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Femmes . Leur image dans les médias arabes est négative et réductrice. Face à cette situation, il est indispensable de mettre en place une stratégie de communication alternative.
Repenser les médias arabes
Par : Awatef Abdel-Rahmane
Les médias, tout comme les institutions scolaires et pédagogiques jouent un rôle très important dans la constitution du tissu culturel dominant dans les sociétés arabes et égyptiennes. Les médias influencent ainsi l'ensemble des couches sociales, éduquées et analphabètes dans les zones rurales et urbaines. La nature complexe des médias facilite la diffusion d'idées et de valeurs contradictoires. Ainsi, les médias sont-ils aussi bien susceptibles de contribuer à changer les valeurs et les coutumes traditionnelles en forgeant des consciences neuves que de jouer le rôle de garants des valeurs traditionnelles. A la lumière de cette réalité, l'on peut poser la problématique de l'image de la femme dans les médias. Ici, il faut se poser une question centrale : les médias égyptiens jouent-ils un rôle positif en poussant la question de la femme en avant, se contentent-ils de décrire ses réalités avec ses points positifs et négatifs ou cherchent-ils, au contraire, à confirmer ses rôles traditionnels tout en ignorant ses réalisations dans les domaines de la production, de l'enseignement, de la participation politique et culturelle, de la création intellectuelle et artistique ? Les études menées sur la femme et les médias mettent en lumière une série de réalités que nous pouvons résumer de la manière suivante :

1. Les médias égyptiens, qu'il s'agisse de la presse écrite, de la radio ou de la télévision se concentrent sur les rôles traditionnels de la femme épouse, mère et maîtresse de maison et n'accordent qu'un intérêt marginal aux autres rôles de la femme et à sa participation dans la vie sociale, politique et culturelle. Le cinéma et les feuilletons télévisés mettent en avant trois rôles de la femme traditionnelle : la femme soumise à son mari et prête à tout pour conserver ce mariage, la mère généreuse qui favorise ses fils, et la petite fille obéissante à ses parents. Sans parler du personnage de la femme matérialiste avide d'argent sans se poser des questions sur son origine, la trafiquante de drogues, la danseuse, la fille de cabarets, etc.

2. Les médias se concentrent sur des secteurs très limités de femmes représentant les couches sociales les plus élevées des villes et ignorent les paysannes ainsi que les habitantes des quartiers populaires. Une étude récente montre ainsi l'absence des paysannes dans les médias : les journaux et les revues n'y consacrent que 2,3 % de leurs pages. Et lorsque les affaires de la paysanne sont traitées, elles le sont de manière assez éloignée de ses réelles préoccupations, en mettant par exemple en avant des questions comme les crimes et la crise des servantes. Dans les années 1970, 80 et 90 le pourcentage des paysannes dans les programmes audiovisuels n'a pas dépassé 1,45 %.

3. Les médias égyptiens accordent une importance démesurée à certains métiers féminins, comme les artistes, les sportives de haut niveau, les femmes d'affaires, les diplomates, les femmes appartenant au parti au pouvoir au détriment des enseignantes, des médecins, des avocates, des employées, des chercheuses, des scientifiques, des paysannes et des ouvrières.

4. Les médias ignorent en général les sujets qui reflètent l'évolution du statut de la femme égyptienne à travers la mise en avant des réalisations lors des cinquante dernières années. Ils ignorent ainsi la participation féminine aux activités socio-politiques, syndicales et culturelles. Par ailleurs, ils évitent de mettre sur le tapis certaines questions litigieuses comme les lois sur le statut privé ou encore les raisons sociales qui poussent au crime féminin, surtout les déviances morales qui ont lieu en général pour des raisons économiques et des pressions sociales auxquelles sont particulièrement confrontées les femmes des classes pauvres.

5. Les médias ignorent les besoins de communication des masses féminines dans la ville et la campagne et leur consacrent rarement un courrier des lectrices ou des émissions ouvertes aux auditrices ou aux spectatrices. Il n'y a pas de campagnes de sensibilisation aux questions de la santé, de l'environnement, de la politique pour les secteurs féminins qui en sont privés.

6. Les journalistes arabes manquent de culture générale, surtout en ce qui concerne la question des femmes. Des études ont ainsi montré la contradiction entre l'image de la femme telle qu'elle est présentée dans les médias arabes et cette image telle qu'elle est dessinée dans l'esprit des femmes qui écrivent, publient et diffusent ce matériel. Il y a plusieurs raisons à cela : 25 % de ces journalistes sont ainsi « obligées » de travailler dans ce département en fonction de la situation de chaque média. De plus, les occasions de faire des stages et de se confronter au monde extérieur à travers des conférences par exemple sont assez rares.

7. Les responsables dans le domaine des médias ne possèdent pas une image précise sur les affaires de la femme. Ils balancent souvent entre les courants traditionnels qui croient à l'idée d'une incapacité féminine et la domination du modèle patriarcal et entre les courants occidentalisés. Peu d'entre eux se reconnaissent dans le courant social émancipé. Ce « melting pot » intellectuel a des conséquences sur les contradictions dont souffre l'image de la femme dans les médias dans le monde arabe et particulièrement en Egypte.

8. Le public féminin et ses besoins est absent des priorités des médias ; on a ainsi remarqué que les femmes travaillant dans le domaine des médias ne possèdent aucune vision précise du public féminin auquel elles sont censées s'adresser. Cela est confirmé par ce que disent celles qui s'occupent de la communication ainsi que par les résultats des études menées pour analyser le contenu des médias, en particulier les paysannes, les bédouines et les femmes qui appartiennent à des secteurs populaires. Cela indique encore une fois que les femmes travaillant des les médias s'adressent uniquement aux femmes évoluant dans les mêmes cercles sociaux que les leurs ou aux femmes célèbres des capitales arabes. Mais même dans ce cas-là, aucune étude sérieuse n'a été menée pour préciser leurs réels problèmes. Cela a à voir avec les positions des institutions médiatiques arabes sur la question du citoyen et de ses droits. Aucune institution médiatique arabe n'a ainsi mené des études pour apprendre à connaître son public et en particulier le public féminin. Tout est basé sur des impressions, fausses en général, les journalistes et surtout leurs responsables partant du principe que les soucis de leur public sont les mêmes que les leurs. Cela traduit une certaine domination intellectuelle qu'exercent les journalistes sur les masses. Par conséquent, ces dernières sont privées de leurs droits dans le domaine de la communication, droits pourtant prescrits dans les traités nationaux et internationaux.

L'on peut conclure de tout ce qui précède la nécessité de changer l'agenda pour l'émancipation de la femme afin qu'il ne soit pas réduit à des revendications (adressées à la société et aux hommes) mais cherche également à mettre en place des politiques de conscientisation sociale adressées aux hommes et aux femmes.

La question à poser ici est : que faire ? Comment changer l'image de la femme arabe dans les médias et créer une meilleure prise de conscience de ses problèmes, liés aux problèmes de la réalité arabe et aux défis de la mondialisation ? Comment arriver à mettre en place des politiques médiatiques équitables et équilibrées sur la question de la femme, des politiques qui prennent en considération les multiples responsabilités de la femme à l'intérieur comme à l'extérieur de son domicile ? Des politiques qui cessent d'ignorer les réalisations de la femme dans les domaines de l'enseignement, de la production et de la créativité culturelle et mettent en avant les réels obstacles à la libération des énergies des femmes comme les traditions, les lois du statut privé, l'analphabétisme, la pauvreté et le chômage. Cpolitiques devront veiller à mettre en avant les avis de la femme dans toutes les questions sociales auxquelles les médias s'intéressent dans le domaine de la politique, de l'économie, de l'art, de la littérature et de la culture. Les médias alternatifs auxquels nous aspirons sont des médias pédagogiques et critiques, visant à changer les opinions traditionnelles dominantes sur la question de la femme arabe. Il faut mettre en avant une vision critique des médias commerciaux et de leurs défauts. Pour réaliser cet objectif, un certain nombre de tâches s'imposent, que je résumerai ainsi :

1. La mise en place d'une stratégie nationale sur la femme et la famille arabe dans les médias, fixant les priorités et visant à dépasser les obstacles qui nous empêchent de profiter pleinement des progrès technologiques et scientifiques dans les domaines des communications. Il s'agit de mettre en place le système de valeurs positives permettant de faire évoluer le rôle socioculturel de la famille arabe confrontée aux défis économiques et socioculturels imposés par la mondialisation.

2. La coordination entre tous les types de médias arabes d'un côté et les centres d'études, les universités et les institutions spécialisées sur la question de la femme et de la famille pour améliorer les feuilletons et mettre en place des critères éthiques aux publicités qui prennent en charge les valeurs de la famille.

3. Le respect par les responsables des médias du rôle socioculturel des médias dans la constitution d'une conscience juste de la réalité avec tout ce qu'elle comporte de patrimoine culturel et d'ambitions humaines pour plus de justice.

Nous proposons les étapes suivantes pour appliquer cette stratégie :

1. Inviter tous les médias à mettre en place une politique comprenant la préparation d'émissions bien étudiées veillant à l'équilibre entre la présentation des rôles et des responsabilités sociales de l'homme et de la femme.

2. Inviter tous les médias à présenter des émissions sur la question de la femme à différentes époques de sa vie et à les intégrer dans les nouvelles, les variétés et les feuilletons. Il ne s'agit pas de reléguer cette question à des émissions exclusivement consacrées et adressées à la femme.

3. Encourager les correspondants dans les villages et en province à faire des reportages sur la situation de la femme en province.

4. Appeler les journalistes à utiliser les recherches scientifiques liées à la femme et publiées par les universités et les centres d'études.

5. Inviter les institutions médiatiques à préparer des sondages sur les besoins du public féminin à la campagne et en ville.

6. Organiser des stages et des groupes de discussions pour les journalistes, les présentateurs et les réalisateurs pour développer leur conscience de la cause de la femme dans les divers sites de travail.

7. Organiser des groupes de discussions avec les responsables femmes dans le domaine des médias pour discuter les réels problèmes de la femme dans le but de développer leur comportement médiatique et l'amélioration de l'image de la femme dans les médias.

8. Tenter de mettre en place un diplôme en communication spécialisé en médias féminins dans les institutions académiques.

9. Création d'une unité d'observation des médias au sein du Conseil national de la femme, chargée du suivi de tout ce qui est publié et diffusé sur la femme égyptienne, veillant à corriger les images négatives sur les femmes, véhiculées dans les médias.

 

 

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