Expositions
. Toujours
au défi de la modernité, la galerie Townhouse
du centre-ville présente l'œuvre de trois
artistes : les collages de Dina Al-Gharib,
Le Voyage, installation d'Amal Kenawy
et les dessins et peintures de Shadi Al-Noshokaty.
Visite. |
| Un
monde bigarré |
| Dina
Al-Gharib |
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Au
premier étage du vieux bâtiment de la galerie
Townhouse, les tableaux de Dina Al-Gharib
se multiplient formant des séries variées
occupant l'espace de trois pièces. Des collages,
pour la plupart. On la retrouve intimidée
dans un coin, ne pouvant parler de ses œuvres.
Loin de l'image de l'artiste connaisseur,
elle veut rester amateur ou plutôt comme une
enfant difficile qui ne trouve du plaisir
qu'à collecter les bouts de papier autour
de lui, à les couper et les coller encore
et encore jusqu'à achever son tableau. Cette
passion pour le collage est sans doute une
manière d'accumuler les détails du quotidien,
des images stéréotypées ou de la culture populaire
pour poser des questions nouvelles. Ayant
toujours comme défi de créer des relations
entre des éléments disparates qui n'ont en
réalité pas de rapports entre eux.
Mais le tableau n’est jamais
véritablement achevé. Dina Al-Gharib est en
quête de continuité, d’effets d’écho, non
seulement à travers ses clins d’œil adressés
à l’observateur, mais aussi grâce au recours
à des formes nouvelles. Le ton ironique est
omniprésent : la minuscule pièce d'identité,
qui hante le quotidien des gens, occupe le
devant du tableau, tandis qu'au second plan
se manifeste une femme aux traits estompés.
L'identité se réduit à un papier et l'être
en une chose insignifiante dans une longue
chaîne. L'artiste renouvelle également la
forme comme dans les séries de tableaux à
trois dimensions, pareils à des boîtes sur
lesquelles elle a mélangé peinture et collage,
allant du plus grand au plus petit, rejoignant
l’idée du jouet d’enfant, mais surtout cet
enchaînement d’idées qui va à l’infini. Il
s'agit du quotidien des gens au café, dans
leur intérieur où dominent les portraits de
simples personnes (père de famille, propriétaire
de magasin, etc.), ou de personnalités (Saad
Zaghloul, Moustapha Kamel, Oum Kalsoum). Ainsi,
l'artiste s'approprie l'image populaire et
l'Histoire : dans tous ses tableaux,
on est traversé par un sentiment d'ancienneté.
En particulier, dans une série de tableaux
où elle s'est aventurée avec des couches épaisses
de peinture blanche sur du carton, donnant
l'effet de murs griffonnés, et d'une surface
délabrée. Ainsi, les détails du quotidien
prennent plus de profondeur dans l'œuvre d'Al-Gharib
et revêtent une histoire qui leur est propre.
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| Amal
Kenawy |
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Au
second étage du bâtiment, Le Voyage d'Amal
Kenawy passe par deux étapes, par deux pièces.
Dans la première pièce, on est accueilli par
une installation et il faut passer par différentes
étapes avant d'arriver dans la seconde. Là
on est amené, par le pouvoir d'une musique
méditative, à regarder une projection vidéo.
Dans la pièce délabrée, aux plafonds hauts,
les murs respirent l'humidité et exhalent
une autre époque. Au milieu de ce ton gris
de l'ancienneté, la blancheur frappe. Tout
y est pour introduire la pureté et la netteté
du blanc, (celui de la robe de noces ?) :
les rideaux en voile blanc et drapé, les motifs
en dentelle blanche qui encadrent l'installation
même ...
La première étape de ce voyage
sera de franchir les rideaux transparents,
découvrir un autre univers, traverser différentes
couches et pénétrer un monde mystique. On
est embaumé par une excitation qui précède
le moment où le rideau dévoile ce qu'il cache
derrière, par un sentiment fort de recueillement.
En effet, cette sorte de vitrine illuminée
rappelle al-darih dans les mosquées.
Mais cette image sacro-sainte ne tarde pas
à dévoiler des horreurs : derrière cette
ambiance de noces, les jambes sensuelles,
tapissant un oreiller en satin blanc, sont
amputées. L'artiste a remarquablement profité
de cette présence symbolique des jambes pour
lui inculquer diverses significations. Décorées
d'éléments disparates (perles, papillons,
mèches de cheveux en formes de fleurs, etc.),
ces jambes renvoient à un univers candide,
romantique lui aussi amputé.
Ce travail ne peut pas ne
pas nous rappeler sa dernière installation
intitulée La Chambre. Or, à la place
de la présence féminine symbolique, Amal Kenawy
participait en chair et en os à l'intérieur
de son installation, cousant lentement, telle
une Pénélope, sa robe de noces. Une robe qu'on
retrouve terminée et portée dans l'actuelle
exposition vidéo qui occupe la seconde pièce.
L'artiste avoue être consciente de l'idée
forte de continuité dans son travail. « J'ai
fait exprès de commencer la vidéo par le lieu
de l'installation précédente, à savoir une
pièce entourée de céramique blanche. Car je
pense qu'une œuvre n'a jamais de vie séparée
de son passé. J'ai toujours travaillé sur
le rapport entre l'art et les lois de la physique ».
Le voyage se poursuit à travers
80 séquences saccadées d'une jeune mariée
en robe blanche sur un écran blanc et des
rideaux toujours blancs qui entourent la seconde
pièce. La disposition du corps de la jeune
mariée élancé vers le ciel et les bras écartés
rappelle l'image d'un derviche. Ainsi la totalité
de l'œuvre (le mausolée, la musique spirituelle,
le mouvement de la mariée) renvoie-t-elle
au-delà des techniques modernes, à un sentiment
mystique. D'une étape à l'autre, le travail
ne se termine pas mais en suggère d'autres,
jusqu'à l'infini.
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| Shadi
Al-Noshokaty |
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Dans
le vaste espace du Factory et de l'annexe,
Shady Al-Noshokaty expose une gamme de 300
tableaux entre dessins et peintures, achevés
entre 1999 et 2004.
On rencontre ici et là une
robe ou plutôt une chemise de nuit, mais qui
diffère de celle d'Amal Kenawy. Ce vêtement
illuminé, décoré de perles, sensuel, peut
en quelque sorte être la clé vers l'univers
de l'artiste. Il s'agit d'une recherche philosophique
du monde spirituel. Toute l'œuvre est une
quête dans cette mutation du monde réel, de
cette présence organique, vers le monde de
la fiction, du spirituel, ouvert à l'infini.
Ces êtres suspendus de différentes manières,
harcelés par des attaques de tout genre, ne
sont que des corps en état de transfiguration.
Car, pour Shady Al-Noshokaty, la mort n'est
qu'une autre face de la vie. Ainsi, il multiplie
les dessins où le corps tantôt muni d'ailes
d'insectes, tantôt suspendu, est tiré par
un cordon ombilical. Dans une autre série
de tableaux, on peut déceler la conception
de l'artiste qui pense son œuvre toujours
en état de mouvement : l'homme est dans
une position horizontale dans un premier tableau,
puis rétrécit en prenant différentes formes
d'organes humains ou d'espèces végétales.
En insistant sur le dessin,
et surtout figuratif, Shady Al-Noshokaty a
réussi à rendre la dynamique du mouvement
par les techniques les plus simples.
Les trois artistes, si on
peut les lier à un seul fil, plongent dans
la banalité, dans le matérialisme du quotidien
pour suggérer une voie salutaire. L'ironie
de Dina Al-Gharib et son insistance dans de
nombreux tableaux sur le signe de la sortie
(Exit) avancent un constant rapport avec le
monde extérieur. Tandis qu'Al-Noshokaty et
Kenawy empruntent les détails d'un monde physique
comme un chemin vers le spirituel.
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| Dina
Kabil |
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Jusqu'au 9 avril, à la galerie
Townhouse, dessins et peintures de
Shady Al-Noshokaty au Factory et à
l'annexe. Collages de Dina Al-Gharib au premier
étage, Le Voyage, installation d'Amal
Kenawy. De 10h à 14h et de 18h à 21h. Tous
les jours (sauf le vendredi). 10, rue Al-Nabaraoui,
bifurcation de la rue Champollion, centre-ville.
Tél. : 576 86 00
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