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Côte-d'Ivoire . Les forces de l'Onu commencent leur déploiement alors que l'armée française est sollicitée en renfort pour des « patrouilles mixtes » à Abidjan. Mais la vie politique reste au point mort.
Priorité à la sécurité

Les premiers Casques bleus de l'Onu ont commencé leur déploiement dimanche en Côte-d'Ivoire dans un contexte délétère après des violences meurtrières déclenchées le 25 mars à Abidjan par des affrontements entre forces de l'ordre et militants de l'opposition. Dans un premier temps, il s'agira pour les quelque 1 300 hommes de la mission de la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) de troquer leurs bérets nationaux pour coiffer celui, bleu, de l'Onu. L'effectif total de l'Opération des Nations-Unies en Côte-d'Ivoire (ONUCI), 6 240 hommes, doit être atteint par étapes au cours des prochains mois. Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a nommé un Sénégalais, le général de division Abdoulaye Fall, commandant de cette force à laquelle contribueront dix pays. Selon le mandat qui lui a été fixé, l'Onuci, en coordination avec les forces françaises, doit notamment veiller au respect de l'accord de cessez-le-feu établi en mai 2003 et enquêter sur les éventuelles violations du cessez-le-feu. Les 4 000 soldats français déployés en Côte-d'Ivoire avec l'aval de l'Onu dans le cadre de l'opération Licorne ne seront pas intégrés à l'Onuci.

Ce déploiement intervient alors que le pouvoir du président Laurent Gbagbo a demandé l'aide des troupes françaises et africaines déployées sur place pour assurer la sécurité à Abidjan.

Les responsables militaires français avaient expliqué leur « inaction » les 25 et 26 mars, par le fait qu'ils n'avaient pas été sollicités. Une justification aussitôt saisie par Abidjan qui a officiellement fait la demande à la France pour « effectuer des patrouilles mixtes avec les forces ivoiriennes » dans la capitale. Selon le ministre de la Sécurité intérieure, Martin Bléou, l'opération serait une contribution à la sécurité pour que les « exactions » commises par des « forces parallèles en uniforme » dans Abidjan, ne se répètent pas. Cette initiative gouvernementale vise aussi à disculper l'armée ivoirienne accusée par l'opposition de participer aux actions de terreur dans la ville. Mais les militaires français ne sont pas très chauds pour se retrouver aux premières loges. De son côté, l'état-major de l'opération Licorne se montrait prudent : « Il y a un cadre international à respecter. Ensuite, il va falloir définir des modalités précises et cela va prendre du temps », selon un militaire.

Le 25 mars, la manifestation organisée par l'opposition a été durement réprimée par les forces de l'ordre ivoiriennes et des milices de jeunes « patriotes » pro-Gbagbo, accusées par certains de s'être livrées à des brutalités, voire d'avoir tiré sur des partisans non armés de l'opposition. Dans les jours qui ont suivi, des civils ont été victimes de chasses à l'homme dans les quartiers d'opposition de la part de miliciens et de militaires. Selon la police ivoirienne, 37 personnes ont été tuées lors des troubles, tandis que l'opposition parle de plus de 300 morts.


Renouer le dialogue

A la suite de ces affrontements, les Nations-Unies ont annoncé vendredi dernier l'envoi « le plus rapidement possible » d'une équipe de spécialistes pour tenter de dresser un bilan. Il s'agit de faire toute la lumière sur « les allégations d'atteintes graves aux droits de l'homme pendant et après la manifestation du 25 mars à Abidjan ».

Le porte-parole du Haut commissariat de l'Onu pour les droits de l'homme, José Diaz, a précisé vendredi que les accusations de violations des droits de l'homme concernaient notamment « des exécutions sommaires et extrajudiciaires, des viols et violences sexuelles, des arrestations et interpellations arbitraires ».

Sur le plan politique, au point mort depuis le 25 mars, le premier ministre, Seydou Diarra, a entrepris une tournée pour tenter de renouer le dialogue entre acteurs politiques ivoiriens. Après une brève visite chez John Kufuor, président du Ghana et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest, il envisage de rencontrer tous les leaders de l'opposition, pour essayer de les convaincre d'un retour au sein du gouvernement de réconciliation nationale. A Paris en visite privée, il a rencontré vendredi le nouveau ministre délégué à la Coopération, du Développement et de la Francophonie, Xavier Darcos. Le lendemain, il a eu également un entretien avec Michel Barnier, le tout nouveau ministre des Affaires étrangères français.

Le représentant spécial du secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) à Abidjan, Lansana Kouyaté, a indiqué avoir entrepris de son côté une médiation pour renouer le dialogue entre le président Gbagbo et son opposition.

Mais les partis d'opposition et les ex-rebelles des Forces nouvelles ont jusqu'à présent refusé toute rencontre avec M. Gbagbo, « seul responsable » des « massacres » du 25 mars selon eux et « disqualifié » pour discuter avec eux. Il y a une semaine, les principaux responsables des partis signataires des accords de paix de Marcoussis, le PDCI (ancien parti unique), le RDR (principal parti d'opposition) et l'UDPCI (parti fondé par le défunt général Robert Gueï) étaient tous présents à une rencontre pour décider des « actions à venir » après la violente répression de leurs militants. Avec les ex-rebelles, ils ont exigé « avant toute reprise du dialogue » que leur soit reconnu le droit de manifester, inscrit selon eux dans la Constitution. L'assistance aux familles des victimes, l'organisation d'une nouvelle marche « encadrée » cette fois-ci par la police et la sécurité de certains opposants, vivant actuellement dans une semi-clandestinité, constituent les préalables des opposants.

Chérif Albert
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