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Musique . En quatre ans d'existence, le groupe alexandrin Resala a su créer un style où saxophone et guitare électrique épousent l'esprit populaire de Sayed Darwich.
Resala revisite Alexandrie

Le groupe est très attaché à son identité. Il s'affirme souvent comme le petits-fils de Sayed Darwich, ce grand compositeur alexandrin du début du siècle précédent qui, d'une âme vaste et imparfaite, a laissé un répertoire riche et varié, allant de l'hymne national à une chanson où il se plaint des méfaits de la cocaïne ! Resala admire surtout chez ce compositeur sa simplicité et la façon avec laquelle il a modernisé la chanson égyptienne en introduisant de nouveaux rythmes et instruments, comme pour approfondir l'esprit populaire de la chanson et son « éloquence vulgaire ». Ainsi, ses mélodies sont-elles devenues comme les rues de la ville de son époque : un mode d'expression des humbles (provenant de toute la Méditerranée) pataugeant dans leur misère, mais vivant parfois une sérénité à la fois mystique et noyée dans sa sueur, aiguisée par le soleil et rafraîchie par le voisinage de la mer. Dans cet esprit, Resala a fait une réadaptation d'une des chansons de Sayed Darwich intitulée Ched al-hizam (Se serrer la ceinture), rythmée par le piano et parsemée par un merveilleux solo de saxophone. Ched al-hizam, la mélodie assez simple de Sayed Darwich a du coup entamé une nouvelle vie avec Resala.

Le groupe est formé de Nour Achour (saxophone et chant), Mady Al-Kamary et Michel Boutros (clavier), Ossama Helmi (tambourin et chant), Mina Sabri (basse) Chérif Moustapha (guitare), Fadi Saleh (chanteur). Le groupe joue parfois avec un talentueux invité, le percusionniste-batteur Amr Galal. Depuis sa fondation en 2000, Resala a réalisé douze chansons et un morceau de musique, Maqtoua min chagara (Sans famille). Alors que presque toutes les paroles sont du poète alexandrin dialectal Mohamad Ragag, à l'exception de Nergaa néheib (De nouveau l'amour) de Tamer Bilal et Dawwam (Tourbillon) de Magdi Maghrabi, les musiques sont le fruit d'un travail unissant tous les membres du groupe. « Nous sommes très attachés à ce que notre musique soit le fruit des répétitions collectives et d'essais ouverts à l'inspiration de chaque membre », explique Nour Achour, le saxophoniste, qui malgré son jeune âge assimile la musique de jazz dans un esprit oriental bien rythmé.

Kifak enta (Comment vas-tu ?), la chanson de Fayrouz, est parmi les autres réadaptations que le groupe a faites de chanteurs plus connus. La musique de cette chanson, composée par Ziyad Rahbani à Beyrouth et surtout bâtie sur le saxophone, acquiert avec Resala une sobriété marquante qu'accentue le rythme plus ralenti sur lequel le groupe la joue.

Le groupe tourne actuellement dans un studio d'Alexandrie le clip de Ched al-hizam. Cela sera sa première tentative d'accéder à un public plus large. « Parallèlement nous sommes en train de composer une chanson qui parlera surtout de la ville d'Alexandrie. Celle d'aujourd'hui, bien sûr », dit Mady qui, avec son clavier et sa considérable culture musicale, semble avoir un apport indispensable aux mélodies de Resala.

Hayssam Khachaba

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