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Procès . La rédactrice en chef du magazine Hawa, Iqbal Baraka, fait l'objet d'un procès intenté par un avocat inconnu en raison de ses idées contre le port du voile.
La liberté d'expression prise pour cible

La liberté d'expression et de pensée est à nouveau au centre d'un débat agité. Raison : un procès intenté contre Iqbal Baraka, rédactrice en chef du magazine Hawa et réclamant la confiscation de son livre Le Voile, une vision moderne et son renvoi du Syndicat des journalistes. Tout a commencé lorsqu'un avocat totalement inconnu du gouvernorat de Béheira a intenté la semaine dernière un procès devant la cour administrative d'Alexandrie à la fois contre Iqbal Baraka, le cheikh d'Al-Azhar, les ministères de la Culture, de l'Information et de l'Aviation civile. Il réclame l'annulation de toutes les décisions qui interdisent de manière implicite le port du voile pour certaines catégories de profession comme les présentatrices de télévision et les hôtesses de l'air. Quant à Al-Azhar, il lui reproche de ne pas avoir relu le livre de Baraka et de ne pas l'avoir interdit ! « Iqbal Baraka a renié un principe fondamental de l'islam en déclarant que le port du voile n'est pas une obligation religieuse mais une simple coutume d'origine perse », affirme l'avocat.

L'affaire a fait revenir aux esprits les procès intentés au milieu des années 1990 contre certains écrivains comme Nasr Hamed Abou-Zeid qui a été accusé d'apostasie et condamné à divorcer de sa femme ! Le couple avait fini par quitter le pays. Les intellectuels dénoncent toute tutelle sur la liberté de pensée et d'expression. « Il est honteux que de tels procès soient aujourd'hui encore intentés », regrette Iqbal Baraka qui qualifie cette affaire de « tempête dans un verre d'eau ». Son livre, publié il y a un an et demi par la maison d'édition Rose Al-Youssef sans avoir soulevé la moindre critique, défend la thèse selon laquelle le voile est une tradition qui prévalait avant l'islam et ne constitue en aucun cas une obligation religieuse.

Pour Iqbal Baraka, cette affaire n'est qu'une tentative naïve de la part d'un avocat inconnu de se faire une renommée. « Les idées traitées dans le livre en question sont fondées sur des arguments et des preuves du Coran, de la Sunna (tradition du prophète) et des avis des oulémas. Bref, il s'agit d'une interprétation des textes religieux à la lumière d'une vision moderne. Je n'ai commis aucun crime et c'est pour cela qu'il n'a pas osé m'accuser d'apostasie », estime Baraka. Elle ajoute que l'islam au nom duquel on intente ce genre de procès appelle à l'usage de la raison et c'est pourquoi qu'il existe différentes écoles de jurisprudence.


L'indignation des intellectuels

Plusieurs intellectuels ont fait preuve de solidarité avec Iqbal Baraka. Le parti du Rassemblement a lancé une pétition en sa faveur. En outre, un front de défense a été formé par le Syndicat des journalistes pour la soutenir. Non à la confiscation des idées et non à la tutelle sur l'islam et les musulmans, titre un communiqué du parti du Rassemblement appelant les intellectuels et les journalistes à « soutenir Iqbal Baraka contre la vague rétrograde ».

L'intellectuel de gauche Mahmoud Amin Al-Alem qualifie de « terrorisme intellectuel » tout appel à la saisie des œuvres. « C'est scandaleux que depuis des centaines d'années les oulémas et les penseurs ont pu renouveler les concepts religieux en fonction des nouvelles données de la société et qu'aujourd'hui on veuille fermer la porte de l'ijtihad (effort personnel d'interprétation) », estime Al-Alem. Selon lui, la liberté d'expression doit être garantie et, en cas de discorde, les idées de l'un sont combattues par les idées de l'autre et non pas par la confiscation : « C'est la seule garantie du progrès ».

En fait, il ne s'agit pas du premier procès du genre. plusieurs ouvrages ont fait l'objet soit de saisie soit d'appel à la saisie. A titre d'exemple, le livre de Nasr Hamed Abou-Zeid, Le Discours et l'interprétation a été interdit par Al-Azhar qui a justifié sa décision par le fait que le livre porte atteinte à des principes fondamentaux de l'islam. Al-Azhar, en sa qualité de plus haute instance islamique en Egypte, a le droit d'émettre son avis et même d'appeler à la censure de toute œuvre traitant des questions religieuses. Droit rejeté par Iqbal Baraka qui ne voit pas pourquoi Al-Azhar se permet de faire du prosélytisme. « Si je refuse la censure des idées, je trouve également que la liberté a toujours une limite et qu'elle est conditionnée par le recours à la raison et le respect des doctrines religieuses. Mais les idées ne doivent pas faire l'objet de contrôle », estime Baraka.

Sayed Abou-Zeid, avocat du Syndicat des journalistes, quant à lui, estime que ce procès non fondé juridiquement ne constitue qu'un maillon dans une chaîne de procès intentés, contre les écrivains pour acquérir une célébrité. Un phénomène que l'amendement en 1996 de la loi sur la Hisba (procédé permettant de dénoncer un acte jugé contraire à l'islam même si le plaignant n'est pas directement concerné par les faits) a pu combattre. « Voilà pourquoi l'avocat a eu recours à la justice administrative et non à la justice normale. Mais c'est là un abus dans le recours à la justice. Tout d'abord, il n'existe au syndicat aucune loi ou règlement privant le journaliste du droit d'exprimer ses idées. En outre, l'accusation elle-même est mal fondée puisqu'il n'existe pas d'ordre administratif qui interdise le port du voile pour le contester », explique-t-il. Et d'appeler le Syndicat des avocats à jouer son rôle pour faire face à ce phénomène qui menace la crédibilité de la justice.

May Al-Maghrabi

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