« Youssef Abdel-Rahmane a été retenu
pendant les six premiers mois de ce procès dans des locaux
appartenant à l'Organisme de contrôle administratif et non
pas dans une prison relevant de l'administration carcérale.
Ceci est contraire à la Constitution », affirme Moustapha
Abou-Zeid, l'un des avocats. Selon lui, l'article 42 de la
Constitution stipule que l'accusé ne doit être interrogé ou
emprisonné que dans les prisons régulières de l'administration
pénitentiaire, ce qui n'a pas été le cas pour Youssef Abdel-Rahmane.
Le procès avait commencé en août 2002 après
l'arrestation de Youssef Abdel-Rahmane sur décision du procureur
général et suite à des investigations accomplies par l'organisme
de contrôle administratif. Cet ancien directeur de la banque
du développement et du crédit agricole, considéré comme un
des proches du vice-premier ministre et ministre de l'Agriculture
Youssef Wali, est accusé d'avoir autorisé l'importation en
1996 d'insecticides cancérigènes interdits.
20 autres hauts responsables du ministère
de l'Agriculture sont impliqués dans l'affaire.
L'affaire a eu toute une série de retentissements.
Appelé à témoigner dans le cadre du procès, Youssef Wali avait
dans un premier temps refusé de se rendre au tribunal. Dans
une lettre adressée au tribunal, le ministre de l'Agriculture
s'excusait de ne pas être venu témoigner, affirmant qu'il
n'avait pas de « nouvelles informations concernant
cette affaire ». Mais le ministre a changé d'avis
lorsque le tribunal a demandé la levée de son immunité parlementaire
et a insisté pour qu'il vienne s'expliquer à propos de certains
documents portant sa signature et approuvant l'importation
de certains insecticides interdits. Le premier mars, Youssef
Wali témoignait en affirmant qu'« aucun pesticide
interdit n'a été autorisé sur le sol égyptien » et
que « tous les pesticides autorisés à entrer dans
le pays depuis 1982 ne sont pas cancérigènes ». Le
procès suit donc son cours, la défense mettant l'accent sur
l'irrégularité des procédures. « L'arrestation de
Youssef Abdel-Rahmane n'a pas été précédée d'investigations
sérieuses. Ils ont fouillé son appartement et son bureau sans
mandat judiciaire », affirme Moustapha Abou-Zeid.
Ibrahim Saleh, le second avocat de Youssef
Abdel-Rahmane, insiste, lui, sur le problème des insecticides :
« Ces insecticides ne sont pas cancérigènes. La preuve
est qu'ils ont été utilisés dans la culture de 150 milles
feddans de coton en 2002 et la récolte de cette année
a été très riche », ajoute Ibrahim. Moustapha Abou-Zeid
a, lui, montré au juge des médicaments vendus dans les pharmacies
et contenant la même molécule que les insecticides. « On
a qualifié ce produit de cancérigène. Comment peut-on dire
des choses pareils alors que des médicaments contenant ce
produit sont vendus dans les pharmacies », affirme-t-il.
Abou-Zeid a demandé au tribunal d'interdire toute publication
dans les journaux sur cette affaire jusqu'à la fin du procès.
« Cela affecte le moral des accusés et les pousse
à dire n'importe quoi », assure l'avocat, confiant
que Youssef Abdel-Rahmane sera libéré. « Je trouve
que ce procès est plein de failles et la loi n'a pas été appliquée
correctement ».
Certains observateurs estiment que le procès
est en fait dirigé contre le ministre de l'Agriculture afin
de l'affaiblir et l'exclure de son poste. Le ministre de l'Agriculture
avait fait l'objet il y a quelques années d'un procès engagé
par le bihebdomadaire de tendance islamiste Al-Chaab qui
l'accusait entre autres d'avoir introduit en Egypte des pesticides
cancérigènes. Mais le journal avait perdu ce procès.