| Le groupe est
très attaché à son identité. Il s'affirme souvent comme le petits-fils
de Sayed Darwich, ce grand compositeur alexandrin du début du
siècle précédent qui, d'une âme vaste et imparfaite, a laissé
un répertoire riche et varié, allant de l'hymne national à une
chanson où il se plaint des méfaits de la cocaïne ! Resala
admire surtout chez ce compositeur sa simplicité et la façon
avec laquelle il a modernisé la chanson égyptienne en introduisant
de nouveaux rythmes et instruments, comme pour approfondir l'esprit
populaire de la chanson et son
« éloquence vulgaire ». Ainsi, ses mélodies
sont-elles devenues comme les rues de la ville de son époque :
un mode d'expression des humbles (provenant de toute la Méditerranée)
pataugeant dans leur misère, mais vivant parfois une sérénité
à la fois mystique et noyée dans sa sueur, aiguisée par le soleil
et rafraîchie par le voisinage de la mer. Dans cet esprit, Resala
a fait une réadaptation d'une des chansons de Sayed Darwich
intitulée Ched al-hizam (Se serrer la ceinture), rythmée
par le piano et parsemée par un merveilleux solo de saxophone.
Ched al-hizam, la mélodie assez simple de Sayed Darwich
a du coup entamé une nouvelle vie avec Resala.
Le groupe est formé
de Nour Achour (saxophone et chant), Mady Al-Kamary et Michel
Boutros (clavier), Ossama Helmi (tambourin et chant), Mina Sabri
(basse) Chérif Moustapha (guitare), Fadi Saleh (chanteur). Le
groupe joue parfois avec un talentueux invité, le percusionniste-batteur
Amr Galal. Depuis sa fondation en 2000, Resala a réalisé douze
chansons et un morceau de musique, Maqtoua min chagara
(Sans famille). Alors que presque toutes les paroles sont du
poète alexandrin dialectal Mohamad Ragag, à l'exception de Nergaa
néheib (De nouveau l'amour) de Tamer Bilal et Dawwam (Tourbillon)
de Magdi Maghrabi, les musiques sont le fruit d'un travail unissant
tous les membres du groupe. « Nous sommes très attachés
à ce que notre musique soit le fruit des répétitions collectives
et d'essais ouverts à l'inspiration de chaque membre »,
explique Nour Achour, le saxophoniste, qui malgré son jeune
âge assimile la musique de jazz dans un esprit oriental bien
rythmé.
Kifak enta
(Comment vas-tu ?), la chanson de Fayrouz, est parmi les
autres réadaptations que le groupe a faites de chanteurs plus
connus. La musique de cette chanson, composée par Ziyad Rahbani
à Beyrouth et surtout bâtie sur le saxophone, acquiert avec
Resala une sobriété marquante qu'accentue le rythme plus ralenti
sur lequel le groupe la joue.
Le groupe tourne
actuellement dans un studio d'Alexandrie le clip de Ched
al-hizam. Cela sera sa première tentative d'accéder à un
public plus large. « Parallèlement nous sommes en train
de composer une chanson qui parlera surtout de la ville d'Alexandrie.
Celle d'aujourd'hui, bien sûr », dit Mady qui, avec
son clavier et sa considérable culture musicale, semble avoir
un apport indispensable aux mélodies de Resala.
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