Al-Ahram
Hebdo : Comment définissez-vous la politique
arabe de la Pologne qui, dès mai prochain, fera partie de
l'Union Européenne (UE) ?
Wlodzimierz
Cimoszewicz : La Pologne est très intéressée par le renforcement
de ses relations avec les pays arabes notamment l'Egypte.
Il y a une longue tradition de coopération entre la Pologne
et l'Egypte, puisque nos relations diplomatiques remontent
à 1927, donc à plus de 80 ans. Nous avons d'ailleurs d'excellentes
relations avec l'Egypte. Un de mes adjoints a visité l'Egypte
il y a quelques semaines afin de discuter de plusieurs sujets
de coopération économique, mais nous avons besoin de raffermir
les relations au plus haut niveau politique et j'espère que
nous recevrons cette année le président Hosni Moubarak, dont
une visite en Pologne est programmée.
Nous
voulons aussi développer nos relations commerciales qui ont
atteint le chiffre de 80 millions de dollars, ce qui est très
réduit. Mais il est vrai aussi que les touristes polonais
affluent en Egypte. Ils sont actuellement 20 000 touristes
à visiter l'Egypte par an et ceci est une bonne raison pour
stimuler et développer nos échanges culturels. Nous avons
donc besoin de nouvelles initiatives dans ce domaine.
Nous
allons joindre l'Union européenne dans quelques semaines.
Depuis avril dernier, nous participons aux discussions de
la politique étrangère de l'UE. Celle-ci devrait à mon avis
jouer un rôle plus important dans le monde arabe. Nous nous
sentons responsables de l'application d'une politique européenne
plus active dans cette région.
Le
niveau de notre coopération avec le monde arabe a diminué,
il est vrai, depuis plusieurs années, mais nous avons quand
même beaucoup d'activités dans cette région. Et en termes
de stratégie, nous croyons qu'il est dans l'intérêt de l'Europe
tout entière, et pas seulement de la Pologne, d'avoir les
meilleures et les plus étroites relations possibles avec les
pays arabes, la plupart de ceux-ci étant des voisins méditerranéens.
A cet égard, il y a des programmes spécifiques adressés à
nos voisins de la Méditerranée et à des pays arabes adoptés
par l'UE et nous soutenons l'idée d'une coopération intense
avec le monde arabe sur les plans politique et économique.
— La
Pologne a envoyé, à la demande des Etats-Unis, des troupes
en Iraq pour aider à y maintenir la sécurité. Quand est-ce
que ces troupes quitteront le pays ?
— Depuis
le début, nous avons dit que notre intention est d'aider le
processus de réhabilitation et dès que le niveau de sécurité
en Iraq sera satisfaisant, notre intention est de quitter
ce pays. Il n'y a pas de raison de prolonger notre présence
au-delà. Nous sommes satisfaits des résultats de notre mission
en Iraq, où nous commandons une division multinationale composée
de contingents de 24 armées nationales.
Nous
voulons un engagement militaire de l'Otan en Iraq. Nous l'avons
sollicité. Et il y a des discussions à ce sujet. Mais pour
que des troupes de l'Otan se déploient en Iraq, il faudra
remplir auparavant des conditions. Il faut d'abord qu'un gouvernement
iraqien invite l'Otan à participer aux efforts de maintien
de la paix. Dans ce cas, il faudra adopter une nouvelle résolution
du Conseil de sécurité de l'Onu, régularisant la situation
de nos troupes sur le terrain. Cela ouvrira la voie à un engagement
de l'Otan en Iraq.
Il
est vrai que la Pologne veut réduire ses forces militaires
en Iraq, mais tant que les problèmes de sécurité persistent
nous devons au contraire rester et aider à stabiliser la situation.
— Le
processus de paix israélo-palestinien paraît aujourd'hui
plus que jamais dans l'impasse. Comment voyez-vous la solution ?
— Nous
sommes tous très tristes que ce calvaire continue depuis si
longtemps. La Pologne est privilégiée dans ce sens où elle
a de bonnes relations avec les deux parties du conflit, les
Palestiniens et les Israéliens. Nous voulons aider bien sûr.
Mais vous comprenez que nous ne sommes pas le partenaire majeur
qui négocie le problème. L'approche des élections présidentielles
américaines en novembre prochain veut dire qu'il y aura probablement
moins d'engagement de la part des Etats-Unis dans la recherche
d'une solution au problème israélo-palestinien les mois prochains.
Nous pensons donc que dans cette période, l'Union européenne
doit devenir plus active en déployant des efforts pour faire
progresser le processus de paix israélo-palestinien. Sans
pourparlers et dialogue, il n'y aura ni compromis, ni solution
pacifique.
Je
crois que le temps est un élément très précieux. Il faut parvenir
à une meilleure gestion du conflit et éviter une détérioration
de la situation entre les Palestiniens et les Israéliens.
Je reconnais que le problème est difficile étant donné l'Histoire
et tous les événements qui provoquent chez chaque partie un
raisonnement menant à l'adoption de positions inconciliables.
De mon point de vue, il est inutile de continuer cette guerre
entre Palestiniens et Israéliens, car cela n'a aucun sens
et ne résout aucun problème. La seule solution est de discuter
et de trouver un compromis politique qui consiste à accepter
l'idée de deux Etats indépendants avec des frontières sûres,
coexistant pacifiquement dans la région.
— Vous
étiez en tournée en Afrique. Quel en était l'objectif et les
résultats ?
— J'ai
visité le Nigeria, l'Angola, le Kenya et la Namibie. C'était
une excellente tournée politique et économique puisque j'étais
accompagné par un grand nombre d'hommes d'affaires et de représentants
de plusieurs sociétés polonaises. C'était la première occasion
d'entamer une coopération économique et commerciale avec ces
pays.