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Justice . Après le témoignage du ministre de l'Agriculture, Youssef Wali, le procès de l'un de ses proches collaborateurs, Youssef Abdel-Rahmane, accusé de corruption, se poursuit devant la Cour d'assises du Caire Nord.
Débat sur les pesticides importés

La Cour d'assises du Caire a repris cette semaine le vaste procès de corruption impliquant 20 hauts responsables du ministère de l'Agriculture. Au cours d'une séance qui a duré plus de cinq heures, le tribunal a auditionné lundi les avocats de Youssef Abdel-Rahmane, le principal accusé.

« Youssef Abdel-Rahmane a été retenu pendant les six premiers mois de ce procès dans des locaux appartenant à l'Organisme de contrôle administratif et non pas dans une prison relevant de l'administration carcérale. Ceci est contraire à la Constitution », affirme Moustapha Abou-Zeid, l'un des avocats. Selon lui, l'article 42 de la Constitution stipule que l'accusé ne doit être interrogé ou emprisonné que dans les prisons régulières de l'administration pénitentiaire, ce qui n'a pas été le cas pour Youssef Abdel-Rahmane.

Le procès avait commencé en août 2002 après l'arrestation de Youssef Abdel-Rahmane sur décision du procureur général et suite à des investigations accomplies par l'organisme de contrôle administratif. Cet ancien directeur de la banque du développement et du crédit agricole, considéré comme un des proches du vice-premier ministre et ministre de l'Agriculture Youssef Wali, est accusé d'avoir autorisé l'importation en 1996 d'insecticides cancérigènes interdits.

20 autres hauts responsables du ministère de l'Agriculture sont impliqués dans l'affaire.

L'affaire a eu toute une série de retentissements. Appelé à témoigner dans le cadre du procès, Youssef Wali avait dans un premier temps refusé de se rendre au tribunal. Dans une lettre adressée au tribunal, le ministre de l'Agriculture s'excusait de ne pas être venu témoigner, affirmant qu'il n'avait pas de « nouvelles informations concernant cette affaire ». Mais le ministre a changé d'avis lorsque le tribunal a demandé la levée de son immunité parlementaire et a insisté pour qu'il vienne s'expliquer à propos de certains documents portant sa signature et approuvant l'importation de certains insecticides interdits. Le premier mars, Youssef Wali témoignait en affirmant qu'« aucun pesticide interdit n'a été autorisé sur le sol égyptien » et que « tous les pesticides autorisés à entrer dans le pays depuis 1982 ne sont pas cancérigènes ». Le procès suit donc son cours, la défense mettant l'accent sur l'irrégularité des procédures. « L'arrestation de Youssef Abdel-Rahmane n'a pas été précédée d'investigations sérieuses. Ils ont fouillé son appartement et son bureau sans mandat judiciaire », affirme Moustapha Abou-Zeid.

Ibrahim Saleh, le second avocat de Youssef Abdel-Rahmane, insiste, lui, sur le problème des insecticides : « Ces insecticides ne sont pas cancérigènes. La preuve est qu'ils ont été utilisés dans la culture de 150 milles feddans de coton en 2002 et la récolte de cette année a été très riche », ajoute Ibrahim. Moustapha Abou-Zeid a, lui, montré au juge des médicaments vendus dans les pharmacies et contenant la même molécule que les insecticides. « On a qualifié ce produit de cancérigène. Comment peut-on dire des choses pareils alors que des médicaments contenant ce produit sont vendus dans les pharmacies », affirme-t-il. Abou-Zeid a demandé au tribunal d'interdire toute publication dans les journaux sur cette affaire jusqu'à la fin du procès. « Cela affecte le moral des accusés et les pousse à dire n'importe quoi », assure l'avocat, confiant que Youssef Abdel-Rahmane sera libéré. « Je trouve que ce procès est plein de failles et la loi n'a pas été appliquée correctement ».

Certains observateurs estiment que le procès est en fait dirigé contre le ministre de l'Agriculture afin de l'affaiblir et l'exclure de son poste. Le ministre de l'Agriculture avait fait l'objet il y a quelques années d'un procès engagé par le bihebdomadaire de tendance islamiste Al-Chaab qui l'accusait entre autres d'avoir introduit en Egypte des pesticides cancérigènes. Mais le journal avait perdu ce procès.

Samar Zarée

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