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Industrie . La hausse des prix du fer à béton suscite la colère des députés du Parlement égyptien, qui accusent l'homme d'affaires Ahmad Ezz de « monopoliser » le marché.
Bras de fer autour de l'affaire Ezz

En Egypte, la société Ezz vend la tonne de fer à béton 1 000 L.E. plus cher qu'au Liban. Une situation qui n'est pas du goût de tous. La société est en effet accusée

d'être à l'origine d'une hausse continue du prix du fer à béton sur le marché national, et cela depuis plusieurs mois. Les prix sont passés de 2 300 L.E. la tonne en 2003 à 3 100 L.E. actuellement.

En fait, le marché du fer à béton est sous un quasi-monopole flagrant d’Ahmad Ezz. Ce dernier contrôle à lui seul 65 % de la production locale. « D'abord, par ses relations, comme député à l'Assemblée du peuple et président de la commission de la planification et du budget, il participe à l’établissement des règles du marché en servant sans doute d’abord ses intérêts », assure Aboul-Ezz Al-Hariri, député au Parlement.

Et puisqu’il n'existe pas jusqu'à présent de loi qui interdit le monopole, « le gouvernement ou même les hommes d'affaires ne peuvent pas l'incriminer. Et personne ne peut prouver ses malversations », explique un responsable auprès du ministère du secteur des Affaires sous couvert d'anonymat. « Mais dans le cadre du nouveau projet de loi relative à la concurrence déloyale qui est en préparation, il suffit de détenir une part de 30 % du marché et d’exercer des moyens détournés pour se voir incriminer », souligne-t-il.

Dans les années 1990, Ezz est parvenu à acheter Al-Dekheila à un moindre coût. Grâce à son siège de député, il aurait fait transférer la majorité de la production de Dekheila vers sa société. En fait, le fer à béton produit par Dekheila est sous forme de plaques rentrant dans la fabrication des tiges de béton. « C'est pourquoi il aurait usé de son influence pour ne pas vendre la production de Dekheila à d'autres sociétés concurrentes », explique Ezzat Maarouf, propriétaire d'une usine de fer à béton.

En 1999, après le rachat, il a souligné la nécessité d'imposer des taxes antidumping, « mais pour servir en premier lieu ses intérêts ».

Selon Ezz, cette augmentation des prix s'explique par la dévaluation de la livre égyptienne, ainsi que par l'augmentation des coûts de production, vu que l'Egypte importe les matières premières nécessaires à la fabrication du fer à béton. Une justification réfutée par les députés du Parlement, qui trouvent que Ezz affecte un secteur stratégique. 21 d'entre eux ont du coup présenté des interrogations auprès de l'Assemblée du peuple concernant le danger de l'augmentation des prix du fer de construction, à la base de cette industrie stratégique puisqu'elle fait économiser à l'Etat 2 600 millions de dollars qui partiraient en importation si cette production locale n'existait pas.

Une agitation des députés qui semble avoir porté ses fruits. Le gouvernement a décidé de former un comité chargé d'étudier le coût de production du fer à béton, ainsi que ses prix de vente durant les trois dernières années. Puis il y a eu l'initiative de l'Union des industries destinée à exiger la publication écrite des prix du fer à l'entrée même de chaque usine, avec une marge de profit qui ne dépasse pas les 4 %. Mais ces tentatives gouvernementales ont néanmoins été vaines puisqu'elles n'ont pas réussi à enrayer la hausse des prix. « Le gouvernement a déclaré, il y a un mois, qu'il a hissé le drapeau blanc devant Ezz », lance Aboul-Ezz Al-Hariri.

Pour Tareq Mahmoud, distributeur de fer à béton, « les clients pourraient assumer l'augmentation des prix due à la libéralisation du taux de change appliqué début 2003. Même si la hausse du dollar est à l'origine de l'augmentation du prix du fer importé, ce prix reste inférieur aux prix de la production locale », explique-t-il.

Ali Helmi, président de la société de Hélouan Fer et acier, estime que cette hausse a affecté le marché immobilier, lequel a connu une hausse de 15 %. Des 20 000 entreprises travaillant dans le secteur immobilier, en 2001, seules 9 000 sont encore en activité.

Un autre danger menace fortement cette industrie : le dumping. « Grâce à son poste de député, Ezz a fait en sorte que le gouvernement impose des taxes protectionnistes de 20 % sur le fer à béton importé à des prix très bas, surtout celui provenant de Roumanie, de Russie et de Turquie », explique Ezzat Maarouf. En fait, le gouvernement avait annulé cette décision suite à la pression des hommes d'affaires qui revendiquent l'entrée du fer à béton provenant de l'extérieur sans imposer de taxes protectionnistes. Mais le gouvernement les a imposées de nouveau en 2001, justifiant cela par des mesures protectionnistes destinées à protéger la production locale à l'instar des Etats-Unis, qui imposent ce genre de mesures à l'encontre de l'Europe.

Les professionnels du secteur assurent eux que la solution pour remédier à cette situation est que le gouvernement active la promulgation de la loi relative à l'interdiction des monopoles. Une affaire qui risque encore de faire beaucoup de bruit.

Dahlia Réda

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