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Iraq . Un an après le début de la guerre, et malgré l'insécurité, les Etats-Unis veulent accélérer la reconstruction. Sociétés américaines et britanniques se taillent toujours la part du lion. Les autres ont droit à de la sous-traitance.
La logique américaine
de la reconstruction
La reconstruction de l'Iraq a fait couler beaucoup d'encre depuis le déclenchement de la guerre. Un gâteau alléchant pour tous, mais sur lequel les Américains ont main basse. Les Etats-Unis ont annoncé avoir octroyé deux contrats de près d'un milliard de dollars à deux sociétés américaines pour des projets de reconstruction en Iraq dans le domaine électrique. Il s'agit des deux plus gros contrats attribués dans le cadre d'une enveloppe globale de 5 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iraq. Deux autres contrats d'un total d'un milliard de dollars ont déjà été attribués au génie de l'armée américaine pour reconstruire le secteur pétrolier. Le Pentagone a déjà réparti sept contrats, d'une valeur d'environ 130 millions de dollars, à des entreprises américaines et britanniques. Poursuivant sa volonté proclamée de faire profiter les sociétés américaines et britanniques, mais également les alliés des Etats-Unis de la manne financière, Washington devrait annoncer dans les prochains jours l'attribution de huit nouveaux contrats d'une valeur de 3,8 milliards de dollars à des sociétés de pays ayant contribué à l'effort de guerre. En outre, six milliards de dollars supplémentaires sont réservés à des projets non liés à la reconstruction auxquels tous les pays, quelle que fût leur position sur la guerre, peuvent participer.
 

Les sociétés des pays hostiles à la guerre n'ont eu droit qu'à la sous-traitance. Ce sont souvent des petites sociétés peu connues, qui ont décroché des contrats très limités. Quelques grands groupes ont obtenu des petits contrats, y compris l'allemand Siemens, bien que l'Allemagne ait figuré parmi les principaux opposants à la guerre. L'équipementier en télécommunications Alcatel est l'un des rares industriels français figurant parmi les élus. Des contrats plus modestes ont été accordés à des sociétés iraqiennes, polonaises ou émiraties pour des projets de développement immobilier.

Du côté russe, la situation reste incertaine. Le ministre iraqien du Pétrole qui a rencontré à Bagdad le patron de Loukoïl, le numéro deux du pétrole russe, a affirmé n'avoir évoqué à aucun moment les contrats d'avant-guerre. Selon lui, le dossier de ces contrats, celui de Loukoïl atteignant 6 milliards de dollars, n'a pas été encore ouvert. Mais les chances de voir ces contrats se réaliser ont été remises en cause par l'opposition affichée par Moscou à l'intervention américaine en Iraq. Avec l'Iran, les Iraqiens examinent un projet consistant à construire un oléoduc acheminant le brut iraqien du sud du pays vers la raffinerie iranienne d'Abadan et à en importer des produits pétroliers.

Des appels d'offres doivent se concrétiser lors du plus grand salon commercial qui aura lieu du 5 au 8 avril en Iraq et qui sera entouré de très fortes mesures de sécurité. « Le salon, qui s'appellera Destination Bagdad expo, se veut ouvert à tous les secteurs économiques et aux entreprises de tous les pays, même ceux qui n'ont pas soutenu l'offensive américano-britannique il y a un an en Iraq », a indiqué un responsable de la Chambre de commerce et d'industrie d'Iraq. Au Caire, et en présence de quelque 500 hommes d'affaires iraqiens, s'est tenue une foire avec la participation de plusieurs entreprises égyptiennes désireuses de se tailler une part du marché de la reconstruction. Un simple protocole de coopération a été signé entre les parties égyptienne et iraqienne. Jusqu'ici, l'Egypte n'a eu accès qu'à des projets de sous-traitance.


L'insécurité bloque la relance

Mais la volonté des Etats-Unis de propulser la reconstruction de l'Iraq à un niveau supérieur se heurte cependant à une situation sécuritaire encore très instable. Ainsi, un porte-parole du géant pétrolier britannique BP a déclaré que « nous pourrions envisager une activité en Iraq s'il y avait un gouvernement internationalement reconnu, stable et s'il invitait les majors pétroliers étrangers à participer à l'exploitation ». Même son de cloche chez son compatriote Amec. Ce groupe de travaux publics, qui a été sélectionné le mois dernier pour participer à la rénovation de l'infrastructure électrique avec l'américain Fluor, n'a encore déployé sur le terrain qu'une demi-douzaine de personnes. « La situation sécuritaire sur le terrain est très mauvaise et nous devons en tenir compte », note un porte-parole du groupe. Amec considère néanmoins que travailler en Iraq est « possible : c'est difficile, mais ce n'est pas une raison pour s'abstenir ».

Le secrétaire d'Etat américain n'a pas hésité à répondre à de telles déclarations en affirmant que Washington allait relancer l'économie iraqienne le plus rapidement possible avec les fonds alloués par le Congrès. Ce dernier a en effet approuvé 18,4 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iraq, soit le tiers environ des besoins de l'Iraq, estimés à 55 milliards de dollars par la Banque mondiale. Le marché iraqien semble de plus en plus prometteur puisque selon le Groupe de la Banque mondiale, après deux ans de déclin économique, le produit intérieur brut iraqien va remonter en flèche de 33 % cette année. La Banque mondiale estime aussi que la production pétrolière iraqienne va presque retrouver le niveau d'avant-guerre vers la fin de l'année, avec une production quotidienne de 2,7 millions de barils contre 2,8 millions avant la guerre. A l'heure actuelle, l'Iraq tire ses revenus de l'exportation de près de 1,8 million de barils par jour, contre 2 millions au début de 2003.

Les Iraqiens, eux, se plaignent du peu de retombées visibles de ces projets, tandis que le chômage reste élevé et le niveau de vie bas. Le Fonds monétaire international avait estimé l'été dernier qu'environ 60 % de la population active iraqienne était sans emploi.

En attendant, les Américains distribuent les gros contrats à qui bon leur semble et tant pis pour la souveraineté iraqienne. C'est là une autre paire de manches.

Ibtissam Zayed
L'Iraq, un an après

Un an après le déclenchement de la guerre, l'Iraq est plongé dans une profonde incertitude sur son avenir en raison d'une sécurité défaillante, des tensions inter-confessionnelles et d'un processus politique semé d'embûches. Le sanglant attentat perpétré mercredi dernier devant un hôtel de Bagdad est venu à nouveau illustrer l'échec des forces de la coalition conduites par les Etats-Unis, à ramener le calme après un an d'occupation.

Débarrassés de Saddam Hussein, capturé en décembre 2003 après la chute de son régime en avril, les Iraqiens qui espéraient la fin des violences se disent déçus. Selon un sondage commandé par des médias internationaux dont la BBC et ABC, seulement 39 % d'Iraqiens souhaitent le maintien des troupes étrangères dans leur pays. Les Iraqiens se montrent en particulier rétifs à l'ingérence des occupants dans leur processus politique.

Une longue liste d'attentats aveugles est venue ajouter à la lassitude d'Iraqiens usés par les guerres et les privations. Les attaques contre les policiers iraqiens, dont plus de 600 ont perdu la vie, ou les soldats américains dont près de 280 sont morts, sont quotidiennes et la population en subit les bavures. Ainsi, plus de 10 000 civils iraqiens ont été tués depuis l'invasion américaine en raison de l'intervention militaire et de l'occupation qui s'est ensuivie, selon un rapport publié jeudi par Amnesty International. L'organisation y dénonce les « violations flagrantes » des droits de l'homme en Iraq. Dans le même temps, les civils iraqiens font face au danger représenté par les attaques menées par des groupes armés et qui ont fait « des centaines de morts », selon le rapport. L'organisation de défense des droits de l'homme ajoute que « des milliers de personnes ont été détenues (par les forces de la coalition), souvent dans des conditions difficiles, beaucoup ont été torturées et certaines sont décédées en détention ». L'Autorité provisoire de la coalition dirigée par les Etats-Unis reconnaît détenir 8 500 personnes, mais une organisation iraqienne des droits de l'homme estime le nombre de prisonniers à 15 000.

L'ébauche de ce tableau général assez sombre ne saurait être complète sans parler de la situation économique. Un an après la guerre, la reconstruction du pays reste embryonnaire et la production pétrolière erratique, les entreprises susceptibles d'investir dans le pays restant à l'écart, face à l'absence de sécurité et d'institutions internationalement reconnues.

L'Iraq détient les deuxièmes réserves pétrolières du monde, mais la production de brut du pays s'élevait à moins de 1,9 million de barils par jour (mbj) en février dernier, alors qu'elle atteignait 2,8 mbj avant la guerre. L'exploitation de la manne pétrolière est gênée par les attentats quotidiens contre les installations pétrolières et notamment les oléoducs.

Malgré les multiples conférences internationales organisées par les Etats-Unis à Londres, Doubaï, Amman, Beyrouth ou Koweït City pour tenter d'attirer les entreprises étrangères en Iraq, celles-ci hésitent à envoyer du personnel dans un pays où les attentats sont quasi quotidiens et où travailler pour des étrangers est dangereux. Le Congrès américain a débloqué des milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iraq mais les rares contrats attribués jusque-là par l'Autorité provisoire de la coalition concernent des projets localisés et des montants réduits. Ils sont revenus dans leur immense majorité à des groupes américains, conformément à la décision controversée des Etats-Unis d'exclure des contrats les pays hostiles à leur intervention en Iraq. Les entreprises étrangères n'ont ainsi eu accès qu'à la sous-traitance. Ce sont souvent des petites sociétés peu connues, qui ont décroché des contrats très limités.

 

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