondé le Congrès du peuple Amahoro, également en exil. D'autres dissidents de la plate-forme ont créé en mars à Bruxelles le Pacte Démocratique National (PDN-Igihango) pour se démarquer des FDLR.

La victoire de Paul Kagame dans les élections présidentielles en août dernier a porté un dernier coup à l'opposition, aujourd'hui en pleine traversée du désert.

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