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Hamas.
Emotion, colère et stupeur se sont emparées de la
rue palestinienne et ses partisans ont juré de frapper
bientôt au cœur d'Israël. |
« Une
nouvelle Intifada va commencer » |
Gaza,
De
notre correspondant —
Des
dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants
prennent possession des rues de la ville en deuil.
Des enfants mettent le feu à des tiges de bois ou
à des pneus en signe de deuil. Des jeunes tirent
en l'air de manière hystérique. Qui aurait pu croire
que le cheikh Yassine serait assassiné ? La
veille, cette figure emblématique de la résistance
palestinienne menait sa vie de tous les jours. A
l'aube, sur son fauteuil roulant, il se rendait
à la mosquée située près de sa maison, dans le quartier
de Sabra. A midi, il recevait ses hôtes qui affluaient
vers sa maison. On venait lui demander de l'aide,
solliciter son intervention pour trancher un différend
familial ou l'inviter à des noces. Pour les habitants
de Gaza, sa présence dans les mariages de leurs
enfants était une sorte de baraka. Certains venaient
pour une interview ou une déclaration à la presse.
Après la prière de l'après-midi, le médecin venait
lui rendre visite dans sa modeste maison. Cheikh
Yassine subissait des séances de physiothérapie.
Il souffrait d'une paralysie générale, de difficultés
respiratoires, d'une inflammation à l'estomac. Il
était aussi malentendant et malvoyant.
Cheikh
Yassine savait qu'il était à la tête de la liste
des personnes qu'Israël voulait assassiner. Ce n'était
guère un secret. Les dirigeants du Hamas
n'ont pas pu le convaincre de quitter sa maison
et d'aller vivre ailleurs. A la question que je
lui posais inlassablement lors d'interviews de savoir
pourquoi il insistait à ne pas changer de maison
en dépit du danger qui le guette, il répondait :
« Je ne crains personne. Nous souhaitons
le martyre. Qu'ils viennent bombarder ».
Cheikh Yassine a choisi de mourir debout comme un
arbre. Sa scène de « noces », le
mot qu'utilisent les Palestiniens pour les funérailles
des martyrs, fut la preuve de l'amour et de la vénération
que vouent les Palestiniens à leur cheikh Ahmad
Yassine.
Son
absence suscite cependant de nombreux points d'interrogation.
Comment les Brigades d'Ezzeddine Al-Qassam vont-elles
riposter ? Quelle sera la forme que prendra
le conflit entre Israël et les Palestiniens au cours
de la prochaine étape ? Qui lui succédera à
la tête du mouvement ? |
Les
années de massacre
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| Selon
le député arabe de la Knesset, Azmi Bichara, président
du parti du Rassemblement national l'assassinat
du guide et fondateur du Hamas va dans le
droit fil des idées du premier ministre israélien,
notamment en ce qui concerne le désengagement et
la séparation unilatérale entre Israël et les Palestiniens.
Depuis
que Sharon a prononcé son discours à Hertzelya à
la fin de l'année dernière où il a annoncé son intention
de séparation, on a témoigné d'une escalade militaire
contre les Palestiniens. Augmentation du nombre
d'assassinats, ravinement du sol et destruction
des maisons.
Sharon
effectue une fuite éperdue en avant. Se désengager
pour lui, c'est liquider le plus grand nombre possible
de cadres palestiniens militants. Le but est de
créer un vide politique à Gaza, un état de désordre
dans ce secteur.
L'année
2003 et le premier trimestre de 2004 ont témoigné
d'une escalade des liquidations physiques israéliennes.
En 2003, L'Etat hébreu a commis 72 assassinats répartis
entre Gaza et la Cisjordanie, dont six ont échoué.
196 Palestiniens ont été tués par l'usage soit de
raids par les chasseurs F16 ou les hélicoptères
Apache, soit par des tirs, des opérations
de commandos. Dans l'ensemble, le bilan 2003 des
martyrs palestiniens de l'Intifada s'élève à 698.
Les dirigeants du Hamas étaient en tête de
cet agenda israélien sanglant. Ibrahiim Al-Moqadema
et Ismaïl Abou-Chanab ont été les principaux cadres
du Hamas tombés sous les balles israéliennes.
Par contre Abdel-Aziz Al-Rantissi et le porte-parole
de l'organisation, Mahmoud Al-Zahare, ont pu échapper.
Le
cheikh Yassine lui-même a survécu miraculeusement
à une tentative menée contre lui l'année dernière.
Les
trois premiers mois de 2004 se sont soldés, selon
les estimations, par les assassinats ciblés de 17
militants en plus de 200 autres au cours d'opérations
menées par l'armée.
Selon
Abdallah Hourani, penseur et écrivain palestinien,
membre du Conseil National Palestinien (CNP), Sharon
veut affrmer que son retrait d'Israël n'est pas
une fuite, ni une défaite comme au Sud-Liban. Il
exclut cependant le retrait de Hamas du dialogue
national entre les factions palestiniennes nationales
et islamiques. « Le but du dialogue est
de tenir en échec toute tentative israélienne destinée
à susciter la discorde au sein des Palestiniens.
Hamas et les autres mouvements nationaux et islamiques
considèrent le retrait comme une victoire palestinienne,
une fuite israélienne et la libération d'une partie
des territoires occupés ». Pour Hourani,
il est normal que toutes les factions débattent
de la manière de gérer ce territoire libéré. « C'est
dans ce contexte que se déroule le dialogue entre
les factions nationales et islamiques dans le cadre
d'un comité de suivi. Un accord est intervenu sur
certains points concernant la légitimité de la résistance
d'une part, et la nécessité de contrôler la situation,
d'autre part ».
Quoi
qu'il en soit, on rappelle que lorsqu'Israël a assassiné
en 2001 Abou-Ali Moustapha, secrétaire général du
Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP),
la première réaction de l'organisation a été d'élire
un nouveau secrétaire général, Ahmad Saadate, et
d'assassiner le ministre israélien du Tourisme.
Le conflit a atteint alors un nouveau cycle de violence.
En
réponse à une question sur la réaction possible
de Hamas, il a affirmé que celle-ci sera
très violente parce que le peuple palestinien sera
placé entre deux choix : soit se soumettre
face aux frappes israéliennes, ce qui donnerait
raison à Sharon, soit riposter, ce qui pousserait
le premier ministre israélien à plus de violence.
Tous les indices prouvent que le peule palestinien
ne s'est jamais soumis à la logique israélienne
de la force.
Un
autre aspect relevé par Hourani : Israël croit
parier sur une division au sein du Hamas ;
le cheikh Yassine « organisait les liens
entre l'extérieur et l'intérieur des territoires,
entre Gaza et la Cisjordanie, entre la modération
et l'extrémisme ». Hourani exclut cependant
l'idée de l'élection d'un successeur au cheikh Yassine.
C'était un guide spirituel et n'était pas membre
du bureau politique. Il était au-dessus de toutes
ces considérations. S'il était la référence, celle-ci
s'incarnera dans la direction du mouvement.
C'est
environ 200 000 Palestiniens qui ont participé
lundi à Gaza à une procession funéraire pour ses
obsèques. Significatif, Il s'est agi du plus grand
rassemblement dans les rues, de cette agglomération
depuis le retour, en 1994, du président palestinien
Yasser Arafat. Ce cortège, où se mêlaient les larmes
et les appels à la vengeance, s'est étiré sur trois
kilomètres, jusqu'au cimetière des Martyrs, à Cheikh
Radouane, un fief islamiste de la banlieue de Gaza.
Quant à la réaction prévue, elle serait dans l'importance
de l'homme qui a été tué. Un groupe des Brigades
Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas,
cagoulés et en tenue de combat, n'a-t-il pas annoncé :
« Une nouvelle Intifada a débuté aujourd'hui.
Nous jurons par Allah que la riposte frappera très
bientôt au cœur d'Israël ». |
Mohamed
Moustapha |
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Appels
à la rupture avec Israël |
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« Ô
Palestine, patience, patience, nous sommes tous
Ahmad Yassine », scandaient les manifestants
appartenant au courant islamiste de l'Université
du Caire. Ils étaient environ 2 000 à exprimer
leur colère. Bien organisés, les étudiants devant
et les étudiantes, toutes voilées, derrière, ont
fait le tour de l'université. Certains d'entre eux
portant des T-shirts sur lesquels était inscrit
« la nation du prophète Mohamed ne s'agenouillera
jamais ». D'autres, le front ceint d'un bandeau
noir portant la mention Djihad, brandissaient des
portraits de Cheikh Ahmad Yassine, tué à l'aube
lors d'un raid israélien ciblé sur Gaza. Ils ont
brûlé des drapeaux israéliens, sous les applaudissements
et les huées. La colère a dominé les manifestants.
Ils ont appelé le gouvernement à leur permettre
d'aller au djihad et de se venger en scandant des
slogans : « Ô Moubarak qu'attendez-vous ?
Vous avez avec vous les petits-fils de Banna »,
(en référence à Hassan Al-Banna, premier guide spirituel
du mouvement des Frères musulmans. D'autres étudiants
allaient inciter ceux qui ne manifestaient pas à
les rejoindre en leur expliquant la vie et la lutte
d'Ahmad Yassine et en récitant des versets du Coran.
« Ce
que nous pouvons faire maintenant, c'est la prière
et l'organisation de manifestations. Mais ce n'est
pas suffisant, nous voulons aller combattre les
Israéliens », réclame Mohamad Sadeq, étudiant.
D'autres manifestants ont exigé l'expulsion de l'ambassadeur
d'Israël au Caire, la rupture de toutes les relations
avec Israël ainsi que l'annulation du traité de
paix. Le vice-recteur de l'université, Ahmad Taher,
a également participé à la manifestation. Il a condamné
l'assassinat du Cheikh Yassine.
D'autres
manifestations ont eu lieu à l'Université américaine
du Caire (AUC), à Alexandrie, à Kafr Al-Cheikh,
à Minya, Ménoufiya et à l'Université du Canal de
Suez, entre autres. A l'Université d'Al-Azhar, dans
la banlieue du Caire, des centaines d'étudiants
ont manifesté spontanément dès le matin.
« Les
juifs ont tué Yassine, où est la riposte des musulmans »,
« Sharon, lâche, le sang de Yassine ne vaut
pas rien », scandaient les étudiants.
Selon
les organisateurs, les étudiants ont tenté de sortir
du campus mais ont été refoulés par la police.
Des
policiers de la brigade anti-émeutes, armés de matraques,
étaient déployés en nombre important autour des
universités et près des ambassades américaine, israélienne
et britannique au Caire.
L'Ordre
des avocats a organisé lui aussi une manifestation.
Les participants ont appelé à intenter des procès
contre Sharon en insistant qu'il est criminel de
guerre. La confrérie interdite mais tolérée des
Frères musulmans a publié un communiqué où le guide
suprême Mohamad Mehdi Akef a fait porter aux dirigeants
arabes la responsabilité de l'assassinat lundi de
Cheikh Ahmad Yassine. « L'assassinat du
Cheikh Yassine prouve que les Israéliens ne connaissent
pas la paix, donc le djihad et la résistance
sont les seuls moyens pour avoir l'indépendance ».
Le
Parti nassérien a déclaré le deuil dans toutes les
branches du parti pendant trois jours. Il a également
émis un communiqué où il appelle les partis politiques
et tous les courants à faire la prière vendredi
26 mars à la mosquée d'Al-Azhar pour le Cheikh Ahmad
Yassine. L'imam d'Al-Azhar, Mohamad Sayed Tantawi,
a condamné pour sa part l'assassinat et appelé au
châtiment des meurtriers de Cheikh Yassine. « Il
s'agit d'un crime abject qui va secouer le monde
entier », a-t-il déclaré
« Les
criminels n'ont eu aucune considération pour son
âge, ni pour le fait qu'il s'agissait d'un homme
paralysé », a-t-il ajouté. Il a en outre
estimé que « les auteurs de cette agression
criminelle doivent être châtiés » et appelé
« le monde arabe et islamique à châtier
les criminels ».
La
prochaine prière du vendredi à Al-Azhar risque d'être
enflammée.
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Injy
Al-Qadi |
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