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Comores . N'ayant qu'un seul siège sur 14 au premier tour des législatives, le camp du président Azali risque de perdre face aux partisans des îles autonomes lors du second tour tenu dimanche.

L'union face aux îles

Dimanche matin, les électeurs comoriens se sont rendus aux urnes pour le second tour des élections législatives dans les trois îles autonomes du pays. Un scrutin entaché de violence. En effet, un candidat du camp de l'Union des Comores a été appréhendé dimanche en début d'après-midi à Moroni après la mise à sac de quatre bureaux de vote des législatives par un commando d'une cinquantaine d'hommes. Le candidat, Issa Gauda, a été vu en compagnie du commando dans « au moins un des bureaux saccagés », a indiqué une source de la gendarmerie. Une cinquantaine d'hommes ont fait irruption dans les quatre bureaux de vote de la première circonscription de Moroni, brisant les urnes de plastique, éparpillant les bulletins de vote et déchirant les listes électorales, a-t-on encore expliqué à la gendarmerie.

M. Gauda avait déjà interrompu le scrutin dans un premier bureau de Moroni en fin de matinée. Il en avait fait sortir ses délégués en contestant la validité de la liste électorale qui y était affichée. Il réclamait la présentation de la liste électorale des présidentielles de 2002, contestant la nouvelle liste établie pour les législatives. La Commission d'homologation, à représentation internationale, avait suggéré samedi l'utilisation de cette liste de 2002, mais la Commission nationale électorale indépendante, exclusivement comorienne, avait repoussé cette proposition.

Le scrutin avait commencé dans le calme à Moroni, où les électeurs de l'île de la Grande-Comore ne se massaient pas en nombre devant les bureaux de vote, contrairement à l'affluence du premier tour, le 14 mars, provoquée par l'ouverture très tardive des bureaux. Cette fois, le vote avait commencé avec environ une heure de retard dans la plupart des bureaux de Moroni, en raison de l'arrivée tardive des bulletins de vote et des listes électorales.

Le camp du président de l'Union des Comores, le colonel Azali Assoumani, était parti dans ce deuxième tour avec un lourd handicap. Selon les résultats du premier tour publiés jeudi, le camp présidentiel a obtenu un seul des quatorze candidats élus au premier tour, les treize autres étant favorables aux présidents des trois îles. Le premier tour s’étant réduit le 14 mars à un face-à-face entre les candidats soutenus par les îles et ceux du pouvoir central du président de l’Union, le colonel Azali Assoumani.

La Commission Nationale Electorale Indépendante (CNEI) n'a pas relevé d'irrégularité majeure au cours du vote du premier tour, même si pendant la campagne, les candidats locaux, soutenus par leur île, s'étaient plaints de ne bénéficier que d'un accès limité aux médias publics et aux « ressources de l'Etat », en comparaison des candidats du pouvoir central. La Commission d'homologation, représentation internationale, a invité la Commission nationale électorale indépendante (exclusivement comorienne) à plus de vigilance pour le second tour.

Sur un total de 55 sièges à pourvoir, quarante-et-un sièges restaient en jeu sur l'ensemble des trois îles, et quatre-vingt-un candidats se les disputaient. L'Assemblée de la Grande-Comore, la plus grande des îles, compte 25 sièges, celle d'Anjouan 20 et celle de Mohéli, la plus petite, 10.

Sur les quatorze candidats élus au premier tour, quatre appartenaient à l’Assemblée de la Grande-Comore, huit à celle d’Anjouan et deux à Mohéli. Le seul candidat de M. Azali a été élu sur l'île de la Grande-Comore, la plus grande de l'archipel, les trois autres appartenant au camp du président de l'île, Abdou Soulé Elbak. Les huit candidats élus dans l'île d'Anjouan sont tous favorables au président de l'île, Mohamed Bacar, et opposés au président. Les deux candidats élus à Mohéli appartiennent au camp du président Mohamed Said Fazul. Le taux général de participation au premier tour a été de 68,44 %.

De son côté, le président de l'Union des Comores, le colonel Azali, s'est dit « confiant » en la victoire de son camp aux élections législatives. Il revendique trois élus au premier tour pour son parti, la Convention pour le Renouveau Comorien (CRC). Une dizaine de réclamations sont à l'étude devant la Commission d'homologation. Dans ce contentieux où les camps adverses s'accusent mutuellement, les cas de trois circonscriptions sont particulièrement litigieux, et de nature à modifier le résultat du 14 mars, indiquait-on vendredi à la Commission nationale électorale indépendante.

« S'il est vrai que nous n'avons pas eu beaucoup d'élus au premier tour, il n'empêche que la CRC est le parti le plus présent au second tour, avec 33 candidats au total, c'est quand même très important, et parmi eux certains sont en ballottage favorable », a déclaré M. Azali. Il est « dommage » que les présidents des trois îles autonomes se soient présentés comme des forces d'opposition au gouvernement fédéral, a-t-il estimé. « C'est une mauvaise compréhension qui fait que les présidents des îles ont tendance à se serrer pour montrer qu'ils sont contre l'Union, et ça, c'est très grave ».

Ces premières élections législatives depuis la création de l'Union des Comores en 2001 doivent constituer la dernière étape du processus de réconciliation nationale dans cet archipel de l'Océan indien en crise depuis 1997 et où une lutte d'influence oppose les îles au pouvoir fédéral. Les législatives à l'échelon fédéral de l'Union des Comores seront organisées les 18 et 25 avril prochain.

Chérif Albert
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