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Syrie . La situation est redevenue calme dans le nord-est, théâtre d'affrontements entre forces de l'ordre et Kurdes. Ces derniers veulent cependant mettre en avant leurs revendications.

Damas face à la nouvelle donne kurde

Dans le calme et en l'absence des forces de l'ordre, environ 3 000 Kurdes ont commémoré dimanche le Nowrouz, le jour de l'an kurde dans la ville de Qamichli, dans le nord-est de la Syrie, en revendiquant plus de liberté et la libération des prisonniers. Ce rassemblement a été organisé à l'initiative du parti de l'Union démocratique (ex-PKK, séparatiste kurde de Turquie) qui a rompu avec le mot d'ordre du collectif kurde syrien demandant que le Nowrouz soit décrété « jour de deuil ».

Ce collectif de onze partis, tous interdits, avait demandé aux Kurdes de dresser des banderoles noires sur les maisons, après les affrontements qui les ont opposés aux forces de l'ordre ou à des tribus arabes et qui ont fait 40 morts en six jours, selon des sources kurdes, et 25 morts selon un bilan officiel syrien. Les responsables de ce collectif et les drapeaux syriens étaient absents lors de ce rassemblement dans un stade proche de la ville de Qamichli (600 km au nord-est de Damas), à forte composante kurde. Les participants ont brandi des drapeaux kurdes, des portraits d'Abdullah Ocalan, un chef kurde chassé de Syrie il y a quelques années à la demande de la Turquie, où il est emprisonné, ainsi que ceux de Massoud Barzani, chef du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK, iraqien) et de son père Moustapha Barzani, figure historique du nationalisme kurde en Iraq.

Issa Ezzo, un responsable du PDK, a expliqué l'absence des forces de l'ordre syriennes par « la volonté des autorités de ne pas vouloir être perçues comme réprimant les activités kurdes ». « Nous voulons montrer à l'opinion publique que les célébrations kurdes n'ont pas pour objectif de créer des troubles et qu'il n'existe aucune ingérence étrangère suspecte dans nos rangs », a-t-il ajouté. La commémoration du Nowrouz a permis aux participants kurdes (une ethnie qui représente plus de 10 % d'une population de 18 millions d'habitants) d'exprimer leurs sentiments à travers des discours et des chants kurdes. Des fillettes portant le costume folklorique kurde vert, jaune et rouge arboraient des banderoles noires sur lesquelles était écrit : « Vive le martyre ! » ou « le Nowrouz pleure ses martyrs ». Des hommes, des femmes et des enfants tenaient à bout de bras des bannières noires sur lesquelles étaient inscrites leurs principales revendications : « Libérez les prisonniers ! », « Rendez-nous notre nationalité ! » et en langue kurde « Vive la fraternité kurdo-arabe ! ». Selon un responsable d'un parti kurde interdit, quelque 1 500 Kurdes arrêtés après les troubles demeurent en détention. Les autorités syriennes avaient pourtant libéré vendredi 400 Kurdes détenus après les derniers incidents.

Qamichli, d'où sont parties les violences entre Kurdes et forces de l'ordre, était tout à fait calme et l'activité y était faible. Les forces de l'ordre en très petit nombre étaient postées aux principaux croisements de cette ville frontalière de la Turquie, où les troubles avaient commencé le 12 mars, avant de s'étendre à d'autres villes.

A Alep et dans sa région (nord-ouest), où les Kurdes sont nombreux, le Nowrouz s'est déroulé également dans le calme, avec de la musique folklorique, les forces de l'ordre se contentant d'observer de loin.

Revendications kurdes

Les heurts entre Kurdes et forces de l'ordre ont pris fin jeudi et des représentants de la minorité kurde ont appelé le président syrien, Bachar Al-Assad, au dialogue pour résoudre les problèmes touchant leur communauté. Les forces de l'ordre ont réussi à rétablir le calme dans des régions kurdes du nord de la Syrie où des affrontements ont fait en six jours 40 tués selon des sources kurdes, et 25 morts selon le ministre syrien de l'Intérieur, Ali Hammoud.

Le collectif des onze partis kurdes s'est adressé au chef de l'Etat pour lui demander de recevoir les représentants de la population kurde de Syrie « qui lui exposeront leurs griefs (...) et lui assureront qu'ils ne demandent qu'à vivre en paix avec leurs frères arabes au sein de la patrie syrienne ». Le collectif demande aux autorités de « libérer les personnes arrêtées, de désarmer les miliciens du parti Baas qui se livrent à des exactions, de lever l'encerclement de villages et de quartiers kurdes, d'y rétablir l'approvisionnement en eau, et de sanctionner les responsables des incidents ». Les Kurdes de Syrie, installés principalement dans le nord-est, affirment faire l'objet d'une « politique discriminatoire ». Outre la reconnaissance de leur culture, ils demandent à être traités comme des citoyens à part entière en revendiquant des droits politiques et administratifs « dans le cadre de l'intégrité territoriale du pays ».

Mais rien pour l'instant n'indique que Damas réagira positivement à ces demandes. « En Syrie, il n'y a jamais eu de problème kurde. Les Kurdes de Syrie n'ont besoin de la protection de personne. C'est la Syrie qui les protège », a affirmé le ministre syrien de l'Intérieur. « L'unité nationale est forte », a-t-il ajouté.

Les heurts entre Kurdes et forces de l'ordre ont succédé à une mobilisation croissante d'opposants syriens qui réclament des réformes démocratiques. Les mouvements d'opposition ont été encouragés par la nouvelle donne régionale créée par la guerre d'Iraq. Mais la plupart des militants de la société civile, auxquels se sont joints plusieurs partis kurdes, plaident en faveur d'un front commun avec l'Etat syrien qui permettrait de « défier les pressions » et d'« éviter l'anarchie » au pays.

Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, la Syrie est dans la ligne de mire des Américains qui ont annoncé des sanctions imminentes contre ce pays auquel ils reprochent de soutenir des groupes palestiniens radicaux et qu'ils accusent de laisser passer des combattants étrangers en Iraq (voir encadré). L'éclatement de l'Iraq est la crainte principale des officiels syriens qui s'inquiètent des retombées des tensions religieuses et ethniques sur leur pays. Ainsi, le président Bachar Al-Assad avait déclaré récemment que la création d'un Etat kurde dans le nord iraqien serait une étape à ne pas franchir. La Turquie et l'Iran (où vivent de 19 à 27 millions de Kurdes) partagent ce point de vue.

Les troubles ont éclaté le 12 mars à Qamichli (600 km au nord-est de Damas), où vit une importante communauté kurde, avant un match du championnat de football national, lorsque des partisans de l'équipe adverse ont lancé des slogans hostiles aux chefs kurdes iraqiens et ont brandi des portraits du président iraqien déchu Saddam Hussein. Le lendemain, des manifestations de protestation ont tourné à l'émeute et se sont étendues à d'autres localités du pays.

Hicham Mourad
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La tension monte

Menacée de sanctions imminentes, la Syrie subit de plus en plus les pressions américaines qui cherchent à réduire son influence régionale, en lui demandant désormais sans ambages de retirer ses troupes du Liban.

Jusqu'à récemment, Washington exigeait avant tout de la Syrie de cesser son soutien au Hezbollah chiite libanais et aux mouvements radicaux palestiniens, qualifiés de « terroristes », de mieux surveiller sa frontière avec l'Iraq pour empêcher l'infiltration de combattants dans ce pays et de suivre « l'exemple de la Libye » en ce qui concerne les armes de destruction massive.

Depuis une semaine cependant, le ton a changé : Il ne se passe en effet plus un jour sans que les responsables américains n'annoncent des sanctions « imminentes et fermes » contre la Syrie. Le 11 novembre, le Congrès américain a approuvé des sanctions, notamment économiques et diplomatiques contre la Syrie, accusée de soutenir le terrorisme, dans le cadre de « la loi pour la responsabilité de la Syrie et sur la souveraineté du Liban ».

Parallèlement, Washington ne rate plus une occasion d'appeler au retrait syrien du Liban, conformément à cette loi sur les sanctions adoptée par le Congrès. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a ainsi appelé samedi, lors d'une visite au Koweït, la Syrie à retirer ses troupes du Liban pour permettre à ce pays de « jouir d'une souveraineté totale ». Deux jours plus tôt, un porte-parole américain avait été encore plus clair, assénant : « Il est temps que la Syrie se retire du Liban ». « Les anciennes thèses selon lesquelles cette présence était nécessaire pour servir de monnaie d'échange pour récupérer le Golan ou assurer le flanc de la Syrie en cas d'attaque israélienne, sont devenues obsolètes ou dépassées », avait-il dit. Même la conseillère du président George W. Bush pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a mis son grain de sel. Elle a demandé il y a une semaine que l'élection présidentielle libanaise, prévue à l'automne, se déroule « loin de toute ingérence étrangère », en allusion à la Syrie.

Ce n'est pourtant pas l'avis du président libanais Emile Lahoud. Ce dernier a jugé vendredi, après des déclarations américaines sur la nécessité d'un retrait syrien du Liban, que « la présence syrienne est un facteur de stabilité » au Liban et au Proche-Orient. Selon M. Lahoud, « la Syrie a aidé le Liban à sauvegarder son unité, reconstruire son armée nationale et a permis à sa résistance de libérer la plus grande partie du sud du pays occupé par Israël ».

La Syrie a déployé des troupes au Liban en 1976, un an après le début de la guerre civile. Au cours des dernières années, elle a progressivement réduit sa présence militaire — aujourd'hui 17 000 soldats —, mais continue d'exercer une influence prépondérante sur les affaires libanaises.

Il est difficile de dire à ce stade si les critiques incessantes de Washington contre la Syrie font partie de la guerre psychologique visant à amener Damas à répondre aux exigences américaines. Mais, il ne semble pas faire de doute que la présence syrienne au Liban — et son rôle régional — est pour la première fois aussi clairement montrée du doigt, alors que dans le passé elle paraissait tolérée. De fait, la donne a changé avec les attentats du 11 septembre 2001, la chute du régime iraqien de Saddam Hussein et le projet américain de favoriser les réformes au Moyen-Orient. Opposée à la guerre contre l'Iraq, la Syrie qui entretenait de bonnes relations avec les Etats-Unis — dont elle était l'alliée lors de la première guerre du Golfe en 1991 — a basculé dans le camp des adversaires des Etats-Unis, à la grande satisfaction d'Israël.

 

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