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Les Algériens se
rendent aux urnes, ce jeudi 8 avril, pour une élection présidentielle
marquée par l'affrontement des « frères ennemis »,
issus du Front de Libération Nationale (FLN, ex-parti unique),
le président sortant Abdelaziz Bouteflika et son ancien homme
de confiance, Ali Benflis, patron de cette formation. Quatre
autres candidats, dont une femme, participent à cette élection,
la troisième pluraliste en Algérie depuis l'indépendance en
1962.
Cette présidentielle
est un test pour la démocratie algérienne qui devra démontrer
à l'opinion publique sa capacité à assurer, sans tricherie,
une alternance du pouvoir, selon les experts. « Cette
élection devrait se dérouler dans la transparence et l'honnêteté »,
a assuré le président Abdelaziz Bouteflika qui brigue un second
quinquennat, en mettant sur pied une « Commission Politique
Nationale de Surveillance des Elections Présidentielles »
(CPNSEP) pour en « assurer la transparence ».
Favori des élections, M. Bouteflika a adressé une instruction
à l'administration lui demandant de garder sa « neutralité »
dans ce scrutin, appelé « tous les acteurs »
de cette élection, y compris les cinq autres candidats, à s'y
investir loyalement et fait appel à des observateurs internationaux.
Malgré la multiplication
de ces gages de bonne volonté, les adversaires de M. Bouteflika,
une partie de l'opinion algérienne, la presse privée et des
partis politiques, échaudés par les précédentes élections toutes
entachées de fraude selon eux, ont ouvertement exprimé leur
doute. Une dizaine de personnalités et des candidats ont notamment
créé « un front anti-fraude ». Ce groupe, comprenant
notamment deux candidats, a demandé le départ du gouvernement
de même que l'islamiste radical Abdallah Djaballah. Il a exprimé
des doutes sur l'impartialité de l'actuelle équipe gouvernementale
dirigée par Ahmed Ouyahia, secrétaire général du Rassemblement
National Démocratique (RND), qui soutient M. Bouteflika.
Ali Benflis, principal
adversaire du président sortant, a saisi l'occasion pour mener
une guerre ouverte contre Bouteflika. Ces derniers mois, il
est devenu plus pugnace et n'hésite pas à étaler au grand jour
les « dérives monarchiques » du président qu'il
accuse de « pouvoir personnel » et d'être un
homme du passé ne pouvant mener l'Algérie à la modernité. M.
Benflis affirme être un adversaire convaincu de « la
dictature », de « l'injustice », de
« la corruption », dont il crédite le quinquennat
de son ancien mentor.
M. Benflis avait
dirigé la campagne électorale de M. Bouteflika lors de la présidentielle
de 1999, puis son cabinet avant d'être son chef du gouvernement
jusqu'à son limogeage brutal en mai 2003. Il affirme reprocher
au président sortant de l'avoir empêché de gouverner. La candidature
de M. Benflis a déclenché une guerre sans merci entre les deux
hommes, entraînant l'éclatement du FLN.
Evitant toute polémique
avec ses adversaires, M. Bouteflika, excellent orateur, a axé
sa campagne électorale sur « les réussites »
de son mandat, notamment sa politique de réconciliation nationale
qui a permis une nette diminution des attentats et tueries des
groupes armés islamistes. Il s'est aussi prévalu de l'amélioration
de « l'image de marque » de l'Algérie à l'étranger,
ainsi que du retour de la croissance économique. Des chiffres
officiels indiquent que cette croissance a été de 6,8 %
en 2003 contre 0,3 % entre 1993 et 1995, tandis que les
réserves en devises sont estimées à 33 milliards de dollars,
dues en grande partie à la hausse des cours du pétrole et du
gaz, dont l'Algérie est un important producteur.
Malgré ces réalisations
que chante M. Bouteflika, il laisse, à l'issue de son premier
quinquennat, un pays dont la moitié de la population vit toujours
en dessous du seuil de pauvreté. A son passif figure également
une gestion jugée « catastrophique » de la
crise kabyle depuis les émeutes sanglantes d'avril 2001, qui
l'a rendu très impopulaire en Kabylie. Considérée comme la crise
majeure de son quinquennat, elle aura été une déception pour
cet homme qui dit avoir pris les rênes de l'Etat pour asseoir
la paix et la réconciliation nationale. M. Bouteflika a par
ailleurs été critiqué dans son pays pour sa gestion des catastrophes
naturelles qui ont endeuillé le pays, notamment le séisme du
21 mai 2003 (2 300 morts et quelque 10 000 blessés)
dans la région de Boumerdès (50 km à l'est d'Alger).
La grande inconnue,
cependant, demeure la participation des Algériens, déçus et
désabusés par les précédents scrutins frauduleux qui n'avaient
guère répondu à leurs attentes, y compris lorsqu'ils avaient
voté massivement, comme lors de la première présidentielle pluraliste
de leur histoire, en 1995, remportée par le général Liamine
Zéroual. Les candidats, sentant cette désaffection des Algériens,
et le fait qu'une forte abstention jouerait en faveur du président
sortant et des islamistes, ont multiplié les appels à une « participation
massive », notamment des femmes, qui traditionnellement
ne votent pas.
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