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Hamas .
L'assassinat du cheikh Ahmad Yassine semble s'inscrire
dans un plan plus large. Le premier ministre israélien
veut satisfaire son opinion publique, mais aussi entraîner
la région dans un cercle d'attaques et de ripostes susceptible
d'empêcher tout règlement de paix. |
Sharon
abat ses cartes |
| Une
opération sanglante qui mènera certainement vers un nouveau
bain de sang. Israël a assassiné, lors d'un raid d'hélicoptères,
le chef spirituel du mouvement Hamas. Même si les
Israéliens n'avaient jamais caché leur intention de le
liquider, le cheikh Ahmad Yassine semblait disposer jusqu'à
présent, tout comme le président Yasser Arafat, d'une
certaine immunité, celle garantie par sa popularité auprès
du peuple palestinien lui-même. Pour les observateurs,
la liquidation d'un aussi haut dirigeant palestinien est
comme un gigantesque coup de poker de la part du premier
ministre israélien Ariel Sharon. Celui qui a été tenu
au courant « minute par minute du déroulement
de l'opération » n'a fait qu'ouvrir « la
porte de l'enfer », comme le dit un responsable
du Hamas juste après l'assassinat. Sharon le savait
sans doute et l'a voulu aussi. Il a justifié cette opération
en qualifiant Ahmad Yassine de « premier des assassins
et terroristes palestiniens ». Son ministre de
la Défense, Shaoul Mofaz, n'a non plus mâché ses mots
en qualifiant le chef spirituel du Hamas « d'Ossama
bin Laden des Palestiniens ». Une liquidation,
donc, comme les autres, mais qui touche un Palestinien
qui a un aura particulier.
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Yassine
contre Gaza
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« L'élimination
de Yassine s'inscrit dans un contexte politique plus vaste,
celui de la possible évacuation par Israël de la bande
de Gaza », affirme Emad Gad, rédacteur en chef
de la revue Israeli Digest publiée par le Centre
d'Etudes politiques et stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.
Sharon voudrait donc faire exploser la situation et éviter
tout calme ou même retrait de cette zone. Le premier ministre
israélien, farouchement opposé aux accords d'Oslo de 1993
sur l'autonomie palestinienne qui avaient débouché sur
la création de l'Autorité palestinienne, ne pouvait pas
se transformer du jour au lendemain en un homme de paix.
Il était en effet dans l'impasse. Les forces israéliennes
allaient se retirer d'un important territoire occupé,
un peu dans la honte et sur le modèle du retrait du Sud-Liban.
En effet, depuis l'annonce par Ariel Sharon, le 1er février,
de son intention d'évacuer, partiellement ou totalement,
ce territoire, le Hamas s'attache à présenter un
éventuel retrait comme une défaite de l'Etat hébreu face
à l'Intifada.
Le
chef du gouvernement israélien, celui qui avait promis
paix et sécurité à son peuple, ne pouvait pas subir un
tel affront. Son objectif était d'infliger des coups les
plus sévères possibles au Hamas afin de montrer
que l'armée israélienne a le dessus. Mais l'a-t-elle vraiment ?
« Il n'a apporté ni paix, ni sécurité, ni prospérité
économique aux Israéliens et faisait dans le même temps
face à une opposition farouche de la droite à un éventuel
retrait de Gaza », affirme Nawaf Messalha, député
arabe à la Knesset. Selon lui, le meurtre de cheikh Yassine
était pour Sharon une épée à double tranchant. « Il
voulait satisfaire ses opposants et terrifier et affaiblir
les mouvements palestiniens à la fois ». Mais
Sharon a-t-il réussi ? Peut-être sur le premier point,
mais pas sur le second. Puisque des opérations de ce genre
ne font que « souder le peuple palestinien et
le rendre plus solidaire avec le mouvement Hamas »,
comme le soutien Messalha. La disparition de Yassine n'amènera
donc pas, comme le pensait Israël, les autres dirigeants
du Hamas à adopter un profil bas. Avec l'assassinat
du chef du mouvement de la résistance palestinienne, le
Hamas a certainement perdu sa figure la plus charismatique,
mais ce revers terrible ne constitue pas un coup fatal
pour le mouvement en raison de sa solide implantation
dans les territoires occupés. « Le Hamas est
une organisation bien structurée avec une hiérarchie claire.
La perte de l'un de ses chefs constitue un coup dur
uniquement à court terme, car personne ne semble en mesure
de remplacer un personnage charismatique comme le cheikh
Yassine », affirme l'analyste palestinien Ali
Jerbawi.
Israël
avait cependant beaucoup d'autres alternatives pour atteindre
ces objectifs. Pourquoi a-t-il assassiné précisément le
cheikh Yassine, une personnalité parmi les modérés au
sein d'un mouvement radical ? C'est parce qu'Israël
vise une recrudescence de la violence. Sharon sait que
la riposte palestinienne risque d'être immense, car elle
émanera de plusieurs mouvements palestiniens à la fois.
« Elle sera successive, rapide et atroce »,
soutient Emad Gad. Donc, des affrontements vont avoir
lieu et personne ne pourra alors évoquer le départ d'Israël
de la bande de Gaza. |
Tout
est désormais permis
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Selon
le député arabe israélien Nawaf Messalha, les Palestiniens
pourraient agir de même et assassiner des hauts responsables
ou politiciens israéliens. Les organisations palestiniennes
ont ainsi juré de venger la mort du cheikh Yassine,
menaçant notamment de prendre pour cible Shaoul Mofaz.
La
bataille contre « l'ennemi » est entrée
dans une phase « décisive, et les représailles
seront terribles », disent les Palestiniens.
Sharon exploitera par la suite la riposte palestinienne
pour prétendre qu'il n'existe pas de partenaire pour
la paix. Il « mettra le prochain sommet arabe
au pied du mur », précise Emad Gad. C'est vrai,
le meurtre de cheikh Ahmad Yassine risque d'aggraver
les tensions dans le monde arabe, au moment où l'occupation
américaine de l'Iraq suscite de plus en plus de réactions
hostiles. La frustration sera à son comble. « Tout
s'est enflammé », a commenté le président Hosni
Moubarak, alors que le secrétaire général de la Ligue
arabe, Amr Moussa, a déclaré que ce « terrorisme
d'Etat va plonger la région dans un nouveau cycle de
violence et de sang ». Selon ce dernier, Israël
a agi « hors-la-loi sous couvert d'immunité
internationale » pour assassiner le cheikh
Ahmad Yassine. Autrement dit, il a eu un feu vert international
et des ligne rouges ont été franchies ... Quelle
sera la prochaine étape ? Arafat peut-être. « Ils
peuvent le faire, précise Gad. Tout est permis
maintenant, surtout que depuis des années Israël brandit
cette carte ». Aujourd'hui encore, les Israéliens
la reprennent : « Le dirigeant palestinien
Yasser Arafat est encore plus dangereux que ne l'était
le chef spirituel du Hamas », a estimé Amos
Gilad, conseiller du premier ministre israélien Ariel
Sharon. Redistribution du jeu. Que l'on monte ou que
l'on descende les échelons de la hiérarchie, partout
l'on assassine.
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Samar
Al-Gamal |
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L'emblème
de la résistance |
Foulard
sur la tête, longue barbe blanche, assis sur une chaise
roulante et s'exprimant d'une voix enrouée, Cheikh Ahmad
était la plus importante figure de la résistance palestinienne.
Assassiné lundi 22 mars par Israël à l'âge de 67 ans,
il était le fondateur et le chef spirituel du Hamas,
le mouvement de résistance islamique palestinienne. Son
enfance, comme le reste de son existence, a été marquée
par les épreuves. Ahmad Ismaïl Yassine est né dans le
village palestinien de Joorat Asqalane, rasé par les forces
juives lors de la Nakba (catastrophe) de 1948.
L'enfant est ainsi contraint de partir à Gaza avec sa
famille. Un événement qui a marqué sa personnalité et
le cours de sa vie. Il a connu la pauvreté et la faim
et fut obligé d'abandonner l'école. En évoquant cette
période, il dit que « les armées arabes avaient
désarmé les civils arguant du fait que les combats devraient
être menés par des forces régulières. Nos destins furent
donc liés et quand elles ont été vaincues, les gangs sionistes
ont mené partout massacres et boucheries. Si nous avions
eu nos armes, les choses auraient été différentes ».
A l'âge de douze ans, alors qu'il joue au football, il
se brise la colonne vertébrale au niveau du cou. Un accident
qui l'obligera à passer le reste de son existence sur
une chaise roulante. Malgré sa paralysie, il part au Caire
où il passe un an à l'université. Faute d'argent, il interrompt
à nouveau ses études. A 20 ans, il manifeste à Gaza contre
l'agression de l'Egypte de 1956. C'est là qu'il se découvre
des qualités d'orateur. On le retrouve dans la Bande de
Gaza et les services secrets égyptiens l'arrêtent. Ahmad
Yassine connaît pour la première fois la prison pendant
un mois. Une courte période qui a « enraciné en
lui la haine contre l'injustice ». Il adopte
par la suite les principes et les idées des Frères musulmans,
cette confrérie fondée en 1928 en Egypte par Hassan Al-Banna.
Après la défaite de 1967, il continue à mobiliser les
Palestiniens contre l'occupation à partir de la tribune
de la mosquée Al-Abbassi et réussit à collecter des fonds
en faveur des familles des martyrs ou des prisonniers.
Dans les années 1970, il fonde sa propre organisation,
le Moujammaa Al-Islami et dix ans plus tard, il
crée l'organisation Majd Al-Moudjahidine. Mais
les forces israéliennes voient ses activités d'un mauvais
œil. En 1984, il est arrêté et condamné à 13 ans de prison
pour détention d'armes et d'explosifs et pour formation
d'un mouvement armé. Il ne restera en prison qu'un
an avant d'être libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers
entre Israël et le Front Populaire de Libération de la
Palestine (FPLP). Cheikh Yassine s'associe à des personnalités
politiques qui adoptent les idées de la confrérie et forme
un mouvement pour combattre l'occupation israélienne et
libérer la Palestine. Ils le dénomment Mouvement de
la résistance islamique ou Hamas et son existence
est proclamée le 14 décembre 1987, au début de la première
Intifada. Avec la recrudescence du soulèvement palestinien,
Israël cherche à mettre fin aux activités de Cheikh Yassine.
En 1988, les forces israéliennes envahissent son domicile,
procèdent à des perquisitions et menacent de l'exiler
au Liban. Un an plus tard, il est arrêté avec des centaines
de membres de son mouvement. En 1991, il est condamné
par un tribunal militaire israélien à la prison à vie.
Il sera libéré début octobre 1997 et envoyé en Jordanie,
sur intervention du roi Hussein de Jordanie lors d'un
échange de prisonniers entre le Royaume hachémite et Israël
suite à l'arrestation de deux agents du Mossad
qui tentaient d'assassiner le chef du bureau politique
du Hamas, Khaled Mechaal, à Amman. Libéré, l'autorité
nationale palestinienne de Yasser Arafat le place en résidence
surveillée à deux reprises, en décembre 2001 et juin 2002.
Il y a 6 mois, en septembre 2003, le chef spirituel du
Hamas et figure emblématique de la résistance palestinienne
échappe à une tentative d'assassinat dirigée par Israël.
Pour les Palestiniens, il est mort « en martyr
après la prière de l'aube ». Ne laissant que
sa chaise roulante en éclats.
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| Samar
Al-Gamal |
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