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Exposition . 26 tableaux de Farghali Abdel-Hafiz ressuscitent Alexandrie à travers les siècles. Des œuvres à lecture plurielle.
La ville phare en peinture

La ville est une allégorie, mais pas une simple allégorie. A l'instar des poètes méditerranéens qui, autrefois ont été les premiers à considérer ensemble la dimension terrestre et celle du firmament, ce qui relève du réel et ce qui découle du mystérieux, le peintre Farghali Abdel-Hafiz poursuit sa quête inlassable d'horizons nouveaux. Il investit ces trois dimensions picturales, encore une fois de manière insolite, afin de rendre à son Al exandrie son passé, son présent et son avenir. Bref, ce qu'il s'accorde à appeler « la présence continue », ayant déjà marqué ses expositions consacrées à Florence, au Caire ou à Assouan. Et finalement, il en ressort une ville qui, comme Le Caire et Assouan peints à des phases antérieures, interroge la personnalité de l'Egypte entière. Cette personnalité cumulative qui se présente tel un long parchemin sur lequel est transcrit l'Evangile au-dessus d'Hérodote, au-dessus se trouve le Coran et derrière tout cela l'ancien hiéroglyphe ou l'histoire d'Hipathia. Car dans les peintures d'Abdel-Hafiz, le passé subsiste toujours dans le présent, avec sans doute la mer comme élément principal du paysage. L'architecte grec Dinocrate de Rhodes n'a-t-il pas conçu Alexandrie suivant le modèle des anciennes villes grecques, avec des rues orthogonales menant toutes à la mer ?

Mais le paysage a changé depuis. En l'an 332 av. J.-C. lors de la fondation de la ville, on ne pouvait voir cette dame en noir couverte de la tête au pied par son hidjab tournant le dos aux baigneurs, ni le train estudiantin ayant amené le peintre de Daïrout (en Haute-Egypte) vers Alexandrie, ni le café Farouq et ses clients las parmi les tables en train de fumer, ni la nouvelle Bibliotheca Alexandrina en forme de disque solaire sur la corniche de Chatbi. Ces éléments de la ville flottent à la surface des tableaux ; certains motifs se répètent comme la colonne romaine, le train, le disque solaire de la bibliothèque, le phare de Pharos, les poissons ou le visage de la femme-Alexandrie. L'inconscient de l'artiste déborde. Ses arrière-fonds regorgent d'infimes détails tissés dans le plus grand soin afin de créer des liens, de stresser sur la continuité ou la discontinuité de cet héritage égyptien, hellénique, antéislamique. Et le peintre, épris de voyage, parcourt les flots des contes tel un Sindbad. Il mêle le passé à son imaginaire personnel pour donner lieu à un mythe aux traits contemporains et éternels. Sur les tableaux, il y a sans doute l'Alexandrie mythologique : un petit bateau oscillant, à la proue allongée, Cléopâtre, les figures charnelles des filles d'Alexandrie, les pêcheurs d'Anfouchi. Mais au-deçà se fait sentir une sorte de peur latente chez l'artiste qui semble refouler ce sentiment en mettant l'accent sur son optimisme quant à l'avenir d'Alexandrie à travers les titres de ses tableaux. Une peur imperceptible quant à cette ville créée pour devenir le cœur du monde, pour réagir et coexister avec la mer, comme il la dépeint avec de l'acrylique et du sable sur canevas : une Egyptienne à la peau mate et une Gréco-romaine à la peau claire en train de siroter un thé.

Dalia Chams

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Alexandrie, exposition de Farghali Abdel-Hafiz, jusqu'au 11 avril. 11, rue Al-Brazil. Zamalek. Tél. : 735 12 40. Info@ zamalekartgallery.com. De 10h30 à 21h (sauf vendredi).

 

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