Le processus
de paix en Côte-d'Ivoire semble entrer les prochains jours dans
une phase décisive, où les forces d'opposition veulent manifester
jeudi au cœur d'Abidjan, malgré l'interdiction officielle, ce
qui pourrait amener les Nations-Unies à reporter l'envoi de
Casques bleus si la situation dégénère. Le 25 mars, les principaux
partis politiques — le Parti Démocratique de Côte-d'Ivoire
(PDCI, d'Henri Konan Bédié) et le Rassemblement Des Républicains
(RDR, d'Alassane Ouattara) — ont décidé, avec les
dirigeants des Forces Nouvelles (FN, ex-rébellion), de défiler
pour soutenir les accords de paix inter-ivoiriens de Marcoussis.
Ces formations ont choisi de manifester place de la République,
à deux pas de la présidence et surtout haut lieu des manifestations
« pro-Gbagbo » dans les premiers mois de la
crise, déclenchée en septembre 2002 par un soulèvement militaire.
Les « jeunes
patriotes », qui agissent comme la « garde
prétorienne de la rue » du président Laurent Gbagbo,
ont qualifié cette manifestation de « provocation de
trop ». Le chef de l'Etat a interdit par décret toute
manifestation de rue jusqu'au 30 avril. Même si, comme le rappelle
la presse d'opposition, il a lui-même maintes fois battu le
pavé contre le régime de Félix Houphouët Boigny du temps où
il était dans l'opposition.
Le blocage est
patent dans le pays et se traduit, depuis deux semaines, par
le boycott du gouvernement de réconciliation nationale par le
PDCI. Fin 2003 déjà, ce sont les ministres issus de la rébellion
qui avaient boudé le gouvernement trois mois durant.
Malgré des pleines
pages de publicité institutionnelle en faveur de la paix et
la réconciliation, une partie de la presse ivoirienne contribue
en outre à alimenter un climat délétère. Depuis plusieurs jours,
les quotidiens pro-Gbagbo parlent d'un coup d'Etat en préparation
contre le régime avec la complicité de la France, les « anti-Gbagbo »
d'une « répression sanglante » programmée par
les hommes du président.
Personne ne semble
pour l'instant prêt à céder. Le climat de confrontation s'est
encore alourdi le week-end dernier avec la décision des chefs
de la garde présidentielle et de la Garde républicaine. Devant
le refus des partis politiques et des FN de renoncer à leur
marche malgré le décret présidentiel, ces derniers ont décidé
de faire jeudi du périmètre autour du palais présidentiel, une
« zone rouge » à l'intérieur de laquelle tout
manifestant « sera considéré comme combattant ennemi
et traité comme tel sans sommation ». Les deux lieutenants-colonels
ont tout de même eu la courtoisie d'aviser de leur décision,
par écrit, le ministre de la Sécurité intérieure, Martin Bléou.
Alors que le gouvernement
de réconciliation nationale formé en mars 2003 vient de souffler
sa première bougie, cette poussée de fièvre arrive au plus mauvais
moment : théoriquement, les premiers des 6 200 Casques
bleus de l'Onu dont l'envoi a été décidé fin février par le
Conseil de sécurité devraient se déployer à partir du 4 avril.
Or, selon des sources proches du dossier, ce déploiement de
l'ONUCI (Opération des Nations-Unies en Côte-d'Ivoire) pourrait
être reporté si la situation socio-politique ivoirienne venait
à se détériorer. « Les Casques bleus sont une force
de paix qui se déploie pour soutenir un processus de paix; ce
n'est pas une force d'interposition », fait valoir
un diplomate. Ce message, selon les mêmes sources, a été transmis
aux plus hautes autorités ivoiriennes. |